Optimisme au salon de l'automobile à Detroit, marasme en Europe

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OPTIMISME AU SALON DE L'AUTOMOBILE À DETROIT
OPTIMISME AU SALON DE L'AUTOMOBILE À DETROIT

par Laurence Frost et Ben Klayman

PARIS/DETROIT (Reuters) - Le salon de l'automobile de Detroit ouvrira ses portes à la presse lundi dans un contexte optimiste qui contraste fortement avec le marasme du marché automobile européen.

Même si la demande en voitures neuves aux Etats-Unis donne des signes d'essoufflement, le marché américain signera en 2013 une nouvelle hausse estimée entre 4% et 7%, contre une progression de 2,6% attendue pour le marché automobile mondial, selon des prévisions de LMC Automotive.

Sans égaler le rebond de 13,4% enregistré en 2012, le marché américain devrait dépasser la barre des 15 millions de véhicules cette année et peser alors 18,2% d'un marché mondial estimé à 82,7 millions d'unités, contre 17,9% l'an dernier.

L'Europe, déjà à son plus bas niveau en près de vingt ans, devrait voir son volume d'immatriculations de voitures neuves baisser à nouveau de 1,7% à 17,8 millions, selon LMC. PSA Peugeot Citroën prévoit même une contraction de 3% à 5% du marché européen cette année.

"Quand bien même la Chine a supplanté les Etats-Unis comme premier marché mondial en volume, les Etats-Unis sont et restent notre deuxième plus important marché derrière l'Allemagne", a déclaré à Reuters Matthias Müller, président du directoire de Porsche (groupe Volkswagen).

Selon lui, l'Europe "aura de la chance" si elle retrouve la croissance avant 2015. "La situation en Europe est toujours aussi critique", a-t-il ajouté.

AUBAINE POUR LES ALLEMANDS, FIAT ET LES JAPONAIS

Dans ce contexte, plusieurs constructeurs européens feront le déplacement à Detroit pour présenter des nouveautés, comme le dernier SUV sportif SQ5 d'Audi (Volkswagen) et ses 354 chevaux, le nouveau M6 Gran Coupe de BMW ou la nouvelle Quattroporte de Maserati (Fiat).

Les constructeurs français ne sont pas représentés au salon de Detroit. Depuis l'échec de son aventure américaine dans les années 1980, Renault a laissé ce marché à son partenaire japonais Nissan.

Quant à PSA, l'alliance avec General Motors ne prévoit à ce jour aucune coopération propre aux Etats-Unis. Mais si, comme Renault, PSA n'a pas de stand à Detroit, le président du directoire Philippe Varin pourrait néanmoins faire le déplacement pour y rencontrer ses homologues de GM.

"A l'heure actuelle, le marché automobile américain affiche la meilleure santé du monde", commente John Casesa, de Guggenheim Securities.

Outre le haut de gamme allemand, Fiat profite aussi du rebond américain grâce à son rachat de Chrysler.

En 2013, les autres marchés à forte croissance devraient connaître des fortunes contrastées. Au Brésil, la croissance du marché devrait tomber autour de zéro tandis qu'en Russie, elle devrait ralentir vers 3-4%.

En revanche, la croissance en Chine devrait accélérer à 10,2%, contre 5,9% en 2012. Mais la profitabilité pourrait souffrir du développement rapide des capacités de production sur le sol chinois, et de la guerre des prix qui s'ensuit.

Des constructeurs premium comme Porsche retrouvent ainsi aux Etats-Unis une stabilité de marché qui manque parfois à la Chine. Les constructeurs japonais, très implantés sur le marché américain, y voient quant à eux un moyen de compenser la baisse de leurs ventes chinoises - 100.000 ventes en moins depuis septembre pour Toyota et Nissan - en raison des tensions diplomatiques entre les deux pays.

Les ventes de voitures - hors pick-ups - des constructeurs asiatiques et européens aux Etats-Unis progressent ainsi en moyenne de 22%, tandis que celles des constructeurs américains augmentent de 12%.

"LE MAÎTRE MOT EST CROISSANCE"

Sur le marché des pick-ups, le trio Ford, GM et Chrysler a en revanche encore son mot à dire. Ford et deux marques de GM, Chevrolet et GMC, dévoileront à Detroit des nouveautés sur ce segment très prisé aux Etats-Unis.

La série F de Ford est restée en 2012 le véhicule le plus vendu, tandis que les gros Chevrolet Silverado (GM) et Dodge Ram (Chrysler) sont toujours très populaires.

"La concurrence va être rude sur le marché américain", a déclaré mercredi à la presse Dan Ackerson, directeur général de GM. "C'est le marché qui offre les meilleures marges."

Des facteurs négatifs, comme l'augmentation prévue de la fiscalité pour les particuliers, pourraient venir toutefois ternir cet optimisme. Mais même si la croissance de l'économie américaine risque de ralentir de 2,2% en 2012 à 1,6% cette année, la perspective d'un rebond dans l'immobilier et les besoins criants de renouvellement du parc automobile sont de bon augure pour l'industrie automobile.

Michael Tyndall, analyste automobile chez Barclays Capital, y voit la preuve que les constructeurs américains ont fait le bon choix en 2009 en taillant dans leurs effectifs et le nombre de leurs usines pour sortir de la crise violente qui a acculé deux des grands constructeurs de Detroit au dépôt de bilan.

"Les USA ont fait ce qu'il fallait pendant la dernière crise et les capacités restent relativement serrées", dit-il. "Le maître mot est croissance, tandis que l'Europe est encore en marche arrière."

Gilles Guillaume pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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