Opposants et islamistes manifestent à Tunis sans incident

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MANIFESTATIONS DES OPPOSANTS LAÏQUES ET DES ISLAMISTES À TUNIS
MANIFESTATIONS DES OPPOSANTS LAÏQUES ET DES ISLAMISTES À TUNIS

par Tarek Amara

TUNIS (Reuters) - Quelque 40.000 opposants laïques se sont rassemblés mardi soir à Tunis pour réclamer la démission du gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda.

Pour le moment, on ne signale aucun incident avec un rassemblement concurrent organisé dans la capitale tunisienne par des milliers d'islamistes favorables au gouvernement de transition.

"Dégage, dégage Ennahda (..) le peuple veut la chute du régime", scandait la foule de manifestants, principalement composée de femmes, regroupés place du Bardo, devant le siège de l'Assemblée nationale constituante (ANC).

À quelques kilomètres de là, des milliers d'islamistes manifestaient sur la grande avenue Bourguiba en faveur des modérés d'Ennahda au pouvoir depuis la "révolution de jasmin" qui a chassé du pouvoir le président Zine ben Ali en janvier 2011.

"Ici, nous n'avons pas de Sissi!" et "Non au coup d'Etat, oui aux élections!", scandaient les manifestants en faisant allusion aux événements en Egypte, où le président islamiste élu Mohamed Morsi a été déposé le 3 juillet par le général Abdel Fatah al Sissi, chef d'état-major des armées.

Les opposants tunisiens demandent le départ du Premier ministre, Ali Larayedh, issu d'Ennahda, et la dissolution de l'ANC.

Certains redoutaient des incidents étant donné que des centaines de partisans d'Ennahda campent depuis plusieurs semaines au Bardo. "On ne voit aucun résultat après des semaines de crise politique. Si ce blocage persiste, le résultat, ce seront des affrontements dans les rues", estime l'analyste politique Sofiane Ben Hmida.

Depuis l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi en juillet, après celui d'un autre opposant, Chokri Belaïd, en février, la Tunisie est confrontée à sa crise la plus aiguë depuis la chute du président Zine Ben Ali, qui a marqué le début des "printemps arabes".

Des discussions entamées lundi soir entre la puissante centrale syndicale UGTT, qui a de bonnes relations avec les partis d'opposition, et le chef de file d'Ennahda, Rached Ghannouchi, n'ont pas permis de sortir de l'impasse.

L'UGTT, qui compte 600.000 membres, devait être représentée au rassemblement de l'opposition dans la soirée, qui coïncide avec la journée consacrée aux droits des femmes en Tunisie.

GOUVERNEMENT ALTERNATIF

Lundi, l'ambassadeur des Etats-Unis à Tunis, Jacob Walles, a rencontré Rached Ghannouchi ainsi que l'ancien Premier ministre Beji Caïd Essebsi, président de Nida Tounes, le principal parti d'opposition, pour tenter d'aplanir leurs divergences, sans obtenir de résultat concret.

Rached Ghannouchi se dit ouvert au dialogue avec les laïques mais exclut toute démission d'Ali Larayedh. Il se dit favorable à la tenue d'un référendum sur la poursuite du processus de transition.

Quant aux opposants, ils demandent la dissolution de l'ANC, craignant que la nouvelle Constitution et la nouvelle loi électorale en cours d'élaboration ne consolident la mainmise d'Ennahda sur le pays.

Galvanisée par l'exemple égyptien, l'opposition espère annoncer la semaine prochaine la constitution d'un gouvernement alternatif de salut, ce qui pourrait réduire encore toute perspective de compromis.

Jilani Hammani, l'un des chefs du Front de salut national, coalition de partis d'opposition formée après le meurtre de Mohamed Brahmi, a promis des annonces importantes lors du rassemblement de mardi.

Les travaux de l'assemblée constituante ont été suspendus il y a une semaine par le président de l'ANC, issu du parti Ettakatol, l'un des deux partenaires laïques des islamistes au pouvoir. Mustapha Ben Jaafar a expliqué sa décision au nom des intérêts du pays, le temps que s'engage un dialogue entre gouvernement et opposants.

Jean-Stéphane Brosse et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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