Opération portes closes des professions libérales

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LES PROFESSIONS LIBÉRALES DANS LA RUE
LES PROFESSIONS LIBÉRALES DANS LA RUE

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - Après les notaires et les huissiers, l'ensemble des professions réglementées sont appelées à manifester ce mardi leur opposition au projet de réforme préparé par le gouvernement, qui n'a pas réussi pour l'heure à rassurer les 37 corps de métier concernés.

La réforme des professions réglementées est une demande de longue date de l'Union européenne et répond à la volonté du gouvernement français de donner des gages à Bruxelles quant aux efforts pour relancer l'économie et résorber le déficit public.

Mais elle ne fait pas l'unanimité dans la classe politique et se heurte à l'opposition féroce des premiers concernés, qui répondent mardi à l'appel pour une "Journée sans professions libérales" lancé par l'organisation interprofessionnelle UNAPL.

"La mobilisation est au-delà de toutes nos espérances", a dit le président de l'Union nationale des professions libérales, Michel Chassang, à la presse. "Il y aura une fermeture quasi généralisée sur le territoire des officines, offices, cabinets, laboratoires."

Les divers syndicats annoncent une journée spectaculaire, avec notamment la fermeture de la quasi-totalité des pharmacies.

Les Agences régionales de santé ont pu réquisitionner des officines pour garantir la fourniture des médicaments d'urgence, ce qu'elles auraient toutefois fait sans y être obligées, selon Michel Chassang.

"Notre but n'est pas de bloquer la France, de porter atteinte à la sécurité de quiconque, et nous appelons à ce que la continuité des soins et la continuité juridique soient assurées, à ce qu'il n'y ait évidemment pas de troubles préjudiciables au public", a-t-il dit.

Cette journée de mobilisation interprofessionnelle est une première étape de la "riposte graduée" qu'entend mener l'UNAPL, qui n'a pas appelé à des manifestations, même si des défilés auront lieu dans une vingtaine de villes de province et à Paris, à l'initiative de diverses professions.

Car, prévient Michel Chassang, "il y aura une suite".

"LOUP DANS LA BERGERIE"

En associant toutes les professions visées par le projet de loi "croissance et pouvoir d'achat", la contestation s'amplifie après la manifestation des huissiers le 15 septembre et celle qui avait réuni des milliers de notaires à Paris le 17.

Chauffeurs de taxi, greffiers, prothésistes et autres opticiens comptent parmi les 37 professions que le gouvernement entend libéraliser afin, dit-il, de rendre du pouvoir d'achat aux Français et de créer de l'emploi.

Ce projet défendu par l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg a été repris par Emmanuel Macron mais celui-ci s'est démarqué de son prédécesseur par sa volonté de négocier avec les organisations professionnelles.

Alors que les notaires battaient le pavé parisien, il avait ainsi dit ne pas vouloir "casser ce qui fonctionne, remettre en cause l'équilibre des territoires ou de certaines professions" mais exploiter les "marges de manoeuvre".

Il n'a cependant pas touché au but, selon Michel Chassang, qui voit dans la volonté d'ouvrir le capital des sociétés d'exercice libéral (SEL) aux investisseurs de tous bords une "ligne rouge" à ne pas franchir.

"Il n'en est pas question, on ne veut pas mettre les loups dans les bergeries", dit ce médecin qui y voit une menace pour les tarifs, la continuité territoriale des services de santé et juridiques, ou encore l'indépendance.

L'UNAPL, qui se dit ouverte "à des discussions, si elles ont lieu réellement", affirme s'être vu opposer une fin de non-recevoir lorsqu'elle a proposé une taxation différenciée entre les revenus du professionnel et les revenus de la société qui seraient réinvestis.

"On se fout de nous, le sujet, c'est qu'on veut nous enlever notre outil de travail", dit Michel Chassang, qui veut prendre l'Etat au mot de la réduction des déficits publics en ouvrant le dossier de nouvelles délégations de service public.

Le rapport de l'Inspection générale des finances, publié la semaine dernière, a remis de l'huile sur le feu en faisant état de situations privilégiées. Selon ce document de 800 pages, les mesures de libéralisation pourraient apporter au moins 0,5 point de PIB et plus de 120.000 emplois d'ici cinq ans.

L'UNAPL en conteste les conclusions et a dénoncé un document "à charge". "C'est une provocation, une entreprise de démolition", a lancé Michel Chassang, invitant Emmanuel Macron à "décrocher son téléphone pour appeler le président de l'UNAPL".

(Edité par Sophie Louet)

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  • M2387577 le mardi 30 sept 2014 à 09:19

    bataille pour conserver un privilège de situation