Onu-La Russie oppose son veto à une résolution sur Srebrenica

le , mis à jour à 18:53
0

(Réactions) NATIONS UNIES, 8 juillet (Reuters) - La Russie a opposé mercredi son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'Onu qualifiant le massacre de Srebrenica de génocide, présenté à l'occasion du 20e anniversaire de l'événement. Chine, Nigeria, Angola et Venezuela se sont abstenus et les dix autres Etats membres du Conseil se sont prononcés en faveur de ce texte d'inspiration britannique. Initialement prévu mardi, le vote avait été reporté d'une journée pour que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis tentent de convaincre la Russie de ne pas faire usage de son veto. Vitali Tchourkine, représentant permanent de Moscou à l'Onu, a jugé le projet "non constructif, conflictuel et politiquement orienté". "La responsabilité est globalement imputée à un peuple", a-t-il déploré. "Notre vote (...) ne signifie toutefois pas que nous restons sourds aux souffrances des victimes de Srebrenica et d'autres lieux de Bosnie-Herzégovine", a ajouté le diplomate. Récusant le terme de génocide, la délégation russe proposait de le remplacer par "crimes les plus graves aux yeux de la communauté internationale". Selon le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), le massacre de 8.000 musulmans par les forces bosno-serbes en juillet 1995 à Srebrenica relève bien du génocide. "Un génocide a eu lieu à Srebrenica. C'est un fait reconnu par la justice, pas un jugement politique. Sur ce point, il n'y a pas à faire de compromis", s'est indigné Peter Wilson, numéro deux de la délégation britannique à l'Onu. L'ambassadrice américaine Samatha Power a quant à elle jugé le veto russe "déchirant" pour les familles des victimes et a parlé d'une "nouvelle tache" dans les annales du Conseil. Le projet a suscité la colère de Belgrade et des Serbes de Bosnie qui ont adressé une lettre de protestation à l'Onu. Les autorités serbes reconnaissent qu'un "crime grave" a été commis mais refusent elles aussi le terme de génocide. Le désaccord sur ce projet de résolution a créé une atmosphère de défiance en Bosnie où le 20e anniversaire du massacre sera célébré samedi prochain dans le cadre d'une cérémonie au cours de laquelle 136 corps récemment identifiés seront inhumés dans le cimetière de Srebrenica, où reposent déjà 6.241 victimes. Pour le président de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, l'adoption de la résolution aurait entraîné "la désintégration de la Bosnie". Le président serbe Tomislav Nikolic a quant à lui écrit à la reine Elizabeth pour lui demander de convaincre le gouvernement de David Cameron de renoncer à son idée. Le mois dernier, le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic avait annoncé son intention d'assister aux cérémonies à Srebrenica afin de "rendre hommage aux victimes musulmanes et bosniaques". Il a ensuite précisé que sa venue dépendrait de l'adoption ou non de la résolution à l'Onu. (Michelle Nichols, Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Tangi Salaün)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant