Onu et militants voient un tournant dans l'encyclique du pape

le , mis à jour à 18:52
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par Sonya Hepinstall 18 juin (Reuters) - L'appel du pape François à sauver la planète a été salué jeudi avec enthousiasme par les militants écologistes, les scientifiques et plusieurs personnalités religieuses. Ils jugent qu'après la parution de l'encyclique "Laudato Si", les gouvernements ont désormais le devoir moral de faire de 2015 un tournant dans la lutte contre le réchauffement climatique. "Le changement climatique n'est plus seulement une question scientifique (mais) morale et éthique", s'est réjouie Yolanda Kakabadse, présidente du WWF (Fonds mondial pour la nature). "Cela affecte la vie, les moyens de subsistance et les droits de chacun, en particulier les communautés pauvres, marginalisées et les plus vulnérables", a-t-elle déclaré. Christina Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a jugé que l'encyclique donnait un formidable élan aux gouvernements pour conclure un accord ambitieux lors de la prochaine conférence internationale sur le climat, qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre prochains à Paris (COP21). Cet appel, a-t-elle estimé dans un communiqué, devrait inciter le monde à conclure "un accord universel sur le climat solide et durable". Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius y voit "un geste sans précédent" et "une contribution importante pour le succès de la COP21". Dans son encyclique, le pape épouse le point de vue de la communauté scientifique selon lequel le réchauffement est principalement provoqué par les activités humaines. "Le Vatican a examiné les preuves scientifiques du changement climatique et décidé que le monde devait agir pour éviter la destruction des écosystèmes à l'origine de la vie", a déclaré Mark Maslin, professeur de climatologie à l'University College de Londres. "Quand les dirigeants religieux, politiques et scientifiques appellent tous à une décarbonisation rapide de l'économie mondiale, il serait temps que nous écoutions enfin en concluant un accord international contraignant sur le changement climatique", a-t-il ajouté. JEB BUSH N'ENTEND PAS SE LAISSER DICTER SA POLITIQUE Neil Thorns, responsable de l'organisation caritative catholique britannique Cafod, note que le pape a "délibérément publié l'encyclique dans une année clé pour l'Onu qui affectera l'humanité". "Il dit que le changement climatique est réel, urgent et qu'il faut s'y attaquer", ajoute-t-il. Le patriarche oecuménique Bartholomée, chef spirituel de 300 millions de chrétiens orthodoxes dans le monde et pionnier dans le soutien à la cause environnementale, a dit partager le "diagnostic" du souverain pontife. "Une Eglise qui omet de prier pour l'environnement naturel est une Eglise qui refuse d'offrir à boire et à manger à une humanité souffrante", a-t-il écrit dans une tribune à Time Magazine. Du côté des conservateurs américains, le message de François est en revanche mal passé. Jeb Bush, candidat à l'investiture du Parti républicain pour la présidentielle de 2016, converti au catholicisme il y a 25 ans, s'est montré très circonspect. "J'espère que je ne serai pas châtié par le prêtre de ma paroisse en disant cela (...) mais ma politique économique ne m'est dictée ni par mes évêques, ni par mes cardinaux, ni par mon pape", a-t-il dit lors d'un meeting dans le New Hampshire. R.R. Reno, rédacteur en chef du mensuel conservateur américain First Things, a jugé que la critique du monde moderne par le pape François était "remarquablement anti-scientifique, anti-technologique et anti-progressiste". Il a dit lui préférer les approches selon lui plus optimistes de ses prédécesseurs Jean Paul II ou Benoît XVI. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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