On ressort la boîte à JIFF !

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C’est l’un des maux du rugby français pointé du doigt par de nombreux acteurs. La règle des JIFF (Joueurs Issus des Filières de Formation) cristallise les critiques à tous les étages. La cellule technique du rugby tricolore a rendu il y a peu un rapport afin d’améliorer la compétitivité du XV de France et suggère de faire évoluer ce dispositif dès la saison prochaine. Le changement, c’est vraiment pour maintenant ?

La règle des JIFF, pour Joueur Issu des Filières de Formation, est l’un des nombreux problèmes du rugby français. Instauré lors de la saison 2010-2011, ce dispositif ne donne le statut de JIFF que dans deux cas. Dans le premier, le jeune joueur, qu’importe sa nationalité, doit avoir passé au moins trois saisons dans le centre de formation agréé d’un club de rugby professionnel entre ses 16 ans et ses 21 ans mais aussi avoir validé une formation scolaire. Soit, deuxième possibilité, il doit avoir été licencié pendant au moins cinq saisons à la FFR avant ses 23 ans. « J’ai découvert la règle au fil du temps, souligne Jérôme Thion. Lorsque j’ai eu 34 ans, j’ai eu une renégociation avec Biarritz. Le problème, c’est que je prenais la place d’un joueur étranger dans l’effectif car je n’étais pas JIFF. J’ai réalisé toutes les démarches auprès de la LNR et de la FFR mais sans résultat. J’ai beau avoir eu 54 sélections avec le XV de France, je ne pouvais pas être assimilé comme JIFF ». L’ancien deuxième ligne de Clermont et Perpignan est l’un des symboles de cette génération « non JIFF ». L’ancien biarrot n’est pas passé par les traditionnels centres de formation et est arrivé sur le tard au rugby. « J’ai été un an au Racing lors de la saison 1998-1999. Cinq mois avec les Reichels et la fin de saison avec les pros, souligne l’ancien basketteur. « On se retrouve aujourd’hui avec des JIFF non français. C’est la limite du système. Mon cas n’as pas été accepté et cela a été l’une des raisons pour laquelle j’ai arrêté le rugby » confie Jérôme Thion. Aujourd’hui, 16 joueurs non JIFF sont obligatoirement dans l’effectif global d’un club professionnel. Les contrats espoirs et sous convention de formation tout comme les jokers (Coupe du monde et médicaux) ne sont pas comptabilisés. « Beaucoup de clubs font venir des jeunes qui ne sont pas majeurs sous couvert du JIFF et on les introduit dans les centres de formation, se désole l’ancien international. C’est une mascarade cette histoire de JIFF ! ».

Les jeunes français ne sont pas la priorité

Les résultats du XV de France depuis plusieurs années ne sont pas bons. Le Tournoi des VI Nations 2016, terminé à la 5eme place, a encore montré les limites de la formation française. Le réservoir de joueur français est faible. Preuve en ait l’épisode David Smith appelé avec les Bleus mais pas éligible. « Cette règle des JIFF est contreproductive pour l’équipe de France mais surtout pour la formation, pour les jeunes, souligne Jérôme Thion. Il y a des questions à se poser. Les clubs jouent avec la règle. Tout le monde se plaint du niveau de la formation française mais c’est le rugby pro qui a amené à tout cela. On n’avancera pas tant qu’on aura pas statué par rapport à cette règle ». Justement, les dispositions soumises par la cellule technique mandatée par la FFR et la LNR sont tombées comme l’a révélé le quotidien Sud Ouest. Dès 2016/2017, les clubs devront respecter une obligation de 14 JIFF sur chaque feuille de match. Pour y arriver, «  une incitation financière sera maintenue ou réévaluée en fonction de la moyenne par saison ». La saison suivante, 16 joueurs non JIFF, au maximum, devront être présents dans l’effectif professionnel. Les joueurs du centre de formation sous contrat ou en convention de formation non JIFF et les jokers non JIFF seront comptabilisés en non JIFF sur chaque feuille de match. Pour 2019/2020, 16 joueurs non JIFF, jokers compris, devront être sous contrat ou en convention de formation. La diminution du nombre de joueur JIFF sur la feuille de match est seulement réservée à la compensation des joueurs sélectionnés avec le XV de France. Lors des doublons, l’obligation d’avoir 14 joueurs JIFF minimum par feuille de match est abaissé d’une unité par joueur sélectionné avec les Bleus. Mais ces dispositions, qui ne sont pas encore validées, ne change rien sur la nationalité des joueurs JIFF. « Les dirigeants veulent des résultats à court terme alors qu’investir sur un jeune pour le faire grandir, c’est mieux, fait remarquer l’ancien deuxième ligne. Allez chercher des jeunes fidjiens à l’âge de 17 ans et les arracher à leurs familles, c’est une sorte d’exploitation ! Tout dépend de la volonté des clubs et des présidents pour faire jouer les jeunes. Biarritz le fait et ils ne s’en sortent pas trop mal. Luccu, Arrate, Roumat s’épanouissent et grandissent. Ils sont l’avenir du club ».

Réformer pour mieux s’aguerrir

L’avenir passe par la formation. Ce vieux dicton n’a jamais été aussi vrai pour le rugby français. Dans ce but, la cellule technique voudrait que le championnat espoir soit entièrement repensé. Fini les deux poules de 14 et 16 équipes et place à trois poules « régionales » de 10 équipes. A cela s’ajouterai une deuxième compétition inter-régionale dite « Elite » avec quatre régions mais aussi la création d’une compétition internationale avec l’instauration d’une équipe de France des moins de 23 ans. « Le fait que l’on ne fasse pas jouer les jeunes à haut niveau est le mal du rugby français, c’est une certitude, assure celui que l’on surnommait « Machine ». Il faut mettre en relation les jeunes du Top 14 avec les clubs de Pro D2 comme Lyon par exemple. Il faut faire des prêts, comme dans le football. Pour mettre en avant cela, le rôle des agents est primordial afin de mettre le projet professionnel du joueur en avant plutôt que de chercher à signer dans un grand club. Par exemple, il est plus judicieux pour un jeune joueur d’aller dans un club de Pro D2 pour jouer. Il faut statuer par rapport à cela ». Justement, la cellule technique voudrait autoriser, dès la saison 2016/2017, les prêts des joueurs sous convention de formation ou sous contrat vers les clubs fédéraux. Elle préconise de supprimer les licences de couleur pour les joueurs de moins de 18 ans et limiter le nombre de joueurs par catégorie. Tout cela afin d’améliorer l’évolution des jeunes joueurs vers le haut niveau et leur offrir du temps de jeu. L’avenir du rugby français et du XV de France en dépend. 
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