Offensive de l'Arabie saoudite contre les Houthis au Yémen

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OFFENSIVE SAOUDIENNE CONTRE LES HOUTHIS AU YÉMEN
OFFENSIVE SAOUDIENNE CONTRE LES HOUTHIS AU YÉMEN

par Sami Aboudi et Matt Spetalnick

ADEN/WASHINGTON (Reuters) - L'Arabie saoudite a lancé jeudi avec ses alliés de la région du Golfe une campagne de frappes aériennes au Yémen dans le but de faire reculer les Houthis qui assiègent Aden, la ville du sud du pays où s'est réfugié le président yéménite.

Selon la chaîne de télévision Al Arabiya basée à Dubaï, le royaume a affecté 100 avions de guerre et 150.000 soldats à l'opération militaire au Yémen tandis que l'Egypte, le Pakistan, la Jordanie et le Soudan sont prêts à participer à une offensive au sol.

Ces chiffres n'ont pas été confirmés par Ryad. Selon Al Arabiya, l'offensive réunit aussi des avions de l'Egypte, du Maroc, de Jordanie, du Soudan, du Koweït, des Emirats arabes unis, du Qatar et de Bahreïn.

Peu après l'annonce de l'offensive par l'ambassadeur d'Arabie saoudite aux Etats-Unis, des avions de guerre non identifiés ont lancé une attaque sur l'aéroport de Sanaa, la capitale, et sur sa base militaire aérienne de Doulaimi, ont indiqué des habitants.

DIZAINES DE VICTIMES

Les frappes ont visé un quartier résidentiel au nord de la capitale, faisant des dizaines de victimes, rapporte la chaîne de télévision houthie Al Massirah. Aucun bilan n'a pu être obtenu par Reuters.

"Nous ferons ce qu'il faudra pour empêcher la chute du gouvernement légitime du Yémen", a déclaré l'ambassadeur lors d'une conférence de presse.

L'opération vise à empêcher les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, d'utiliser les aéroports et les avions du Yémen pour attaquer Aden et d'autres régions du Yémen, a précisé à Reuters le ministre yéménite des Affaires étrangères, Riyadh Yassine, qui se trouve en Egypte.

Les Etats-Unis, sans faire partie de la coalition, soutiennent l'opération. Le président Barack Obama a autorisé un soutien en matière de logistique et de renseignement, précise un communiqué de la Maison blanche.

Après les premières frappes, les cours du pétrole ont bondi de près de 6%. Les cours à terme du Brent sont remontés à près de 60 dollars le baril avant de revenir dans la zone des 58 dollars.

Le glissement progressif du Yémen dans la guerre civile fait du pays un lieu d'expression de la rivalité entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite, accusé par Ryad d'attiser les tensions dans la région, notamment au Yémen, par son soutien aux houthis chiites.

L'ambassadeur saoudien, Adel al Djoubeir, a précisé qu'une coalition de dix pays participait à l'offensive militaire et que celle-ci avait lieu à la demande expresse du président Abd-Rabbou Mansour Hadi. Après la prise de Sanaa, par les Houthis en septembre dernier, les troubles se sont accentués dans le pays et, en février, le président s'est réfugié à Aden, le grand port du sud du pays.

Selon le directeur de son bureau, Mohammed Marem, le président est toujours dans son QG à Aden, contrairement à ce qui avait pu être dit à un moment. Il a été mis "de bonne humeur" par le lancement de l'offensive, a précisé le directeur.

L'AÉROPORT D'ADEN REPRIS

Les forces d'Abd-Rabbou Mansour Hadi ont lancé une contre-offensive, reprenant l'aéroport d'Aden tombé la veille aux mains de combattants fidèles à l'ancien président Ali Abdallah Saleh, alliés aux Houthis.

Dans une lettre adressée mardi au Conseil de sécurité des Nations unies, le président Hadi avait indiqué avoir demandé à la Ligue arabe et au Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Oman, Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis et Qatar) "de fournir immédiatement tous les moyens nécessaires, y compris une intervention militaire, pour protéger le Yémen et sa population."

Comme base juridique de sa demande, Hadi citait l'article 51 de la charte des Nations unies, qui concerne le droit individuel ou collectif à l'autodéfense contre une attaque armée.

Réagissant à l'annonce de l'intervention, un dirigeant du mouvement houthi au Yémen a déclaré jeudi que les frappes aériennes saoudiennes équivalaient à une agression contre le pays et mis en garde contre une guerre dans la région.

"Le peuple yéménite est un peuple libre et il fera face aux agresseurs. (...) Le gouvernement saoudien et les gouvernements du Golfe regretteront cette agression", a déclaré Mohammed al Boukhaiti, membre du bureau politique des Houthis, à la chaîne de télévision Al Djazira, basée à Doha, au Qatar

"Il y a une agression en cours au Yémen et nous y ferons face vaillamment", a-t-il ajouté en estimant que l'opération saoudienne allait entraîner la région dans une guerre généralisée.

(Avec Yeganeh Torbati et Sandra Maler; Danielle Rouquié pour le service français)

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