Obligé de remanier vite, Hollande promet plus de justice sociale

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VERS UN REMANIEMENT MINISTÉRIEL POUR PLUS DE JUSTICE SOCIALE
VERS UN REMANIEMENT MINISTÉRIEL POUR PLUS DE JUSTICE SOCIALE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La très sévère sanction infligée dimanche à la majorité lors du second tour des élections municipales contraint François Hollande à l'action, via la nomination d'un nouveau gouvernement de combat concentré vers plus de justice sociale.

Si un remaniement ministériel à brève échéance ne fait guère de doute après ce désaveu massif, le suspense demeure quant au maintien ou non à sa tête de Jean-Marc Ayrault, qui a dit prendre "toute sa part" dans cette "défaite".

De la perte de Toulouse au cinglant échec de Marseille en passant par la flambée du Front national, tous les clignotants allumés le 23 mars sont au rouge vif pour l'équipe au pouvoir depuis 22 mois.

"Ce soir est un moment de vérité. Je le dis sans détour : ce vote est une défaite pour le gouvernement et pour la majorité", a déclaré Jean-Marc Ayrault à Matignon, évoquant une responsabilité "collective, et j'y prends toute ma part".

Le président de la République "tirera les enseignements de ce scrutin", a-t-il ajouté.

Le locataire de Matignon a insisté sur sa "détermination" et sa "passion", plaidant pour une "équipe gouvernementale efficace et soudée, et une majorité rassemblée", sans dire s'il la dirigerait.

Dans leurs analyses à chaud, les ténors de la majorité ont reconnu que la "sanction" appelait un sursaut de l'exécutif.

Les Français réclament "un très fort changement", a dit sur France 2 l'ancienne candidate PS à l'élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal, souvent citée parmi les "entrantes" dans le nouveau gouvernement.

"Parlons un peu moins du remaniement, et un peu plus de ce que les Français attendent", a demandé la présidente de la région Poitou-Charentes, sévère pour les gouvernants : "Je l'ai déjà dit, il y a eu trop d'impôts, les impôts, c'est le degré zéro de la politique".

"Y COMPRIS DANS LE SILENCE"

En privé la semaine dernière, François Hollande avait donné le "la".

"Il y a un besoin de justice sociale. Etre à gauche, c'est changer davantage la vie des Français", disait-il, soucieux d'écouter ses concitoyens "y compris dans le silence" de l'abstention.

Message relayé dimanche soir par les membres du gouvernement, Jean-Marc Ayrault en tête, qui a promis plus de "justice sociale" dans les réformes à venir.

"Quand on dit infléchir, c'est du point de vue social", a souligné sur TF1 le ministre du Travail, Michel Sapin. "Il y a un certain nombre de nos électeurs qui par exemple se sont mis à payer des impôts sur le revenu alors qu'ils ne payaient pas avant".

Pour le ministre de l'Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, "c'est sur le contenu des politiques que nous sommes jugés et attendus".

Par cette promesse de justice sociale, François Hollande lance un message à la gauche du PS, sévère à l'égard de son choix de politique de l'offre symbolisée par le pacte de responsabilité qui prévoit une baisse des charges des entreprises pour favoriser la compétitivité.

"LES GENS NE CROIENT PLUS LES MOTS"

Une gauche du PS qui demande toujours à voir, à l'image du député Pouria Amirshahi, qui menace de ne pas accorder sa confiance au pacte lors du vote prévu à l'Assemblée nationale.

"Les gens ne croient plus les mots", a-t-il dit à Reuters. "Et la justice ne sera possible que si les moyens lui sont consacrés. Et des moyens substantiels".

Devant l'ampleur du désaveu, le remaniement ne saurait tarder, même si personne n'avançait de date dimanche soir.

Selon les agendas de l'Elysée et de Matignon, publiés samedi comme à l'accoutumée, une rencontre est prévue à 08h30 lundi matin entre Jean-Marc Ayrault et le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, principal prétendant à Matignon avec le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

L'ancien maire d'Evry est annoncé à l'Elysée une heure plus tard. Président et Premier ministre doivent quant à eux déjeuner ensemble à 13h00.

Donné partant par une partie du PS, Jean-Marc Ayrault a mis ces derniers jours tout le poids de ses 35 ans de vie politique dans la balance pour défendre son bilan et se présenter comme l'homme qui saura porter le plan d'économie triennal de 50 milliards d'euros et le pacte dont il a supervisé l'élaboration.

Quel que soit le Premier ministre choisi, François Hollande veut profiter du changement d'équipe pour disposer de "ministres plus forts, plus impliqués" et en finir avec les accusations d'amateurisme qui plombent jusqu'à présent son quinquennat.

La "claque" des municipales sonne en tout cas comme un très sérieux avertissement pour les socialistes, qui pourraient de nouveau être sanctionnés aux élections européennes du 25 mai, le Front national y étant donné comme le premier parti de France.

Passé l'été, un autre risque se profile avec les sénatoriales de septembre, qui devraient se solder par un basculement à droite de la chambre haute, passée à gauche en 2008 pour la première fois de la Ve République.

(Avec Service France, édité par Yves Clarisse)

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