Obésité au Royaume-Uni : un feu rouge signale les produits trop gras

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Suivant leurs taux de graisses, de sel ou de sucre, de plus en plus de produits britanniques sont étiquetés suivant les codes couleur d'un feu tricolore. Un dispositif loin de faire l'unanimité.

Après avoir été bannie des États-Unis à cause de la présence de «mites à fromage» , la mimolette risque désormais de porter la pastille rouge au Royaume-Uni, le symbole infamant des produits trop gras ou trop salés qui nuisent à la santé. Pour lutter contre l'obésité, les Britanniques ont décidé d'utiliser le code couleur des feux tricolores : vert pour les aliments sains, orange voire rouge pour les moins recommandables. Mais, vu du reste de l'Europe, ce nouveau système censé aider les consommateurs à mieux se nourrir est loin de faire l'unanimité. Culpabilisateur, simpliste voire trompeur, des nutritionnistes et associations agroalimentaires françaises voient ce dispositif d'un mauvais oeil. En creux, ils craignent que celui-ci ne porte indirectement préjudice aux exportations des produits français, pas particulièrement réputés pour leur légèreté, mais qui trouvent leur équilibre dans leur diversité.

Un quart des adultes britanniques sont obèses

Ce système de feu tricolore pour signaler la teneur en calories, graisses, sel et sucre est déjà utilisé depuis plusieurs années par certaines enseignes comme Stainbury's, Tesco, ASDA, Morrisons, the Cooperative et Waitrose. Fin juin, les filiales britanniques des groupes Mars, Nestlé, PepsiCo et le groupe Premier Foods l'ont également adopté de manière volontaire. «Grâce à l'adhésion de tous les plus grands détaillants et fabricants à cet étiquetage cohérent, nous serons tous capables de voir en un coup d'oeil ce qu'il y a dans notre nourriture. C'est pourquoi nous souhaitons que de plus en plus de fabricants adhèrent et utilisent cet étiquetage», se félicite la ministre britannique de la Santé Anna Soubry. Car au Royaume-Uni, l'obésité est un vrai fléau. C'est le «plus grave problème de santé publique auquel est confronté le pays», estimait The Academy of Medical Royal Colleges en février dernier, rappelant qu'un quart des adultes britanniques sont obèses. Un chiffre qui pourrait doubler d'ici 2050.

«Ce type d'étiquetage ne fait que contribuer à une médicalisation de l'alimentation», explique au Figaro Jean-Pierre Corbeau, sociologue de l'alimentation à l'Université de Tours. «Aujourd'hui, l'alimentation est de plus en plus valorisée uniquement sur sa dimention nutritionnelle, au détriment du goût, de sa dimention symbolique et de la quantité consommée. Pourtant, tout excès d'un aliment entraîne une pathologie, qu'il soit gras ou pas. De plus, on ne tient pas compte de la spécificité biologique et des besoins de chacun.» En clair, pour Jean-Pierre Corbeau, une viande bien préparée chez soi sera moins grasse et meilleure pour la santé qu'un plat préparé allégé, pourtant étiqueté en vert, où le gras et le sucre ont été remplacés par des exhausteurs de goût dont on ne connaît pas encore les effets sur la santé.

Un système «arbitraire»

L'étiquetage tricolore inquiète également le reste de l'Europe, alors que les industries agroalimentaires italienne et allemande ont fait part de leur crainte qu'il ne pénalise les exportations de produits traditionnels étrangers. Critique principale: la couleur verte, orange ou rouge est attribuée pour une quantité arbitraire de 100 grammes, et non pour une portion normale prise lors d'un repas. Par exemple, 100 ml d'huile d'olive contiennent 90 grammes de matière grasse, soit 130% des besoins journaliers d'une personne. Ce qui lui vaudrait une pastille rouge, correspondant aux produits trop gras. Mais personne ne consomme autant d'huile en un jour... Une portion pour un repas correspond à 10 ml, soit 13% des besoins journaliers; pas de quoi s'alarmer. «Beaucoup de fromages, de charcuterie seront systématiquement pénalisés par un étiquetage rouge, alors qu'ils ne présentent aucun risque s'ils sont consommés dans des proportions normales», explique encore Camille Helmer, responsable des affaires réglementaires à l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA).

Un réglement européen de 2011 permet aux États membres d'établir leur propre système d'étiquetage alimentaire, dès lors qu'il n'y a pas d'impact sur le marché intérieur européen. Bruxelles pourrait-elle attaquer ce disposif britannique en justice? «Nous avons envoyé une demande d'éclaircissement au Royaume-uni, notamment pour savoir si ce dispositif pourrait devenir obligatoire», explique le porte-parole à la santé de la Commission européenne, Frédéric Vincent. Car pour l'instant, il n'est applicable que sur la base du volontariat.

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