Obamacare-Trump prêt à négocier avec les "frondeurs" républicains

le , mis à jour à 23:09
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 (Cinquième sénateur contre, détails) 
    par Jeff Mason et Yasmeen Abutaleb 
    WASHINGTON, 23 juin (Reuters) - L'hostilité de cinq 
sénateurs républicains au projet de réforme du système de santé 
présenté par leur parti ne laisse qu'une chance "très mince" de 
le voir adopté, a reconnu vendredi Donald Trump. 
    Le président américain a toutefois proposé de coopérer avec 
eux pour faire évoluer le texte et a été en contact téléphonique 
avec plusieurs élus républicains du Sénat jeudi et vendredi.  
    "Ils n'y sont pas opposés. Ils aimeraient obtenir certaines 
modifications et nous allons voir ce que nous pouvons faire", a 
déclaré le chef de la Maison blanche, parlant de "personnes très 
bien", dans un entretien diffusé par la chaîne Fox News. 
    Farouchement opposés à l'abrogation et au remplacement de la 
réforme emblématique de la présidence Obama, les 48 sénateurs 
démocrates n'ont besoin que de trois voix supplémentaires pour 
obtenir le rejet du texte présenté jeudi par la majorité 
républicaine.  
    Mitch McConnell, président du groupe républicain au Sénat, 
travaille depuis des semaines avec ses lieutenants à cette 
version amendée du texte adopté de justesse par la Chambre des 
représentants le 4 mai pour abroger l'Affordable Care Act, plus 
connu sous le nom d'Obamacare.  
    Comme prévu, le projet de 142 pages prévoit de supprimer, 
rétroactivement à partir du début 2017, une taxe imposée aux 
foyers les plus riches par l'Obamacare pour financer en partie 
la réforme de l'assurance-santé. 
    Donald Trump a salué le projet de loi, mais a semblé 
indiquer que de nouveaux changements étaient en préparation. "Je 
suis très favorable au projet de loi sur la santé du Sénat. J'ai 
hâte de le rendre vraiment spécial !", a-t-il dit sur Twitter. 
    Donald Trump avait invité en mai la Chambre des 
représentants à adopter un projet de loi similaire, qu'il avait 
ensuite jugé "mauvais" une fois passé. Mercredi, il a souhaité 
un projet de loi "avec du coeur". 
    De nombreux démocrates se sont immédiatement insurgés contre 
le projet, qui octroie des avantages aux ménages les plus riches 
et menace de laisser des millions d'Américains sans assurance 
maladie. 
    "Le président a dit que le projet de loi de la Chambre était 
mauvais", a rappelé Chuck Schumer, président du groupe démocrate 
à la chambre haute du Congrès, avant d'ajouter : "Le projet de 
loi du Sénat pourrait bien être encore pire." 
     
    TERRAIN MINÉ 
    Le texte présenté au Sénat préconise également une 
diminution progressive des subventions fédérales allouées au 
programme d'assurance maladie des Américains les plus pauvres 
(Medicaid) et un remodelage des aides octroyées aux personnes à 
revenu modeste souscrivant leur assurance sur le marché privé.  
    Ces aides seront désormais liées non plus seulement à l'âge 
de l'assuré, mais à ses revenus, a déclaré la sénatrice 
républicaine du Maine Susan Collins, parlant d'une "amélioration 
majeure".  
    Selon le Washington Post, le projet McConnell offre plus de 
latitude aux Etats pour s'exempter des obligations de 
l'Affordable Care Act et prive le programme Planned Parenthood, 
qui prend notamment en charge des services liés à l'IVG, de 
subventions fédérales. 
    Mitch McConnell avance en terrain miné car le texte adopté 
par la Chambre des représentants a été jugé trop brutal par une 
partie de l'aile modérée des républicains tandis que l'aile la 
plus conservatrice réclamait une rupture plus radicale. 
     
    DÉBATS LA SEMAINE PROCHAINE 
    Rand Paul, représentant de l'aile dure du parti qui compte 
parmi les quatre opposants, a souhaité vendredi sur MSNBC que 
"la réforme ressemble davantage à une abrogation". La veille, il 
s'était dit ouvert à la négociation.  
    Un cinquième sénateur, Dean Heller, s'est joint vendredi aux 
"frondeurs". 
    Malgré ces difficultés, le porte-parole de la Maison 
blanche, Sean Spicer, s'est voulu optimiste.  
    "Je pense que nous allons y arriver (...), que nous aurons 
abrogé et remplacé l'Obamacare avant la fin de la session 
parlementaire en août", a-t-il dit. 
    Les républicains s'emploient depuis sept ans à défaire 
l'Obamacare, mais la réforme, qui a permis à 23 millions 
d'Américains de se doter d'une assurance maladie, est désormais 
globalement bien perçue par l'opinion.  
    Selon une enquête Reuters/Ipsos, près de 60% des adultes 
sont convaincus que le texte adopté en mai par les représentants 
conduira à une hausse du coût de l'assurance santé pour les 
Américains à faibles revenus et ceux qui ont des antécédents 
médicaux. Seuls 13% estiment qu'il améliorera le système de 
santé. 
    A Wall Street, la présentation du projet républicain a été 
particulièrement bien accueillie, provoquant une hausse marquée 
des valeurs du secteur hospitalier et de l'assurance santé. 
    Une hausse qui se justifie car "les risques à court terme 
diminueront si les dispositions sur les subventions et Medicaid 
sont maintenues lors des négociations au Sénat et à la Chambre", 
estime Sheryl Skolnick, directrice de recherches à Mizuho 
Securities. 
    Mitch McConnell a déclaré que les débats sur le texte 
commenceraient la semaine prochaine et il espère un vote 
rapidement. Chuck Schumer a prédit pour sa part que cinq ou six 
jours ne suffiraient pas pour examiner le projet de réforme.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse, Julie Carriat et Jean-Philippe Lefief 
pour le service français, édité par Gilles Trequesser) 
 
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