Obama parle droits de l'homme au Vietnam, des dissidents tenus à l'écart

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 (Actualisé avec discours d'Obama, déclaration sur les 
dissidents) 
    par Matt Spetalnick et Martin Petty 
    HANOÏ, 24 mai (Reuters) - Le président américain, Barack 
Obama, a déploré mardi la faiblesse des réformes vietnamiennes 
en matière de libertés politiques alors que plusieurs 
personnalités critiques du régime de Hanoï étaient tenues à 
l'écart de sa visite, une note discordante dans un voyage dominé 
par les marques de réchauffement entre les deux pays.  
    Lundi, Barack Obama a levé lundi l'embargo sur la vente 
d'armes létales au Vietnam, mettant fin au dernier obstacle 
important entre Washington et Hanoï que les tensions avec la 
Chine au sujet de la souveraineté en mer de Chine poussent à se 
rapprocher.  
    Sa décision a toutefois été critiquée, certains observateurs 
jugeant que le locataire de la Maison blanche se privait d'un 
argument de poids dans la défense des droits de l'homme au 
Vietnam en favorisant les intérêts communs avec Hanoï face à la 
Chine.  
    Depuis plusieurs années, Washington avait posé comme 
condition à la levée de l'embargo l'adoption de mesures 
concrètes pour garantir la liberté d'expression, de culte et 
d'association ainsi que la libération de prisonniers politiques. 
    Un intellectuel vietnamien de premier plan, Nguyen Quang A, 
a déclaré à Reuters qu'une dizaine de policiers étaient venus 
l'interpeller à son domicile à 06h30 du matin et l'avaient 
retenu hors de la capitale jusqu'à ce que le président américain 
soit sur le point de quitter celle-ci.  
    Nguyen Quang A fait partie de la centaine de Vietnamiens qui 
ont tenté, pour la plupart en vain, de défendre des candidatures 
indépendantes lors des élections législatives du week-end 
dernier, étroitement encadrées par le Parti communiste.  
    Le ministère vietnamien des Affaires étrangères, interrogé 
sur son cas, n'a pas répondu dans l'immédiat.  
    Un avocat a quant à lui dit avoir été empêché de participer 
à une rencontre entre Obama et six représentants de la société 
civile.  
    Dans un discours prononcé après cette rencontre, Barack 
Obama a noté que plusieurs militants des droits de l'homme 
avaient été tenus à l'écart de sa visite, y voyant le signe 
qu'en dépit de "modestes" réformes, "il y a encore des gens qui 
ont beaucoup de mal à se rassembler et à s'organiser 
pacifiquement sur des sujets auxquels ils tiennent beaucoup". 
    "Il y a encore des sujets de préoccupation particulière en 
termes de liberté d'expression, de liberté de réunion, de mise 
en cause de questions relevant du gouvernement", a-t-il ajouté, 
avant d'assurer que le respect des droits de l'homme ne 
constituait pas une menace pour la stabilité d'un pays.  
     
    "LES GRANDES NATIONS NE DOIVENT PAS INTIMIDER LES PETITES" 
    Avant de s'exprimer sur les droits de l'homme au Vietnam, 
Barack Obama avait souligné l'importance de la liberté de 
navigation en mer de Chine méridionale, où Pékin a installé des 
pistes d'atterrissage et des installations portuaires sur des 
îlots jusqu'alors inhabités.  
    "Les grandes nations ne doivent pas intimider les petites. 
Les différends doivent être réglés pacifiquement", a-t-il dit, 
sans citer la Chine, qui revendique la souveraineté sur 80% de 
la mer de Chine méridionale. 
    A Pékin, la porte-parole du ministère des Affaires 
étrangères Hua Chunying a déclaré que les pays extérieurs à la 
région devaient respecter les efforts entrepris pour préserver 
la paix et la sécurité.  
    "La question clé est de savoir si la partie concernée est 
sincère et déterminée à résoudre les différends par le biais 
d'efforts conjoints, de négociations et de consultations", 
a-t-elle poursuivi.  
    Le journal anglophone chinois Global Times, détenu par le 
Quotidien du Peuple, l'organe du Parti communiste, a critiqué la 
décision d'Obama de lever l'embargo sur les armes et déploré 
l'empressement des Etats-Unis à assouplir des exigences sur les 
droits de l'homme. La Maison blanche "profite du Vietnam pour 
semer le trouble en mer de Chine du Sud", écrit le journal. 
    Après Hanoï, Barack Obama s'est rendu à Hô-Chi-Minh-Ville, 
l'ex-Saïgon où l'entrée des chars nord-vietnamiens en avril 1975 
avait marqué la défaite du Sud soutenu par l'armée américaine.  
    Des dizaines de milliers de personnes s'étaient massées le 
long de la route menant de l'aéroport au centre-ville.  
    Le président américain devait prononcer un discours sur les 
relations entre les deux pays depuis leur normalisation en 1995 
et défendre le Partenariat transpacifique (TPP). 
    L'accord qui doit inclure 12 pays, pour une valeur totale de 
28.000 milliards de dollars (25.000 milliards d'euros), devrait 
bénéficier de manière considérable à l'économie vietnamienne, 
très dépendante des exportations et du secteur manufacturier. 
    L'année dernière, le commerce entre les Etats-Unis et le 
Vietnam a atteint 45 milliards de dollars, contre 450 millions 
en 1995, à mesure que les télévisions, smartphones et vêtements 
fabriqués au Vietnam arrivaient sur le marché américain. 
    Le TPP fait l'objet de nombreuses contestations, notamment 
aux Etats-Unis, mais Barack Obama s'est dit convaincu que 
l'accord serait entériné par les législateurs. 
 
 (avec My Pham, Ho Binh Minh et Mai Nguyen à Hanoï, John Ruwitch 
à Shanghai; Julie Carriat pour le service français, édité par 
Jean-Stéphane Brosse et Marc Angrand) 
 
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