Obama et Hollande célèbrent un couple franco-américain apaisé

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FRANÇOIS HOLLANDE DÉBUTE CE LUNDI UNE VISITE D'ÉTAT AUX ÉTATS-UNIS
FRANÇOIS HOLLANDE DÉBUTE CE LUNDI UNE VISITE D'ÉTAT AUX ÉTATS-UNIS

par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - Déchiré il y a seulement une dizaine d'années, le vieux couple que forment la France et les Etats-Unis s'est stabilisé sous le mandat de François Hollande, premier dirigeant étranger invité pour une visite d'Etat par Barack Obama depuis sa réélection.

La Maison Blanche ne réserve qu'à une poignée de chefs d'Etat le faste et le protocole des cérémonies qui doivent illustrer, lundi et mardi à Washington, les liens d'amitiés qu'entretiennent les Etats-Unis avec un allié bicentenaire.

Qualifiés il y a moins de dix ans par la presse conservatrice de "singes capitulards mangeurs de fromages" pour leur opposition à l'invasion de l'Irak, les Français -que Condoleezza Rice, la conseillère du président George Bush, appelait alors à "punir"- sont petit à petit revenus en grâce.

La relation entre les deux pays s'est même "décomplexée", selon François Heisbourg, président de la Fondation pour la recherche stratégique.

"La France est décomplexée dans ses choix par rapport aux Etats-Unis: le fait d'avoir dit non au moment de la guerre d'Irak libère du coup pour dire oui dans d'autres situations", explique l'analyste, pour qui le leadership français au Mali ou en Centrafrique est très apprécié à Washington.

La fermeté de la diplomatie française dans le dossier du nucléaire militaire iranien a aussi été remarquée aux Etats-Unis, les deux pays partageant la même méfiance vis-à-vis des engagements pris par Téhéran.

Le sénateur républicain John McCain a ainsi salué en novembre la décision française de bloquer un projet d'accord jugé trop favorable à l'Iran par un "vive la France" inimaginable il y a encore quelques années.

Les proches de François Hollande se félicitent d'une relation "sans aspérités" avec l'administration de Barack Obama et minimisent les frictions qui ont récemment émaillé les relations bilatérales.

"AUCUNE ACRIMONIE"

Si la France a pu avoir le sentiment d'avoir été "lâchée" quand Washington a renoncé en septembre à frapper le régime de Damas après l'usage d'armes chimiques alors que les avions français étaient prêts à décoller, l'Elysée insiste: il n'existe "aucune acrimonie" sur ce dossier.

Paris estime que sa fermeté a finalement payé, puisque Bachar al Assad a consenti à détruire son arsenal chimique dans le cadre d'un accord imposé par Moscou à son allié syrien.

Contrairement à d'autres pays européens comme l'Allemagne, les révélations d'Edward Snowden sur les activités d'espionnage de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) n'ont suscité que des réactions plutôt mesurées du gouvernement français.

François Hollande a ainsi assuré cette semaine au magazine américain Time que cet épisode n'avait laissé aucune "amertume".

Traditionnelle pomme de discorde entre les deux pays, la notion d'exception culturelle que la France a imposée à la Commission européenne dans ses négociations de libre-échange avec les Etats-Unis a bien suscité des menaces de représailles de Barack Obama lui-même, mais Paris n'a pas fait monter les enchères sur un dossier qui s'inscrit dans la durée.

Les critiques du secrétaire d'Etat américain John Kerry sur la visite à Téhéran d'une délégation de patrons français en début de semaine ont agacé certains diplomates au Quai d'Orsay mais n'ont guère ému Laurent Fabius, à croire que rien ne semble empêcher le réchauffement des relations entre les deux pays.

"Structurellement, on a des intérêts convergents et une reconnaissance des rôles respectifs de chacun", se félicite-t-on à l'Elysée, où l'on qualifie de "fluides" les relations qu'entretiennent les deux présidents.

Le retrait des troupes françaises d'Afghanistan, promis par François Hollande durant la campagne présidentielle, a été compris par l'administration américaine et n'a pas gâché leur premier tête-à-tête à Washington quelque jours seulement après le deuxième tour de la présidentielle de 2012.

SARKOZY L'AMÉRICAIN

La personnalité de François Hollande, guère démonstratif et peu enclin à personnaliser ses relations diplomatiques avec ses homologues étrangers, est également jugée plus propice à des liens apaisés que celle de Nicolas Sarkozy.

Présenté comme le plus "américain" des présidents de la Ve République, son prédécesseur avait pourtant débuté son quinquennat par une lune de miel avec l'administration de George Bush, illustrée par des vacances en famille particulièrement médiatisées dans une villa cossue du New Hampshire en 2007.

Les notes diplomatiques américaines divulguées par WikiLeaks témoignaient de la chaleur des échanges entre Nicolas Sarkozy et les diplomates des Etats-Unis qui le considéraient à l'époque comme "viscéralement pro-américain".

L'élection de Barack Obama en 2008 a interrompu le rapprochement engagé par l'ex-président, qui a abandonné progressivement l'espoir de nouer avec Barack Obama une relation à la hauteur de son attirance pour le pays.

"La relation personnelle entre Obama et Sarkozy était exécrable", dit François Heisbourg, qui évoque l'accrochage diplomatique intervenu quand le président américain de passage à Paris avait ostensiblement choisi un restaurant pour manger en famille plutôt que de dîner sous les ors de l'Elysée.

S'ils ont collaboré efficacement sur des dossiers stratégiques comme l'intervention militaire en Libye, Nicolas Sarkozy et Barack Obama ne sont pas parvenus à nouer un partenariat privilégié durant la crise financière ou sur le processus de paix israélo-palestinien.

Edité par Yves Clarisse

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