Obama et Castro étalent leur désaccord sur les droits de l'homme

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 (Actualisé avec autres déclarations des deux présidents) 
    par Matt Spetalnick et Frank Jack Daniel 
    LA HAVANE, 22 mars (Reuters) - Barack Obama a appelé Cuba à 
améliorer son bilan en matière de droits de l'homme, lundi à 
l'issue d'un long entretien en tête à tête au palais de la 
Révolution de La Havane avec Raul Castro, qui a déploré que les 
Etats-Unis aient deux poids et deux mesures sur cette question. 
    Lors d'une conférence de presse donnée au deuxième jour de 
sa visite historique dans l'île communiste, le président 
américain a indiqué qu'il avait eu un échange "franc et honnête" 
avec Raul Castro à propos des droits de l'homme et des domaines 
de coopération entre les deux pays.  
    "Nous continuons d'avoir de sérieuses divergences, notamment 
sur la démocratie et les droits de l'homme", a déclaré Barack 
Obama au côté de Raul Castro lors d'une apparition conjointe 
devant la presse débutée par des plaisanteries mais agrémentée 
de moments de tension. 
    "En l'absence de (progrès sur cette question), je pense que 
cela continuera à être un facteur très puissant d'irritation", a 
poursuivi le président américain, dont les propos étaient 
retransmis en direct à la télévision cubaine. 
    "L'Amérique croit en la démocratie. Nous croyons que la 
liberté de parole, la liberté d'assemblée et la liberté 
religieuse ne sont pas seulement des valeurs américaines mais 
des valeurs universelles." 
    Le président cubain, qui a lui aussi répondu en direct à la 
télévision cubaine aux questions de journalistes étrangers, ce 
qui n'était jamais arrivé, a parfois paru mal à l'aise et a 
montré de l'agacement après une question portant sur les 
prisonniers politiques.  
    "Quels prisonniers politiques? Donnez-moi un nom, ou les 
noms", a lancé Raul Castro au journaliste qui l'interrogeait. 
"Et si ces prisonniers politiques existent, ils seront libérés 
avant la tombée de la nuit." 
    Le président cubain a défendu le bilan de son pays en 
matière de droits tels que l'accès aux soins, l'accès à 
l'éducation et l'égalité entre les hommes et les femmes, alors 
que Cuba critique régulièrement le racisme et les violences 
policières aux Etats-Unis ainsi que le recours à la torture sur 
la base américaine de Guantanamo, sur le territoire cubain. 
     
    EMBARGO ET GUANTANAMO 
    Ben Rhodes, l'un des principaux conseillers de Barack Obama, 
a par la suite déclaré à la presse que les autorités américaines 
avaient transmis des listes de prisonniers politiques à leurs 
homologues cubaines, tout en soulignant que les durées de 
détention étaient désormais plus courtes que dans le passé. 
    La tension a de nouveau été palpable lorsque Raul Castro a 
ignoré les demandes de prise de parole des journalistes cubains 
désireux de profiter de l'occasion pour lui poser des questions. 
    Le dirigeant cubain s'est encore agacé lorsqu'il a de 
nouveau été interrogé sur les droits de l'homme, n'acceptant de 
répondre à une nouvelle question que sur l'insistance de Barack 
Obama. 
    "Combien de pays respectent l'intégralité des 61 droits 
humains? Le savez-vous? Je le sais. Aucun. Aucun", a-t-il dit. 
    Une certaine gêne est encore apparue à la fin de la 
conférence de presse lorsque Raul Castro a levé le bras de 
Barack Obama comme pour former un geste de victoire. Le 
président américain a résisté et a laissé sa main ballante 
plutôt que de serrer le poing. 
    Raul Castro a livré ses propres exigences pour améliorer les 
relations entre les deux pays. Il a réclamé aux Etats-Unis la 
levée de leur embargo commercial en vigueur depuis plus d'un 
demi-siècle et la restitution de la base de Guantanamo. 
    Barack Obama n'a pas réagi au sujet de ce deuxième point 
mais il s'est dit optimiste sur l'élimination des sanctions 
économiques, malgré l'hostilité à une telle mesure de la part de 
son opposition républicaine au Congrès à Washington. 
    "L'embargo va prendre fin. Quand, je ne peux pas en être 
entièrement certain", a-t-il dit. 
 
    HOMMAGE À JOSÉ MARTI 
    La visite de Barack Obama, prévue jusqu'à mardi, vise à 
rendre "irréversible" le rapprochement entre les Etats-Unis et 
Cuba amorcé en décembre 2014, a souligné la Maison blanche. Les 
relations diplomatiques ont été rétablies en juillet dernier 
entre les deux pays, qui continuent néanmoins d'entretenir de 
profonds désaccords. 
    Arrivé la veille au soir en compagnie de son épouse Michelle 
et de leurs deux filles Sasha et Malia, Barack Obama a entamé la 
journée de lundi sur la place de la Révolution, symbole du 
pouvoir cubain où Fidel Castro, qui a laissé sa place en 2008 à 
Raul Castro à la tête de l'Etat, s'est adressé pendant des 
décennies à la foule pour dénoncer l'impérialisme américain. 
    Le président américain a déposé une gerbe de fleurs devant 
le mémorial consacré au héros de l'indépendance cubaine au XIXe 
siècle José Marti, un bâtiment dominé par un portrait 
gigantesque d'Ernesto "Che" Guevara. 
    "C'est un grand honneur de rendre hommage à José Marti, qui 
a donné sa vie pour l'indépendance de sa patrie. Sa passion pour 
la liberté et l'autodétermination se perpétue aujourd'hui chez 
le peuple cubain", a écrit Barack Obama sur le livre d'or du 
mémorial. 
    Barack Obama doit avoir une rencontre privée avec des 
dissidents cubains, mardi à l'ambassade des Etats-Unis. 
 
 (Avec Jeff Mason et Daniel Trotta à La Havane; Eric Faye, 
Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey pour le service 
français) 
 
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