Obama emploie le "N-Word" pour susciter un débat sur le racisme

le , mis à jour à 07:18
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par Julia Edwards et Matt Spetalnick WASHINGTON, 23 juin (Reuters) - Barack Obama a provoqué lundi un débat enflammé sur les réseaux sociaux en utilisant le mot "nègre" dans une interview pour illustrer la persistance de tensions raciales aux Etats-Unis, cinq jours après la tuerie de Charleston qui a coûté la vie à neuf paroissiens noirs de Caroline du Sud. "Le problème, ce n'est pas seulement qu'il est impoli de prononcer le mot 'nègre' en public. Ce n'est pas à cela qu'on mesure si le racisme existe toujours ou pas. Ce n'est pas seulement une question de discrimination qui se voit", a déclaré le premier président noir des Etats-Unis lors d'une interview d'une heure dans l'émission de radio "WTF with Marc Maron". Le mot "nigger" a une longue histoire aux Etats-Unis et n'est pratiquement jamais prononcé publiquement, encore moins par les hommes politiques. On le remplace souvent par l'expression "N-Word". En l'employant, Barack Obama a sciemment voulu nourrir un débat, a déclaré le porte-parole de la Maison blanche Josh Earnest, alors que, sur fond de tuerie raciste ou de violences policières contre les Noirs, les Américains s'interrogent sur la longue histoire de leur pays face au racisme. Barack Obama n'est évidemment pas le premier président américain de l'époque contemporaine à employer ce mot. Mais s'il le fait en public, plusieurs de ses prédécesseurs blancs l'ont utilisé en privé et de manière peu flatteuse. Dans son livre de 2001 "Nigger: The Strange Career of a Troublesome Word" (Nègre, l'étrange carrière d'un mot pénible), l'universitaire Randall Kennedy écrit que Richard Nixon, Lyndon Johnson et Harry Truman en étaient particulièrement friands. Barack Obama a lui-même utilisé souvent ce mot dans son autobiographie "Les rêves de mon père", parue avant son élection, mais depuis son accession à la Maison blanche, il s'est montré moins provocateur sur les questions raciales. Dans son interview avec Marc Maron, il a estimé que les Etats-Unis avaient progressé dans ce domaine en cinquante ans, mais que l'héritage de l'esclavage continuait de jeter une ombre sur le pays. "Les sociétés n'effacent pas totalement en une nuit ce qui s'est passé pendant les deux ou trois cents années précédentes", a-t-il dit. Le président des Etats-Unis se rendra vendredi à Charleson pour prononcer l'éloge funèbre du révérend Clementa Pickney, l'une des neuf victimes de la tuerie du 17 juin dernier. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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