"Nuit debout" en question après des débordements à Paris

le
2
DES VIOLENCES À PARIS CRÉENT LE DÉBAT SUR LE MOUVEMENT "NUIT DEBOUT"
DES VIOLENCES À PARIS CRÉENT LE DÉBAT SUR LE MOUVEMENT "NUIT DEBOUT"

PARIS (Reuters) - Des voix commencent à s'élever, à droite et à gauche, pour demander la dissolution de "Nuit debout", un mouvement né le 31 mars à Paris qui essaime dans toute la France et dont la dixième édition, dans la nuit de samedi à dimanche, a été marquée par des violences dans la capitale.

L'ancien Premier ministre François Fillon, candidat à l'investiture à droite pour la présidentielle de 2017, a jugé que la poursuite de "Nuit debout", qui dépasse désormais la seule opposition au projet de réforme du Code du travail, "n'était pas compatible avec l'état d'urgence".

François Vauglin, maire socialiste du XIe arrondissement de Paris, où se déroule "Nuit debout", s'est prononcé pour sa part sur BFM TV pour l'évacuation de la place de la République.

Huit personnes ont été interpellées dans la nuit de samedi à dimanche à Paris pour des dégradations et des jets de projectiles à la suite d'une série de débordements, à tel point qu'un responsable de "Nuit debout", place de la République, a demandé le concours de la police pour assurer la sécurité du site, a précisé la préfecture de police dans un communiqué.

Trois cents à 400 personnes ont tenté en outre samedi soir de se rendre au domicile privé du Premier ministre Manuel Valls, dans le XIe arrondissement, alors qu'il se trouvait en visite en Algérie. Elles ont été bloquées par les forces de l'ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes.

"Ce qui est préoccupant, c'est de voir des groupes d'extrémistes violents se mêler à des personnes qui ne sont pas sur cette ligne-là", a déclaré sur BFM TV le préfet de police Michel Cadot, qui s'inquiète de la multiplication des "dérapages".

"TREMBLEZ BOURGEOIS"

Des pierres ont été jetées sur la façade du commissariat du XIe arrondissement, deux véhicules de police ont été fortement endommagés, indique la préfecture de police.

Des casseurs s'en sont pris à six agences bancaires, boulevard Voltaire, à une agence d'intérim et à une agence de mutuelle : des vitrines ont été brisées, des distributeurs automatiques de billets dégradés et des slogans tels que "Tremblez bourgeois, le peuple n'a plus peur" tagués.

Selon la préfecture, des manifestants sont parvenus à s'introduire dans trois des banques. Une Autolib a ensuite été incendiée près de la place de la République et les forces de l'ordre ont été la cible de jets de pierre dans ce secteur.

"Il va falloir commencer à réfléchir à l'évacuation de cette place", a déclaré François Vauglin sur BFM TV. Le mouvement "Nuit debout" est soutenu par la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo.

François Fillon, qui a dit "comprendre la colère des gens de gauche", s'est déclaré "profondément choqué que d'un côté on ait l'état d'urgence, dont on nous explique qu'il est absolument indispensable et qu'il faut le prolonger pendant des années, et de l'autre côté qu'on tolère ce type de rassemblements".

"C'est un mouvement qui n'est pas compatible avec l'état d'urgence. Il faut savoir ce qu'on veut : il y a des manifestations qui ont été interdites parce qu'elles gênaient le gouvernement, au nom de l'état d'urgence, là je vois qu'en l'occurrence on n'y touche pas", a-t-il ajouté au "Grand Rendez-vous" Europe 1-Le Monde-iTELE.

"ILS DOIVENT ÊTRE ENTENDUS"

L'une de ses concurrentes pour l'investiture présidentielle, Nathalie Kosciusko-Morizet, estime au contraire dans Le Journal du Dimanche qu"'il faut aller place de la République". "La droite comme la gauche se trompe sur ce mouvement, (...) c'est une génération qui se pose des questions".

La ministre de l'Environnement Ségolène Royal a défendu dimanche l'initiative "de jeunes très paisibles, constructifs" lui rappelant son concept de "démocratie participative".

"Il ne faut pas tout mélanger", a-t-elle plaidé au "Grand Jury" RTL-Le Figaro-LCI.

"Il y a une partie de jeunes qui viennent pour casser, ceux-là ils n'ont rien à faire place de la République, il y a une partie de jeunes bienveillants qui viennent là pour se parler, pour s'expliquer, pour partager, ceux-là ils doivent être respectés, ils doivent être entendus", a-t-elle dit.

"Il doit y avoir un débouché législatif qui leur donne satisfaction au sens où il faut leur donner un désir d'avenir", a-t-elle poursuivi, en évoquant le projet de loi Travail.

Manuel Valls reçoit lundi les organisations de jeunesse pour leur formuler une série de propositions.

Le Front national demande dimanche au chef du gouvernement de retirer le projet de loi Travail et de "faire respecter l'ordre républicain dans les rues de France".

"Les milices d'extrême gauche qui sèment régulièrement le chaos dans nos villes (...) bénéficient manifestement de la part du Premier ministre Valls d'une forme évidente de complaisance", peut-on lire dans un communiqué.

(Sophie Louet)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • dupon666 le dimanche 10 avr 2016 à 17:30

    ça ne serait pas la premiere fois que le pouvoir provoque le desordre pour justifier une intervention

  • g.gigon le dimanche 10 avr 2016 à 17:11

    Et oui commence à déranger le pouvoir en place car le mouvement prend de l'ampleur, se servir du soit disant état d'urgence pour dissoudre ce mouvement devenant gênant pour ces monarches démontre que nous ne sommes plus dans une démocratie.