Nucléaire-Reprise des discussions entre Américains et Iraniens

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par Louis Charbonneau et John Irish LAUSANNE, Suisse, 26 mars (Reuters) - Les Etats-Unis et les Iraniens ont repris jeudi à Lausanne les discussions en vue de parvenir à un projet d'accord sur le programme nucléaire de la République islamique avant la date butoir du 31 mars. La partie s'annonce serrée en raison des réticences de Téhéran et du scepticisme de certains pays, la France notamment. Téhéran et le groupe P5+1, qui réunit les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine, se sont fixé pour objectif de parvenir avant la fin du mois à un accord de principe sur l'encadrement du programme nucléaire iranien, en vue d'un règlement définitif du contentieux d'ici à la fin juin. Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, et le secrétaire américain à l'Energie, Ernest Moniz, ont rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui était accompagné du directeur de l'organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi. On ignore si la crise au Yémen aura des conséquences sur les discussions, étant donné l'opposition des Iraniens et des Américains sur ce dossier. En plus des entretiens entre Kerry et Zarif, les négociations sur le programme iranien ont également repris dans la ville suisse au niveau des directeurs politiques des pays du P5+1. Les ministres des autres pays du groupe sont attendus plus tard. Ainsi, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, se rendra à Lausanne samedi matin à son retour de New York, où il présidera vendredi un débat public du Conseil de sécurité sur la situation des chrétiens d'Orient et des autres minorités persécutées au Moyen-Orient, a fait savoir le Quai d'Orsay. "DÉCLARATION COMMUNE" Par la voix de son ambassadeur à Washington, Gérard Araud, la France a fait part récemment de ses doutes sur les chances de succès des négociations prévues cette semaine, disant préférer viser la date butoir de juin. Le ministre israélien des Affaires stratégiques et du Renseignement, Yuval Steinitz, qui était à Paris en début de semaine, a dit pour sa part s'attendre à "un mauvais accord, insuffisant". Le texte qui se dessine, a-t-il ajouté dans une interview accordée à Reuters, n'empêchera pas la République islamique de rester une puissance "au seuil" du nucléaire. (voir ID:nL6N0WP2QV ) Israël, l'Arabie saoudite, la France et le Congrès américain, contrôlé par les républicains, craignent que la Maison blanche finisse par conclure un accord qui permette à l'avenir à l'Iran de développer un arsenal nucléaire. La Maison blanche n'a pas caché que la tâche serait ardue. "Nous pensons que nous pourrons dessiner un cadre politique d'ici la fin mars", a déclaré un diplomate américain à Reuters. "Cela ne veut pas dire que nous y parviendrons, mais c'est pour cela que nous travaillons, et rien d'autre." Un autre diplomate du département d'Etat a souligné qu'il ne fallait pas agir dans la précipitation sous prétexte qu'il existe la date butoir du 31 mars. A Téhéran, l'agence Fars a cité un responsable iranien qui a expliqué que les discussions risquaient d'accoucher de quelque chose de moins consistant, une "déclaration commune" plutôt qu'un accord. Des représentants de certains pays du groupe "P5+1" ont exprimé des points de vue semblables, laissant entendre que les négociations risquaient de se conclure par un protocole d'accord. "Ce que nous voulons conclure d'ici à la fin de la semaine c'est un accord de principe sur les points principaux, les paramètres essentiels. La partie ne s'achèvera pas cette semaine", a estimé un responsable de l'Union européenne. DÉSACCORDS IMPORTANTS Mercredi, Mohammad Javad Zarif a une nouvelle fois prévenu que l'Iran ferait de la levée de toutes les sanctions internationales une condition à la conclusion d'un accord sur son programme nucléaire. "C'est la position à laquelle le gouvernement est attaché depuis le départ", a commenté le chef de la diplomatie iranienne cité par l'agence de presse iranienne Irna. Des négociateurs occidentaux soulignent que le principal écueil des négociations réside dans l'attitude iranienne dont les positions n'ont guère bougé ces dix-huit derniers mois et l'arrivée au pouvoir du président Hassan Rohani. François Delattre, ambassadeur de France aux Nations unies, a déclaré mardi soir au Conseil de sécurité qu'il demeurait des désaccords importants avec l'Iran, tout particulièrement sur les questions de la recherche et du développement de centrifugeuses et de la levée des sanctions imposées à Téhéran par les Etats-Unis, l'Union européenne et les Nations unies. (voir ID:nL6N0WR01T ) Devant les inquiétudes exprimées par les Israéliens et les Saoudiens, des responsables ont assuré que la délégation américaine ne cherchait pas un accord à tout prix. "Il y a encore un fossé profond et des choix importants qui doivent être faits dans ces négociations, et comme nous l'avons dit à maintes reprises, il est préférable qu'il n'y ait aucun accord plutôt que soit conclu un mauvais accord", a déclaré mardi l'ambassadeur adjoint des Etats-Unis à l'Onu, David Pressman. Les Américains craignent que la France bloque la signature d'un accord, d'autant qu'elle défend les positions les plus proches de celles d'Israël, ont ajouté les responsables. En l'absence d'accord, le Congrès américain, dominé par les républicains, a prévenu qu'il plaiderait en faveur de nouvelles sanctions contre Téhéran, en dépit de la promesse du président Barack Obama de leur opposer son veto. RENVOI Pour retrouver un ENCADRE sur les paramètres des négociations, cliquer sur ID:nL6N0WJ43M (Avec Parisa Hafezi; Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français)

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