Nouvelles manifestations des partisans de Gülen à Istanbul

le , mis à jour à 21:35
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    par Ayla Jean Yackley 
    ISTANBUL, 5 mars (Reuters) - La police turque a une nouvelle 
fois fait usage de gaz lacrymogènes et tiré des balles en 
caoutchouc samedi à Istanbul pour disperser des manifestants qui 
dénonçaient la prise de contrôle par les pouvoirs publics du 
principal quotidien turc, le journal Zaman. 
    La justice turque a ordonné vendredi la désignation d'un 
administrateur pour diriger le quotidien et sa version 
anglophone, Today's Zaman, dans le cadre d'une enquête sur 
Fethullah Gülen, opposant et prédicateur en exil aux Etats-Unis. 
    Cette décision a été dénoncée par des organisations de 
défense des droits de l'homme et des responsables européens, qui 
y voient la preuve d'une volonté du pouvoir turc de réduire au 
silence les voix dissidentes. 
    Plusieurs centaines de manifestants s'étaient rassemblées 
dès vendredi soir devant le siège du journal pour empêcher les 
forces de l'ordre d'y pénétrer. Ils avaient déjà été dispersés. 
    La décision de justice a suivi les requêtes du ministère 
public qui demandait une enquête sur le mouvement dirigé par 
Gülen en arguant de la lutte contre le terrorisme. 
    "La Turquie a le droit d'interroger ceux qui, acteurs 
économiques ou journalistes, participent à l'évidence à un coup 
d'Etat contre un gouvernement élu", a répondu samedi le Premier 
ministre, Ahmet Davutoglu. "Il existe une procédure légale 
d'examen des charges, y compris l'acheminement de fonds 
illégaux. Nous ne sommes jamais intervenus dans le processus 
légal", a-t-il poursuivi. 
    Plusieurs autres organes de presse liés au mouvement de 
Gülen avaient été saisis en octobre et des entreprises, y 
compris une banque, avaient été confisquées. 
    Le président Recep Tayyip Erdogan accuse de longue date 
Fethullah Gülen de vouloir fomenter un coup d'Etat en infiltrant 
la justice, la police, les médias et d'autres institutions pour 
créer une "structure parallèle". Le prédicateur rejette ces 
accusations. 
    "Très inquiet des derniers développements concernant le 
journal Zaman qui menace les progrès accomplis en Turquie dans 
d'autres domaines", écrit le commissaire européen à 
l'Elargissement, Johannes Hahn, sur Twitter. 
    "Nous continuerons à surveiller l'affaire de près. La 
Turquie, en tant que pays candidat (à l'adhésion européenne), 
doit respecter la liberté des médias", ajoute-t-il. 
    Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a estimé 
qu'il s'agissait "d'un nouveau coup porté à la liberté de la 
presse" et a promis de s'entretenir de cette question avec le 
Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, lundi. 
     
    "UNE PÉRIODE SOMBRE POUR NOTRE PAYS ET POUR LA DÉMOCRATIE" 
    Des voix se sont néanmoins élevées pour reprocher à l'Union 
européenne de faire semblant de ne pas voir les remises en cause 
des libertés en Turquie afin de ne pas froisser le gouvernement 
turc au moment où sa coopération est indispensable dans la 
gestion de la crise des migrants. Un sommet consacré à cette 
question réunira lundi à Bruxelles les Européens et la Turquie. 
    Pour le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn 
Jagland, la décision rendue vendredi par la justice turque est 
"un nouveau développement préoccupant" concernant la liberté des 
médias en Turquie. 
    "Les violents événements devant le siège de Zaman à Istanbul 
sont également inquiétants", poursuit-il samedi dans un 
communiqué, appelant "les autorités turques à respecter leur 
obligation légale de protéger la liberté des médias". 
    Avec 650.000 exemplaires imprimés chaque jour, Zaman est le 
plus gros tirage de la presse turque, selon MedyaTava, un site 
internet spécialisé dans l'analyse des médias. 
    Son rédacteur en chef, Abdulhamit Bilici, et l'éditorialiste 
Bulent Kenes ont été licenciés. 
    "C'est devenu une habitude ces trois, quatre dernières 
années: quiconque s'élève contre le gouvernement risque soit 
l'emprisonnement soit de tomber sous le contrôle du 
gouvernement. C'est une période sombre pour notre pays et pour 
la démocratie", avait déclaré vendredi Abdulhamit Bilici. 
 
 (avec Osman Orsal et Melih Aslan; Jean-Philippe Lefief, Pierre 
Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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