Nouvelles manifestations aux USA contre les violences policières

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TROISIÈME NUIT DE MANIFESTATIONS À NEW YORK
TROISIÈME NUIT DE MANIFESTATIONS À NEW YORK

par Sebastien Malo et Joseph Ax

NEW YORK (Reuters) - Pour la troisième soirée consécutive, des manifestations organisées pour dénoncer les violences policières contre les minorités ont eu lieu vendredi à New York et dans plusieurs villes des Etats-Unis.

La mobilisation, qui a débuté après le non-lieu prononcé dans l'affaire Eric Garner, un père de famille noir tué cet été par un policier blanc à Staten Island, n'a toutefois pas été aussi importante que la veille. Plusieurs milliers de personnes avaient alors défilé à Manhattan et perturbé le trafic automobile.

Vendredi, quelques centaines de manifestants ont bravé la pluie. Une centaine d'entre eux ont fait irruption dans un Apple Store de la Ve avenue où ils se sont livrés à un "die in" sous les yeux des clients et des employés avant de quitter les lieux dans le calme, cinq minutes plus tard.

D'autres ont pénétré brièvement dans un grand magasin d'Herald Square en scandant "Black lives Matter !" (la vie des noirs compte). La même scène s'est produite à la gare de Grand Central. Dans les deux cas, la police a laissé faire les manifestants. Plusieurs ont en revanche été arrêtés peu avant minuit dans le Lower East Side de Manhattan.

D'autres défilés ont eu lieu à Chicago, Boston et Washington, où les marcheurs ont repris en coeur "Black lives matter !".

Comme à Ferguson, dans le Missouri, où un grand jury a estimé le 24 novembre qu'il n'y avait lieu de poursuivre le policier blanc Darren Wilson pour la mort le 9 août de Michael Brown, un adolescent noir, les jurés de Staten Island ont disculpé mercredi l'agent Daniel Pantaleo pour la mort d'Eric Garner.

L'interpellation fatale de ce père de six enfants, revendeur de cigarettes à la sauvette, a été filmée le 17 juillet par un vidéaste amateur. On y voit l'agent new-yorkais et ses collègues l'immobiliser par strangulation tandis que Garner, asthmatique et en surcharge pondérale, dit à plusieurs reprises qu'il n'arrive plus à respirer.

Le décès d'Eric Garner, qui a perdu connaissance lors de son interpellation, a été constaté à son arrivée à l'hôpital.

Une centaine de personnes lui ont rendu hommage samedi lors d'une veillée sur les lieux de son interpellation.

Ces affaires, de même que la mort d'un enfant de douze ans, tué le 22 novembre à Cleveland alors qu'il jouait avec un pistolet factice, ou le décès, jeudi à Phoenix, dans l'Arizona, d'un Noir tué par un policier blanc, suscitent un émoi considérable.

UN MONSTRE EN LIBERTÉ

"Le gouvernement a créé un monstre, et ce monstre est désormais en liberté", estime Soraya Soi Free, une infirmière de 45 ans croisée jeudi soir parmi les milliers de manifestants qui ont défilé à New York.

Le ministre de la Justice Eric Holder a promis jeudi l'ouverture d'une enquête fédérale sur la mort d'Eric Garner. "Des poursuites seront engagées" s'il y a lieu, a-t-il ajouté.

A New York, les procureurs ont annoncé vendredi qu'un grand jury aurait à se prononcer sur un autre homicide, commis le 20 novembre dernier dans un immeuble en construction à Brooklyn, où un policier a mortellement touché un noir sans arme.

Le policier impliqué, Peter Liang, a déclaré que les coups de partis étaient partis accidentellement.

Au cours d'une conférence de presse aux côtés des parents d'Akai Gurley, Kevin Powell, président du groupe de défense de la communauté noire BK Nation, a estimé que cette affaire s'inscrivait dans "une série de lynchages modernes".

Dans le Missouri, une centaine de marcheurs partis de Ferguson le 29 novembre pour réclamer justice dans l'affaire Michael Brown ont achevé vendredi leur périple de 190 km devant la résidence du gouverneur de l'Etat, à Jefferson City.

La marche a été organisée à l'initiative de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Un dirigeant du mouvement de défense des droits civiques a été reçu par le gouverneur Jay Nixon et le ministre de la Justice du Missouri, Chris Koster.

"Nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais je pense qu'il est possible de s'entendre pour apporter des progrès dans des domaines comme le port de caméras par les agents de la police, la réforme des tribunaux municipaux et une présence accrue des minorités dans les agences de maintien de l'ordre", dit ce dernier dans un communiqué.

Ces affaires semblent avoir replongé l'Amérique dans la lutte pour les droits civiques des années 1960.

"Subitement, on se dirait à nouveau dans les années 1960, avec des mouvements pour la justice sociale trouvant une inspiration et un puissant dénominateur commun dans la lutte pour l'égalité des noirs", note l'historien Peniel Joseph, fondateur du Centre d'étude des races et de la démocratie de l'université Tufts de Boston.

"Le slogan 'Black Lives Matter' est devenu, à l'instar des 'Freedom Now' (La liberté maintenant) et 'We Shall Overcome' (Nous triompherons) utilisés par la génération précédente, un hymne contemporain du militantisme en faveur des droits civiques et humains", ajoute-t-il.

(avec Frank McGurty, Ellen Wulfhorst et Robert McMillan; Jean-Philippe Lefief, Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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