Nouvelle mobilisation après le 17e meurtre de l'année en Corse

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NOUVEAU MEURTRE EN CORSE
NOUVEAU MEURTRE EN CORSE

AJACCIO/PARIS (Reuters) - Les ministres de l'Intérieur et de la Justice français sont arrivés jeudi en Corse et l'opposition nationale comme les élus de l'île appellent à une mobilisation, après le 17eme homicide de l'année sur ce territoire.

Le président de la Chambre de commerce de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, a été abattu mercredi soir par un tireur dans son magasin de vêtements en plein centre d'Ajaccio, un mois après l'assassinat de l'avocat Antoine Sollacaro, autre figure publique de l'île.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls devait rencontrer les policiers dans la matinée, la ministre de la Justice Christiane Taubira les magistrats et une conférence de presse commune était programmée en milieu de journée.

Les enquêteurs vont exploiter des enregistrements de vidéosurveillance, le crime s'étant produit dans la rue Fesch, une artère commerçante très populaire d'Ajaccio. Jacques Nacer a été abattu par un homme seul, qui semble avoir pris la fuite à pied mais pourrait ensuite avoir été emmené en scooter par un complice, dit-on de source policière.

Il n'est fait état dans l'immédiat d'aucune piste privilégiée. La chambre de commerce de la ville est cependant depuis de longs mois au centre d'un imbroglio judiciaire jalonné de cadavres, sur fond de nationalisme corse.

Jacques Nacer, de sensibilité nationaliste, était président de la Chambre de commerce de Corse-du-Sud depuis 2007, année où il avait succédé à Raymond Ceccaldi, condamné depuis dans le procès des marchés publics truqués accordés à la SMS (Société méditerranéenne de sécurité).

Le patron de cette dernière, Antoine Nivaggioni, est mort assassiné par balles en 2010. Il était un proche d'Alain Orsoni, figure du nationalisme local et président du club d'Ajaccio, qui a lui-même échappé à une tentative de meurtre.

Antoine Sollacaro était l'avocat de certains protagonistes de cet imbroglio SMS-Chambre de commerce.

LA RACINE DU MAL : "LE FRIC"

Le président de l'Assemblée de Corse Dominique Bucchini a appelé sur France Info le gouvernement à agir et il voit une racine principale au mal de l'île, perle de la Méditerranée convoitée par les gangs, les affairistes de tous poils et les promoteurs.

"Je pense que l'Etat doit s'attaquer une fois pour toutes - dans le passé ça n'a malheureusement pas été le cas - aux racines du mal : le fric", a-t-il dit, estimant que les "coups de menton" de l'Etat n'avaient pas toujours été suivis d'effet dans le passé.

"Le milieu corse veut s'emparer du littoral. On a tué des hommes, des femmes, on a tiré sur des enfants, ce n'est plus possible. Il faut obligatoirement que les lois de la République s'appliquent en Corse", a-t-il ajouté.

Sur France 2, le patron de l'UMP et candidat à la présidence du parti de droite Jean-François Copé a déclaré qu'il refusait d'incriminer le pouvoir de gauche, parlé d'unité nationale et demandé une action forte.

"Il est grand temps maintenant de mettre des vrais moyens dans ce territoire magnifique qu'est la Corse et qui est aujourd'hui totalement gangrené. (...) Il est temps maintenant d'aller au combat contre ces criminels, et le gouvernement doit savoir sur ce point que je serai à ses côtés", a-t-il dit.

Le gouvernement avait annoncé un programme d'action après l'affaire Sollacaro mais sans véritables moyens policiers supplémentaires, ce que réclament les syndicats de police.

Ils soulignent que pour un territoire aussi peuplé qu'un arrondissement parisien, la violence est à un niveau record en Europe, d'autant qu'aux meurtres, s'ajoutent régulièrement de multiples attentats revendiqués par des groupes indépendantistes, notamment contre des résidences secondaires appartenant à des étrangers ou des continentaux.

Roger Nicoli, Thierry Lévêque, édité par Agathe Machecourt

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