Nouvelle manifestation place Tahrir, Morsi veut les résultats

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Nouvelle manifestation place Tahrir, Morsi veut les résultats
Nouvelle manifestation place Tahrir, Morsi veut les résultats

par Marwa Awad et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans à l'élection présidentielle égyptienne, a exigé vendredi la publication immédiate du résultat de l'élection présidentielle, que des milliers de manifestants attendent fiévreusement place Tahrir, au Caire.

Réunis à l'appel de la confrérie, qui revendique la victoire de son candidat, cinq jours après la fin du second tour, la foule agitait des drapeaux égyptiens et chantait des slogans pour dénoncer le report de l'annonce des résultats.

Ce report est perçu comme une manoeuvre de l'armée pour tenter de conserver le pouvoir après avoir poussé Hosni Moubarak en février 2011 vers la sortie face à la pression de la rue.

Les manifestants exigent aussi l'abrogation de la déclaration constitutionnelle effectuée dimanche, en plein dépouillement du vote, par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le processus de transition depuis le renversement de l'ancien président. Ce texte donne provisoirement aux généraux le pouvoir législatif et dépouille le futur chef de l'Etat de quasiment toute prérogative.

"La déclaration constitutionnelle signifie clairement que le conseil militaire tente de limiter (les pouvoirs du) prochain président (...), ce que nous rejetons totalement", a déclaré Mohamed Morsi lors d'une conférence de presse, démentant cependant être en conflit avec l'armée, qu'il a qualifiée de "patriotique".

Le candidat des Frères musulmans a exigé que la commission électorale, qui a approuvé la réélection à la présidence d'Hosni Moubarak par 90% des voix en novembre 2010, donne immédiatement les résultats.

Mohamed Morsi s'est cependant gardé de revendiquer la victoire, comme l'avait fait son camp lundi, au lendemain du second tour. Son adversaire, Ahmed Chafik, dernier Premier ministre d'Hosni Moubarak et considéré comme le candidat de l'armée, a en réponse affirmé avoir lui-même remporté l'élection.

FERMETÉ DU CSFA

"Ces manifestations sur les places, les campagnes d'intimidation et la manipulation médiatique, tout cela vise à contraindre la commission électorale à annoncer un certain résultat", a-t-il dit jeudi à ses partisans en liesse.

"Je suis totalement convaincu que je serai le vainqueur légitime", a-t-il ajouté, devant les caméras de télévision.

Ahmed Chafik a de nouveau lancé un appel au calme et à l'unité en proposant à ses adversaires de participer à son gouvernement s'il l'emporte.

Dans un communiqué lu vendredi à la télévision nationale, le CSFA a exclu de revenir sur sa décision, "requise par le besoin d'administrer les affaires de l'Etat durant cette période critique dans l'histoire de notre nation".

Il a aussi fermement critiqué les deux candidats pour leurs cris de victoire. "Anticiper l'annonce des résultats de l'élection présidentielle avant leur proclamation officielle est l'une des principales causes de la division et de la confusion qui prévalent dans l'espace politique."

Au centre du Caire, sur la place Tahrir, coeur de la révolution de janvier-février 2011, les tentes ont refait leur apparition.

"C'est une contre-révolution classique qui ne sera bloquée que par la force des manifestants", déclare Safouat Ismaïl, un membre des Frères musulmans originaire du delta du Nil. "Je resterai jusqu'au départ des militaires."

DOUTES

L'entourage de Mohamed Morsi affirme que les décomptes effectués par les Frères musulmans dans les bureaux de vote montrent que leur candidat l'a emporté avec près d'un million de voix d'avance et 52% des suffrages.

Une tendance plus ou moins confirmée en début de semaine, et en privé, par des membres de la commission électorale. Mais l'heure est officiellement aujourd'hui à l'examen des appels, ce qui fait craindre à certains responsables des Frères musulmans la possibilité que Chafik soit proclamé vainqueur.

L'état de santé de l'ancien président renforce l'ambiance électrique au Caire. A 84 ans, Hosni Moubarak a été transféré mardi soir de la prison où il purge une peine de réclusion à perpétuité en raison de la mort de manifestants durant la "révolution du Nil", vers un hôpital militaire.

Selon des sources militaires, il alternerait périodes de coma et de réveil mais de nombreux Egyptiens soupçonnent l'armée d'exagérer la faiblesse de son état de santé afin de lui permettre de ne pas purger sa peine.

Sur son compte Twitter, Mohamed ElBaradeï, ancien prix Nobel de la paix et figure du camp réformiste, écrit que "ce qu'il faut désormais, c'est une commission de médiation pour trouver une issue politique et légale à la crise", car, dit-il, "l'Egypte est au bord de l'explosion".

Avec la rédaction du Caire, Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse et Julien Dury pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief

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