Nouvelle journée de violences en Turquie

le , mis à jour à 15:54
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* A Istanbul, un commissariat et le consulat US visés * Attaques contre les forces de sécurité dans le sud-est du pays * La Turquie en état d'alerte renforcé depuis le mois dernier par Yesim Dikmen et Seyhmus Cakan ISTANBUL, 10 août (Reuters) - La Turquie a connu lundi une nouvelle journée de violences avec des attaques à Istanbul contre un commissariat de la ville et le consulat des Etats-Unis tandis que cinq membres des forces de sécurité ont été tués dans le sud-est majoritairement kurde du pays. Le pays est en état d'alerte renforcé depuis que le gouvernement a lancé le mois dernier ce qu'il présente comme "une guerre synchronisée contre le terrorisme" incluant des frappes à la fois contre les djihadistes de l'Etat islamique (EI) présents en Syrie et contre les combattants kurdes du PKK implantés dans le nord de l'Irak. Plusieurs centaines de militants ont également été arrêtés sur le sol turc. Ce revirement stratégique a suivi l'attentat suicide commis le 20 juillet par les djihadistes de l'Etat islamique (EI) à Suruç. L'attaque visant des étudiants et militants prokurdes a fait au moins 32 morts. Les séparatistes kurdes, dénonçant des complicités au sein des forces de sécurité, ont tué des policiers en représailles. Le mouvement prokurde de Turquie accuse le président Recep Tayyip Erdogan de se servir de l'Etat islamique comme d'un prétexte pour combattre les Kurdes. COUPS DE FEU ET EXPLOSION A ISTANBUL A Istanbul, deux femmes ont tiré des coups de feu lundi matin contre le consulat des Etats-Unis dans le quartier de Sariyer, sur la rive européenne du Bosphore. L'une d'elles, blessée dans les échanges de tirs avec les forces de sécurité, a été arrêtée, a-t-on appris auprès des services du gouverneur de la ville. L'attaque a été revendiquée sur son site internet par le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupuscule d'extrême gauche qui, dans son communiqué, qualifie les Etats-Unis d'"ennemi des peuples du Moyen-Orient". Selon l'agence de presse Dogan, la femme arrêtée, qui est âgée de 51 ans, a déjà fait de la prison pour appartenance présumée au DHKP-C. Considéré comme une entité terroriste par la Turquie et par les Etats-Unis, le groupe, dont plusieurs membres ont été arrêtés ces dernières semaines, avait revendiqué un attentat suicide commis en 2013 contre l'ambassade des Etats-Unis à Ankara, tuant un garde turc. Sur l'autre rive du Bosphore, dans le quartier de Sultanbeyli, un véhicule piégé a explosé dans la nuit de dimanche à lundi devant un commissariat de police, suivi de violents échanges de tirs. Le commandement de la police a annoncé que l'attaque avait fait dix blessés - trois policiers et sept civils. L'agence Dogan fait pour sa part mention de trois morts et d'une dizaine de blessés. L'un des assaillants a péri dans l'explosion et deux autres, de même qu'un policier, dans la fusillade qui a suivi, ont précisé par la suite les services du gouverneur. CINQ POLICIERS ET SOLDATS TUÉS DANS LA RÉGION DE SIRNAK Dans le sud-est de la Turquie, les violences entre les forces de sécurité et des militants kurdes se sont intensifiées. A Silopi, une ville proche des frontières avec la Syrie et l'Irak, quatre agents de police ont été tués lundi dans l'explosion d'une bombe au passage de leur véhicule blindé, rapportent les services du gouverneur de la province de Sirnak. La ville avait été le théâtre vendredi de lourds affrontements provoqués par l'intervention de soldats pour combler des tranchées creusées par des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan. (voir ID:nL5N10I3A1 ) Dans la même province de Sirnak, un soldat a été tué lundi lorsque des militants kurdes ont ouvert le feu contre un hélicoptère de l'armée. De sources proches des services de sécurité, on précise que l'appareil a été visé alors qu'il décollait. Au moins sept soldats ont également été blessés dans l'attaque, ajoute-t-on de même source. La dégradation de la situation dans le sud-est de la Turquie a stoppé net le processus de paix initié en 2012 par Erdogan avec le PKK. Le mois dernier, le président turc a indiqué qu'il serait impossible de relancer les négociations même si aucune des parties en présence n'a pour l'instant déclaré que le processus était définitivement achevé. (avec Ece Toksabay à Ankara; Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français)

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