Nouvelle journée de violences en Syrie, plus de 100 morts

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MANIFESTATION DE PARTISANS DE BACHAR AL ASSAD À DAMAS
MANIFESTATION DE PARTISANS DE BACHAR AL ASSAD À DAMAS

par Douglas Hamilton et Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - L'armée syrienne poursuit son offensive contre les insurgés, tuant samedi 74 civils selon des groupes d'opposants et provoquant un exode de réfugiés en Turquie à quelques jours de la trêve recherchée par Kofi Annan et dont Damas a accepté le principe.

En outre, au moins quinze rebelles et 17 membres des forces de sécurité ont péri, établissant le bilan des violences de samedi à plus d'une centaine de morts.

Les deux camps s'accusent mutuellement d'intensifier les violences avant l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le jeudi 12 avril à 03h00 GMT.

L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), qui s'appuie sur un réseau d'informateurs dans le pays, a fait état de 74 civils tués, dont 40 après une attaque de l'armée lancée vendredi à Al Latmana, une ville située dans la province de Hama (ouest).

A Homs, l'armée régulière a attaqué le quartier de Deir Balba, tuant 17 personnes, au cours d'une opération qualifiée de "massacre" par les Commissions de coordination locales, un groupe d'opposants.

D'après des images tournées par des opposants, on distingue des corps déchiquetés chargés sur un camion, certains la gorge tranchée, après un pilonnage de l'armée. D'autres images, dont l'origine et la véracité n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, montrent des hommes les mains liés derrière le dos, les yeux bandés avec une balle dans la tête.

Des responsables syriens n'étaient pas joignables dans l'immédiat pour commenter les images, visibles sur YouTube.

L'OSDH rapporte également la mort d'une douzaine de civils après des bombardements dans des villages de la province d'Idlib (nord-ouest).

Un roquette a frappé un car reliant le Liban à la Syrie à Djoussa, en territoire syrien, ont indiqué les forces de sécurité libanaises. Des témoins parlent de six morts, tandis des médecins libanais confirment la mort de deux passagers et de neuf blessés. On ignore l'origine du tir.

Les villes d'Anadan et de Hraytan, au nord d'Alep, et les environs de la deuxième ville du pays ont essuyé plusieurs jours de bombardements et d'affrontements, poussant 3.000 civils à rejoindre la Turquie au cours de la seule journée de vendredi, un chiffre dix fois supérieur à la moyenne avant l'acceptation par Damas du plan Annan.

L'opposition accuse en outre l'armée de miner la frontière turque pour empêcher l'exode de la population et couper les lignes d'approvisionnement de la guérilla.

A Damas, des milliers de partisans du président syrien, qui craignent une guerre civile généralisée ou l'arrivée au pouvoir des islamistes, ont célébré l'anniversaire de la création du parti Baas en 1947.

MOUVEMENTS DE TROUPES

Sur le front diplomatique, des membres de l'Armée syrienne libre (ASL), formée pour l'essentiel de déserteurs, ont rencontré cette semaine des représentants du diplomate ghanéen auxquels ils ont promis de cesser les combats à condition que les forces gouvernementales respectent le plan.

"Il y a eu des discussions et l'ASL a dit que si le régime respectait le plan et se retirait des villes pour retourner dans les casernes, alors nous le respecterions aussi" a dit le lieutenant-colonel Riad al Asaad, chef du mouvement, sans préciser où et quand les rencontres avaient eu lieu.

Outre le retrait des forces déployées dans les centres urbains, qui doit être effectif mardi, le plan Annan exige l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu jeudi matin.

Ce calendrier a été adopté jeudi à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le secrétaire général de l'Onu a fermement condamné vendredi les dernières opérations militaires contre la population syrienne et a exigé leur arrêt immédiat.

Dans un communiqué, Ban Ki-moon "déplore l'assaut des autorités syriennes contre des civils innocents, parmi lesquels figurent des femmes et des enfants, en dépit de l'engagement du gouvernement à renoncer au recours aux armes lourdes dans les zones peuplées".

"La date butoir du 10 avril (...) n'est pas une excuse pour continuer à tuer ", poursuit le diplomate sud-coréen.

L'opposition accuse Assad d'intensifier la répression avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, mais Damas a repris l'argument à son compte.

"Ces derniers jours, les actes terroristes commis par des groupes armés se sont multipliés en Syrie, en particulier depuis la conclusion d'un accord sur le plan Annan", dit le gouvernement syrien dans une lettre adressée aux Nations unies, que l'organisation a publiée vendredi.

"La communauté internationale et le Conseil de sécurité doivent prendre les mesures nécessaires pour prévenir et faire cesser le financement des activités terroristes contre la Syrie", ajoute-t-il.

Les promesses d'Assad laissent sceptiques dans les chancelleries occidentales. Richard Ford, ambassadeur des Etats-Unis en Syrie, a diffusé vendredi sur internet des photos satellites montrant des pièces d'artillerie pointées sur des zones d'habitation, qui témoignent en outre de mouvements de troupes d'une ville à l'autre, contrairement aux exigences du plan Annan.

De son côté, l'Organisation de la conférence islamique, qui regroupe 57 Etats, va débloquer une aide humanitaire d'un montant de 70 millions de dollars pour un million de Syriens touchés par les violences.

Jean-Philippe Lefief et Benjamin Massot pour le service français

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