Nouvelle consolidation en vue dans le secteur bancaire espagnol

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CONSOLIDATION EN VUE DANS LE SECTEUR BANCAIRE ESPAGNOL
CONSOLIDATION EN VUE DANS LE SECTEUR BANCAIRE ESPAGNOL

par Jesús Aguado

MADRID (Reuters) - Charges élevées et rendements médiocres pourraient bientôt motiver une nouvelle vague de fusions et acquisitions dans le secteur bancaire espagnol, dont le nombre d'établissements est déjà passé de 55 à 14 depuis la crise financière de 2008.

Au terme de ce mouvement, le nombre de banques serait susceptible de tomber à moins de 10, ce qui mettrait l'Espagne au même niveau que la Grande-Bretagne et la France.

La Banque d'Espagne estimait que l'Espagne comptait le plus grand nombre d'agences bancaires par habitant en Europe en 2013 et la consolidation attendue taillerait également dans des réseaux de succursales jugés encore pléthoriques.

"Les volumes d'affaires ne sont tout simplement pas assez étoffés pour faire vivre le secteur à sa taille actuelle", dit Jose Carlos Diez, professeur d'économie de l'université Alcala de Henares, près de Madrid.

Les experts pensent que la deuxième vague de consolidation commencera dans un an environ, lorsque les banques ne pourront plus tirer parti d'une baisse des coûts de financement résultant de taux d'intérêt ultra-bas.

Pour le consultant Analistas Financieros Internacionales (AFI), le mouvement pourrait permettre au secteur bancaire espagnol d'économiser dans les cinq milliards d'euros.

Dans ce contexte, les caisses d'épargne restantes à la rentabilité faible et à l'encours de créances douteuses lourd seraient les plus exposées à se faire racheter.

De surcroît, le redressement progressif du marché du crédit espagnol - le rythme de réduction du volume de crédits a ralenti à 0,2% en mai - coïncide avec un regain de concurrence qui comprime les marges.

D'anciennes caisses d'épargne comme Liberbank et les non cotées BMN et Ibercaja pourraient ainsi se retrouver sur la liste des opéables.

CAIXABANK À L'AFFÛT

Parmi les banques les plus menacées d'être avalées par une concurrente, la plus grosse est Banco Popular, selon des sources bancaires. Banco Popular est la sixième banque espagnole par l'actif mais sa rentabilité est faible et elle est en outre très exposée au marché immobilier local, qui s'est effondré durant la crise.

Au contraire, Santander et BBVA, les deux premières banques espagnoles, ont surmonté la crise économique en raison notamment de leur dimension internationale.

De fait, Popular s'emploie à rattraper son retard à l'international avec des achats annoncés aux Etats-Unis et d'autres prévus au Mexique et au Portugal mais ces opérations sont de moindre envergure et peut-être insuffisantes pour lui éviter d'être rachetée, explique un responsable bancaire.

Avant la crise, qui avait déclenché une restructuration du secteur bancaire espagnol de 41,3 milliards d'euros, le volume des crédits à l'économie approchaient les 2.000 milliards d'euros et la rentabilité moyenne des banques, ou encore le rendement de leurs fonds propres, était de 20%.

Après la crise, le volume des crédits avait diminué de 500 milliards d'euros et le rendement des fonds propres était tombé au tiers de ce qu'il était, soit bien en deçà du coût du capital.

A fin mars, le rendement des fonds propres de Popular était inférieur à 3% et le coût du capital atteignait 10%. Elle avait dans son bilan pour plus de 27 milliards d'euros de créances immobilières douteuses, en proportion les plus élevées d'Espagne à 25% environ du total des crédits.

Toutefois, la solide activité déployée par la banque auprès des PME pourrait attirer par exemple Caixabank, première banque espagnole si l'on mesure les actifs locaux. Caixabank est très présente dans la banque de dépôt et avait tenté une démarche officieuse auprès de Popular en 2012.

"Popular serait un bon apport, au vu de son activité avec les entreprises et l'accès qu'elle offrirait à la Galice, où (Caixabank) est peu représentée", observe un banquier d'investissement.

Caixabank s'est refusé à tout commentaire.

Le "business plan" de cette dernière, qui court jusqu'en 2018, ne prévoit pas d'acquisitions mais le directeur général Gonzalo Gortazar a déclaré qu'il étudierait toute possibilité "durant la seconde vague de consolidation".

Popular pour sa part a dit qu'elle voulait rester indépendante.

BBVA, deuxième banque espagnole par le total des actifs, a déjà joué un rôle capital dans la consolidation intervenue depuis la crise en rachetant deux ex-caisses d'épargne catalanes ces trois dernières années.

Santander, elle, joue la croissance organique mais en tant que première banque de la zone euro par la capitalisation boursière elle a les moyens de jouer les premiers rôles.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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