Nouveaux témoignages sur l'emploi d'armes chimiques en Syrie

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NOUVEAUX TÉMOIGNAGES SUR L'UTILISATION D'ARMES CHIMIQUES PAR LES FORCES SYRIENNES
NOUVEAUX TÉMOIGNAGES SUR L'UTILISATION D'ARMES CHIMIQUES PAR LES FORCES SYRIENNES

par Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - Les témoignages sur l'utilisation d'armes chimiques en Syrie par les forces de Bachar al Assad s'accumulent et concernent désormais l'agglomération de Damas.

Ces témoignages émanent aussi bien de militants de l'opposition syrienne, assurant que des dizaines de personnes ont été intoxiquées dans la nuit de dimanche à lundi, que de journalistes du quotidien français Le Monde qui ont constaté ces dernières semaines les conséquences d'un recours à de telles armes dans le même secteur.

Des vidéos postées sur internet en provenance de Harasta, un faubourg de l'est de Damas, montrent des rangées de victimes couchées sur le sol dans une grande pièce, enveloppées dans des couvertures et respirant à l'aide de masques à oxygène.

Les deux camps s'accusent depuis plusieurs mois d'avoir recours aux armes chimiques.

Une autre vidéo de Harasta diffusée dans la nuit montre deux combattants rebelles évacués à bord d'une camionnette, les yeux atteints et ayant des difficultés à respirer, tandis que des secouristes introduisent un tube dans leur trachée.

Il n'a pas été possible de vérifier de source indépendante l'authenticité de ces vidéos.

Dans l'une d'elles, un médecin affirme que l'attaque au gaz contre Harasta a été menée par les gouvernementaux pour riposter à un raid rebelle contre des positions de l'armée dans le secteur.

"Nous avons des dizaines de blessés d'une autre attaque au gaz (...) Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de gens ici couchés sur le sol et personne ne peut s'occuper d'eux", dit-il.

TÉMOIGNAGE DE JOURNALISTES

Selon les insurgés, de nombreux combattants victimes des gaz ont suffisamment récupéré pour retourner au front.

"Dieu soit loué, tous nos blessés sont dans un état stable", précise un groupe d'opposition, le Harasta Media Group, sur Skype. "Ils vont bien et beaucoup d'entre eux ont même rejoint la ligne de front."

Présents sur place pendant plusieurs semaines, un reporter texte et un photographe du Monde accompagnant les rebelles affirment avoir constaté par eux-mêmes les effets de l'usage de gaz toxiques par les forces gouvernementales dans le faubourg de Jobar, "à moins de 500 mètres de la place des Abbassides", non loin du centre de la capitale syrienne.

Ils disent avoir aussi recueilli les témoignages de médecins dans la Ghouta, une zone tenue par les rebelles dans la périphérie orientale de Damas, faisant état d'un usage régulier d'armes chimiques par les forces d'Assad. Ces médecins soupçonnent notamment l'utilisation de gaz sarin.

"De cela, les envoyés spéciaux du Monde ont été témoins plusieurs jours d'affilée dans (le) quartier (de Jobar) à la sortie de Damas où la rébellion a pénétré en janvier", écrit le journal.

"Mais, au cours d'un reportage de deux mois dans les environs de la capitale syrienne, nous avons réuni des éléments comparables dans une couronne beaucoup plus large. La gravité des cas, leur multiplication, la tactique d'emploi de telles armes montrent qu'il ne s'agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d'une autre classe, bien plus toxiques."

Le Monde rapporte notamment que, à la suite d'une "attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril", son photographe "souffrira, quatre jours durant, de troubles visuels et respiratoires".

Les Nations unies ont déclaré mercredi dernier recevoir des "informations croissantes" sur l'usage d'armes chimiques en Syrie. L'Onu a formé une commission d'experts pour enquêter sur le sujet mais celle-ci attend toujours d'être autorisée à se rendre sur place.

Barack Obama a fait de l'usage d'armes chimiques une "ligne rouge" à ne pas franchir par le régime syrien, sous peine d'une réaction des Etats-Unis. Le président américain juge cependant qu'il ne dispose pas de preuve irréfutable pour le moment à ce sujet.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a souhaité une consultation entre grandes puissances sur "des présomptions d'utilisation d'armes chimiques de plus en plus étayées", tout en jugeant que cela nécessitait des "vérifications très précises."

L'ARMÉE ET LE HEZBOLLAH PROGRESSENT À KOUSSAÏR

Sur le terrain, les combats font rage pour le contrôle de la ville stratégique de Koussaïr, près de la frontière libanaise. Les soldats syriens appuyés par des combattants du Hezbollah libanais y poursuivent leur progression.

Selon une milice pro-Assad, les forces gouvernementale ont divisé la ville en quatre secteurs et ont avancé dans toutes, à l'exception de celle englobant le centre-ville.

Des renforts rebelles venus d'autres régions de Syrie tentent de venir en aide aux insurgés qui combattent dans la ville mais sans succès jusqu'ici, leurs attaques ne parvenant pas à percer les lignes gouvernementales dans les faubourgs.

Un responsable de l'opposition a reconnu que les renforts n'étaient pas parvenus à faire la jonction avec les insurgés dans la ville. "Pour l'instant, ils se battent et ils meurent, leur attaque n'a pas donné grand-chose, malheureusement", a-t-il ajouté.

Koussaïr est une position clé pour l'opposition, située entre ses sources d'approvisionnement au Liban et la ville de Homs, mais aussi pour les forces loyalistes qui veulent assurer leurs liaisons entre la région de Damas et leurs fiefs de Lattaquié et de Tartous, sur la côte méditerranéenne.

Cet enjeu explique l'ardeur déployée par les deux camps. D'autant qu'un succès militaire permettrait à l'un ou l'autre d'arriver en position de force à Genève, où les Etats-Unis et la Russie entendent organiser le mois prochain une nouvelle conférence destinée à trouver une solution politique au conflit.

Avec les rédactions de Paris, Londres, Bruxelles et Pékin, Bertrand Boucey, Guy Kerivel et Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • cousinb1 le lundi 27 mai 2013 à 20:48

    ca ressemble a Dien Bien Phu....

  • jfvl le lundi 27 mai 2013 à 16:56

    "Selon les insurgés, de nombreux combattants victimes des gaz ont suffisamment récupéré pour retourner au front." Il semble que nous sommes loin des armes de destruction massive s'ils peuvent reprendre le combat !