Nouveaux rassemblements en Turquie, Erdogan accuse l'opposition

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NOUVEAUX APPELS À MANIFESTER À ISTANBUL
NOUVEAUX APPELS À MANIFESTER À ISTANBUL

par Jonathon Burch et Umit Bektas

ISTANBUL/ANKARA (Reuters) - Malgré les appels au calme du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, des manifestants se sont de nouveau rassemblés dimanche à Istanbul et à Ankara pour dénoncer le gouvernement, après deux jours de violences qui ont fait plusieurs centaines de blessés.

S'exprimant à la télévision, le chef du gouvernement, issu de la mouvance islamiste, a promis de mener à bien le projet immobilier de la place Taksim, à Istanbul, qui a mis le feu aux poudres.

Ce projet, qui prévoit notamment la construction d'une mosquée, est contesté par les riverains et l'opposition qui rappelle le caractère symbolique de cette place, épicentre de nombreuses manifestations politiques depuis des décennies, notamment à l'occasion du 1er-Mai.

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur la place dimanche, après une nuit calme. L'atmosphère était festive. Des manifestants dansaient et chantaient, d'autres lançaient des slogans réclamant le départ d'Erdogan.

Les forces de sécurité se faisaient discrètes.

À Ankara, la capitale, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le quartier central de Kizilay, bloquant la circulation. La police a tiré des grenades lacrymogènes pour les disperser mais les violences étaient bien moindres que celles de samedi.

À la télévision, le Premier ministre a présenté les manifestants comme des "pillards". Pour lui, les tensions sont attisées par la principale formation d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, gauche nationaliste), qui lui reproche de se conduire comme un "dictateur".

VAGUE DE CONTESTATION

Istanbul a connu vendredi et samedi ses manifestations les plus importantes depuis l'arrivée au pouvoir du Parti pour la justice et le développement (AKP) en 2002.

Si le projet immobilier de la place Taksim a été à l'origine de l'explosion de violence, le mouvement s'est vite mué en campagne de protestation contre le Premier ministre et l'AKP, accusés de dérive autocratique. La vague de contestation a gagné plusieurs villes du pays.

"Nous resterons ici jusqu'au bout", a déclaré Akin, qui n'a pas quitté Taksim depuis quatre jours.

"Nous ne partirons pas, c'est le seul moyen de faire tomber ce gouvernement. Nous en avons assez de l'oppression, il ne s'agit pas seulement des arbres qu'ils ont abattus", a-t-il ajouté, faisant allusion aux travaux qui ont défiguré le parc Gezi, situé en bordure de la place, et ont déclenché la colère d'une partie de la population.

"Ce qui se passe n'a plus rien à voir avec l'arrachage de douze arbres (du parc Gezi). On a affaire à une réaction idéologique", a estimé en écho Recep Tayyip Erdogan.

Pour mener à bien le projet de la place Taksim, a-t-il souligné, "il est évident que je ne demanderai pas la permission à la direction du CHP ou à quelques pillards".

VIOLENCES POLICIÈRES

De nombreux Turcs se sont dits horrifiés de la violence excessive des forces de l'ordre pour réprimer les manifestations. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont fait part de leur préoccupation.

Lors des heurts de vendredi et samedi, des grenades lacrymogènes ont été lancées à partir d'hélicoptères sur des quartiers résidentiels. Une vidéo sur YouTube montre un véhicule blindé de la police renverser un manifestant près d'une barricade.

Le ministre de l'Intérieur, Muammer Güler, a annoncé samedi soir que la police avait arrêté 939 personnes au cours de 90 manifestations à travers le pays.

Samedi, Erdogan avait appelé les manifestants à choisir la voie des urnes pour exprimer leur désaccord avec le gouvernement.

"Tous les quatre ans, nous organisons des élections et la nation exprime son choix (...) Ceux qui ont un problème avec la politique menée par le gouvernement peuvent exprimer leur point de vue dans le cadre du droit et de la démocratie", a-t-il dit.

"S'il s'agit d'organiser des rassemblements, si c'est un mouvement social, alors quand ils rassemblent 20 personnes, j'en rassemblerai 200.000. Là où ils réunissent 100.000 personnes, je mobiliserai un million de membres de mon parti", avait ajouté le chef du gouvernement.

Au pouvoir depuis dix ans, Recep Tayyip Erdogan a largement contribué à la transformation de son pays, notamment en prenant des mesures pour soutenir la croissance économique. Il demeure l'homme politique le plus populaire de Turquie.

Avec Can Sezer à Istanbul et Humeyra Pamuk à Ankara; Guy Kerivel pour le service français

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