Nouveaux incidents à Soma en Turquie, où le bilan s'alourdit

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HEURTS À SOMA EN TURQUIE APRÈS LA CATASTROPHE MINIÈRE
HEURTS À SOMA EN TURQUIE APRÈS LA CATASTROPHE MINIÈRE

par Ece Toksabay

ISTANBUL (Reuters) - La police turque a fait usage de grenades lacrymogènes et de canon à eau vendredi à Soma pour disperser plusieurs milliers de manifestants dont la colère, provoquée par la catastrophe minière de mardi, ne retombe pas.

D'après le dernier bilan communiqué par la société exploitant la mine de charbon, l'accident a fait 284 morts. Dix-huit mineurs sont toujours bloqués sous terre avec peu de chances d'être récupérés vivants.

Au total, 787 mineurs étaient au fond de la mine quand l'incendie s'est déclaré. Sur les 485 mineurs évacués ou ayant réussi à sortir par eux-mêmes, 122 ont été hospitalisés.

Selon Soma Holding, la catastrophe n'a pas été provoquée par un court-circuit dans un transformateur électrique mais par une accumulation de chaleur qui a provoqué un effondrement partiel de la mine. La fumée et les émanations de gaz dues à l'incendie se sont ensuite rapidement répandues dans les galeries situées à plus de 2.000 mètres sous terre.

La société a toutefois souligné que la cause exacte de l'accident n'avait toujours pas été déterminée.

"C'est un accident incompréhensible sur un site où il y a eu très peu d'accidents en trente ans", a déclaré le président de Soma Holding, Alp Gurkan, au cours d'une conférence de presse qui s'est déroulée dans une ambiance tendue.

La catastrophe a provoqué un mouvement de colère en Turquie, où des milliers de manifestants se sont rassemblés jeudi à Istanbul, Ankara et Izmir, les trois plus grandes villes du pays, pour protester contre les mauvaises conditions de travail mais aussi contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, accusé de favoriser ses alliés dans les milieux d'affaires.

La diffusion d'une photo montrant un conseiller du Premier ministre frappant un manifestant maintenu au sol par des membres des forces spéciales de police a accentué leur colère.

INSPECTIONS

Vendredi, une foule de plusieurs milliers de personnes a tenté de marcher en direction d'une statue honorant les mineurs dans le centre de Soma. Leur route a été bloquée par la police, qui a tiré des grenades lacrymogènes et au canon à eau.

"Cessez de nous asperger d'eau ! Allez asperger la mine. Au moins vous pourrez peut-être éteindre l'incendie", a crié un homme dans la foule.

Interrogés sur la nature des relations entre Soma Holding et le parti Justice et Développement (AKP) au pouvoir, Ramazan Dogru, directeur général de la société, a confirmé au cours de la conférence de presse que sa femme était une responsable locale du parti d'Erdogan. Alp Gurkan, le président de Soma Holding, a en revanche affirmé qu'il n'avait jamais rencontré le Premier ministre avant sa venue mouvementée mercredi sur les lieux de la catastrophe.

Porte-parole de l'AKP, Huseyin Celik a pour sa part déclaré que la mine, autrefois publique, avait subi onze inspections au cours des cinq dernières années.

Cette affirmation a été nuancée par des mineurs.

"Les inspections étaient effectuées après avoir été annoncées une semaine à l'avance par Ankara et nous avions pour instruction de nous tenir prêts", dit Ramazan, un mineur de Soma refusant de donner son identité complète par crainte de représailles de la part de son employeur.

"C'était comme si on mettait du maquillage sur la mine."

Akin Celik, le directeur, a catégoriquement exclu l'hypothèse d'une négligence de la part de la société exploitante mais Alp Gurkan s'est montré plus prudent dans l'attente des résultats d'une enquête du ministère du Travail.

"S'il y a eu une négligence dans nos activités, une erreur, un manquement, je donnerai des suites juridiques afin de faire en sorte que les responsables soient punis", a dit Alp Gurkan.

(Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

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  • bsdm le vendredi 16 mai 2014 à 17:26

    Le charbon a tue mille fois plus que les centrales nucléaires !