Nouveau succès de l'UKIP, un désaveu supplémentaire pour Cameron

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par William James GILLINGHAM, Angleterre, 21 novembre (Reuters) - Le Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), qui prône une sortie de l'Union européenne et un durcissement de la politique d'immigration, a remporté un deuxième siège au Parlement à la faveur d'une élection partielle, infligeant un nouveau désaveu au Premier ministre David Cameron à six mois des élections législatives. Mark Reckless a été proclamé dans la nuit vainqueur avec un peu plus de 42% des suffrages exprimés jeudi dans la circonscription de Rochester et Strood contre 35% pour la candidate du Parti conservateur, Kelly Tolhurst, et 17% pour la travailliste Naushabah Khan. Transfuge du Parti conservateur, Reckless avait provoqué cette élection partielle en démissionnant fin septembre du parti du Premier ministre David Cameron. En 2010, sous les couleurs du parti Tory, il avait conquis cette circonscription du sud-est de l'Angleterre traditionnellement détenue par les travaillistes. Le scrutin est un nouveau coup dur pour David Cameron, qui avait ordonné à son parti de faire le maximum pour conserver le siège de Rochester et qui s'était rendu à cinq reprises dans cette circonscription du Kent avant le scrutin. La majorité de Reckless est moins solide qu'il y a quatre ans - il l'avait alors emporté avec près de 10.000 voix d'avance contre moins de 3.000 cette année. Mais ce deuxième succès enregistré en moins de deux mois par l'UKIP confirme la percée d'un parti déjà arrivé en tête lors des élections européennes du printemps dernier. Il illustre aussi la menace que fera peser l'UKIP sur les chances de réélection de David Cameron lors des élections nationales programmées en mai prochain. Comme à Clacton-on-Sea le 9 octobre, l'UKIP l'emporte grâce à un transfuge venu des rangs du parti de Cameron. Mais la démographie et la sociologie de la circonscription de Rochester et Strood, plus riche que la station balnéaire économiquement défavorisée de Clacton, n'en faisaient pas a priori un terrain favorable à l'UKIP. Avant l'élection, le parti de Nigel Farage la classait même très loin sur sa liste des circonscriptions jugées gagnables en 2015, en 271e position. "Si nous pouvons gagner ici, nous pouvons gagner dans tout le pays", a déclaré Mark Reckless. LE BIPARTISME MENACÉ Dans les rangs tories, on tentait vendredi matin de se consoler en mettant en avant le recul, en voix, du député sortant. Pour le président du Parti conservateur, Grant Shapps, cette défaite est "évidemment une déception" mais l'écart n'est pas si ample que ne l'annonçaient les instituts de sondage. "Nous nous battrons jour après jour pour reconquérir ce siège", a-t-il ajouté. La candidate conservatrice Kelly Tolhurst a pour sa part mis en garde les électeurs: ce succès de l'UKIP, a-t-elle dit, se traduira, au niveau national, par une victoire du Parti travailliste en 2015. "L'UKIP a pris des sièges aux conservateurs mais tout cela ne fait qu'assurer un retour du Labour aux affaires, et donc des impôts plus élevés, davantage d'emprunts et une immigration incontrôlée", a-t-elle ajouté. L'issue de la partielle de Rochester, très défavorable aussi au Parti travailliste, confirme que les bouleversements en cours du paysage politique britannique risquent d'avoir des répercussions spectaculaires lors les prochaines élections. En y ajoutant la solide performance attendue des indépendantistes du Parti national écossais (SNP), les élections du printemps pourraient faire sauter le bipartisme qui caractérise la Grande-Bretagne (depuis les années 1920, le poste de Premier ministre est revenu alternativement aux Tories et aux travaillistes). "Si l'UKIP l'emporte aujourd'hui, les paris seront ouverts sur ce qui pourrait se produire en mai prochain et cela fera bouger la politique britannique de façon remarquable", commentait jeudi Nigel Farage. L'élection de son candidat est également de nature à accentuer les inquiétudes des partenaires européens de la Grande-Bretagne, déjà soucieux de la volonté affichée par Cameron d'organiser, s'il est réélu dans six mois, un référendum en 2017 sur le maintien du pays dans l'Union européenne. (avec Andrew Osborn à Londres; Benoît Van Overstraeten et Henri-Pierre André pour le service français)

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