Nouveau revers pour le pétrole russe, face à l'Arabie saoudite

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NOUVEAU REVERS POUR LE PÉTROLE RUSSE, FACE À L'ARABIE SAOUDITE
NOUVEAU REVERS POUR LE PÉTROLE RUSSE, FACE À L'ARABIE SAOUDITE

par Gleb Gorodyankin, Denis Pinchuk et Katya Golubkova

MOSCOU (Reuters) - L'Arabie saoudite a commencé à fournir du pétrole brut à la Pologne, a annoncé mardi Igor Setchine, directeur général du géant pétrolier russe Rosneft, voyant ainsi une nouvelle fois un pays producteur du Moyen Orient entrer sur un marché traditionnellement dominé par l'or noir russe.

La bataille pour les parts de marché opposant les exportateurs de pétrole se déroule à l'échelle mondiale et les pays les plus riches, comme l'Arabie saoudite, baissent leurs prix pour pénétrer dans de nouveaux marchés, souvent aux dépens de la Russie.

Selon des intervenants sur le marché du pétrole, la Hongrie a notamment augmenté ses importations de pétrole en provenance du Kurdistan irakien, une évolution qui s'est également faite au détriment du brut de l'Oural.

"L'Arabie saoudite a fait sa première incursion sur le marché polonais avec des livraisons effectuées via (le port de) Gdansk", sur la mer Baltique, a déclaré Igor Setchine lors d'une conférence d'investisseurs à Moscou.

Selon une source intervenant sur les marchés du pétrole, au moins trois navires ont livré du pétrole saoudien à la Pologne, avec "un rabais exceptionnel" par rapport au prix du brut de l'Oural.

Pour Igor Setchine, Ryad pratique résolument le dumping, ce qui contribue aux variations des prix à l'échelle mondiale.

"Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter une baisse de notre part de marché des approvisionnements", a déclaré Igor Setchine en évoquant une "bataille pour les marchés".

ARRIVÉE DU BRUT IRANIEN

Les cours du pétrole ont diminué de plus de moitié par rapport à leur dernier pic de juin 2014 dans un contexte d'offre excédentaire par rapport à la demande.

Un décalage qui risque de perdurer, d'autant plus que l'Iran va pouvoir progressivement reprendre ses exportations de pétrole à la suite de l'accord conclu avec les grandes puissances occidentales sur le programme nucléaire de la République islamique.

L'intervenant des marchés pétroliers, qui a requis l'anonymat, estime que l'Arabie saoudite cherche à anticiper ce renforcement de la concurrence en ciblant de nouveaux marchés et en s'y assurant une présence durable.

L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole et membre le plus influent de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a refusé de réduire sa production, au contraire de la Russie, deuxième exportateur mondial mais qui n'appartient pas à l'Opep.

En ne modifiant pas sa production malgré le contexte d'offre excédentaire, l'Opep espère pousser les producteurs à coûts élevés à finalement réduire leur production, ce qui rééquilibrerait le marché.

Jusqu'ici, les groupes pétroliers russes ont pu limiter l'impact du recul des cours du pétrole grâce à la faiblesse du rouble. Mais ils devraient pâtir l'an prochain de la décision des autorités russes d'augmenter les taxes sur l'énergie pour contribuer à réduire le déficit budgétaire.

D'après Igor Setchine, cette évolution de la fiscalité, si elle devait perdurer, pourrait se traduire par une baisse de 25 à 30 millions de tonnes de la production annuelle de pétrole de la Russie au cours des trois prochaines années.

(Myriam Rivet pour le service français, édité par Benoît van Overstraeten)

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