Nouveau gouvernement en Ukraine, tensions en Crimée

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TENSIONS EN CRIMÉE
TENSIONS EN CRIMÉE

par Natalia Zinets et Alessandra Prentice

KIEV/SIMFEROPOL Ukraine (Reuters) - La tension est montée d'un cran jeudi en Crimée, région autonome d'Ukraine, où des hommes armés se sont emparés du Parlement et ont hissé le drapeau russe à son sommet, amenant les nouvelles autorités ukrainiennes à lancer un avertissement à Moscou.

A Kiev, le Parlement national, la Rada, a approuvé la composition du nouveau gouvernement d'union nationale et la nomination de l'ancien ministre de l'Economie Arseni Iatseniouk au poste de Premier ministre.

S'exprimant devant les élus, ce dernier a déclaré que le pays était "au bord de l'effondrement économique et politique", cinq jours après la destitution de l'ancien président Viktor Ianoukovitch, provoquée par plusieurs semaines de contestation populaire réprimée dans le sang par les forces antiémeutes.

Le nouveau Premier ministre a accusé le gouvernement précédent d'avoir laissé les caisses de l'Etat vides, précisant que 37 milliards de dollars reçus par l'Ukraine avaient disparu.

"Il n'y pas d'autre alternative pour nous que de prendre des mesures extrêmement impopulaires", a-t-il déclaré sous les applaudissements nourris des élus.

Jeudi, la devise ukrainienne, la hryvnia, est tombée à un nouveau plus bas record contre le dollar, les investisseurs restant à l'écart de l'Ukraine en raison de la situation politique incertaine du pays.

A Washington, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué avoir reçu une demande d'aide officielle de l'Ukraine et a fait savoir qu'il enverrait une équipe sur place dans les prochains jours.

Selon le ministre ukrainien des Finances, Oleksander Chalpak, l'Ukraine a besoin de 35 milliards de dollars sur deux ans pour éviter la faillite. Le ministre espère une aide du FMI à hauteur d'au moins 15 milliards de dollars.

CRAINTES SUR L'INTÉGRITÉ TERRITORIALE

Lors de son discours devant les parlementaires, Arseni Iatseniouk a également fait part de ses craintes quant à l'intégrité territoriale de l'Ukraine, des inquiétudes alimentées par la situation en Crimée où des hommes armés se sont emparés à l'aube du Parlement régional, à Simféropol.

Les assaillants n'ont pas formulé de revendications ni fait savoir à quel bord ils appartenaient mais des témoins les ont entendus parler russe.

Selon un témoin cité par l'agence de presse Interfax, une soixantaine de personnes se trouvaient à l'intérieur et beaucoup étaient armées. La prise du bâtiment au petit matin n'aurait pas fait de victimes.

Les députés se sont réunis dans une autre partie de l'édifice et ont décidé la tenue d'un référendum d'autodétermination le 25 mai, le jour même où les autorités de Kiev organiseront une élection présidentielle.

Peu après l'assaut à Simféropol, le président ukrainien par intérim, Oleksander Tourtchinov, a lancé un avertissement à la Russie.

"Je lance un appel au commandement militaire de la flotte russe en mer Noire (...) Tout mouvement, qui plus est de troupes armées, au-delà des limites du territoire de la base sera perçu comme une agression militaire", a-t-il dit devant la Rada.

Le représentant russe à Kiev a quant à lui été convoqué au ministère ukrainien des Affaires étrangères, qui a demandé des consultations immédiates à Moscou.

Alimentant les spéculations sur une intervention russe en Ukraine, à l'image de l'invasion des forces russes en Géorgie en 2008, le président russe Vladimir Poutine a ordonné mercredi aux forces armées de mener des manoeuvres militaires d'urgence dans l'ouest du pays afin de vérifier leur aptitude au combat.

SIGNAUX CONTRADICTOIRES

Le Kremlin a assuré que ces manoeuvres n'avaient aucun lien avec les évènements actuels en Ukraine.

La crainte de voir la situation s'embraser et provoquer la partition de l'Ukraine persistait jeudi en Occident.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a exhorté Moscou à ne rien faire qui puisse "exacerber la tension ou créer un malentendu".

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a pour sa part qualifié la prise des bâtiments administratifs de Crimée de "jeu très dangereux" et d'"étape inquiétante (...) car c'est comme cela que commencent les conflits".

La Maison blanche a demandé à Moscou de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine en évitant toute "provocation". "Nous suivons de près les manoeuvres militaires russes le long de la frontière ukrainienne, annoncées hier. Nous attendons de la Russie la transparence sur ces activités et lui demandons d'éviter les provocations", a dit un porte-parole.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a proposé à son homologue russe Sergueï Lavrov une coopération entre les Etats-Unis et la Russie pour résoudre la crise ukrainienne.

Lors de leur entretien téléphonique, Lavrov a répété la nécessité de mettre en oeuvre l'accord de paix conclu entre Ianoukovitch et l'opposition sous médiation européenne.

Dans un communiqué repris par les agences de presse russes, Viktor Ianoukovitch, toujours introuvable, a déclaré qu'il se considérait comme le seul président légitime de l'Ukraine et a mis en garde contre un "débordement d'extrémisme".

Le chef de l'Etat déchu a prévu de s'exprimer vendredi après-midi lors d'une conférence de presse à Rostov-sur-le-Don, ville du sud de la Russie.

(Marine Pennetier et Guy Kerivel pour le service français)

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