Notre-Dame-des-Landes : les socialistes font des concessions

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Les opposants au projet de nouvel aéroport de Nantes (Loire-Atlantique) dénoncent notamment le préjudice à l'encontre de la biodiversité locale.
Les opposants au projet de nouvel aéroport de Nantes (Loire-Atlantique) dénoncent notamment le préjudice à l'encontre de la biodiversité locale.

Une « commission de dialogue » a notamment été créée ce week-end dans le sillage d'une nouvelle manifestation houleuse.


La ministre du Logement Cécile Duflot peut bien dire qu'elle se sent à sa place au gouvernement et les responsables d'EELV (Europe Écologie-Les Verts) continuer de démentir les rumeurs de rupture avec les socialistes, le dossier du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) est en train de tourner au psychodrame. Véritable serpent de mer, cette plate-forme capable d'accueillir des Airbus A380 tient beaucoup à coeur le Premier ministre ? et ci-devant maire de Nantes (Loire-Atlantique) -, d'où son surnom d'« Ayraultport ».


Devant l'étendue de la mobilisation et la multiplication des manifestations, l'hôte de Matignon, par ailleurs malmené dans les enquêtes d'opinion, s'est cependant résolu à faire des concessions de taille. Et s'il serait prématuré de parler d'inversion du rapport de force, chacun conviendra que l'opposition incarnée par les agriculteurs et élus locaux, les riverains, les associations de protection de l'environnement, le Front de Gauche et bien sûr les écologistes a marqué des points précieux ce week-end.


« Ayrault, salaud, le peuple aura ta peau », ont scandé plusieurs milliers de manifestants (trois mille deux cents selon la police, huit mille d'après les organisateurs) avant-hier dans les rues de la capitale des ducs de Bretagne, « où des CRS ont fait usage de lances à eau pour tenter de les disperser » tandis que certains protestataires « ont lancé des pierres contre les forces de l'ordre », relatent nos confrères du Monde. « Un CRS a été touché lors de la manifestation, victime d'un pavé lancé qui l'a frappé au visage alors qu'il était derrière une lance à eau », a de son côté rapporté Pierre-Henry Brandet, l'un des porte-parole du ministère de l'Intérieur, cité par le quotidien.


François Hollande en a également pris pour son grade, tout comme le groupe Vinci, qui a obtenu la concession de l'aéroport pour cinquante-cinq ans et a évalué le coût du projet à environ quatre-cent cinquante millions d'euros. Une estimation qu'ils sont nombreux à juger (très) inférieure à la réalité.



Report des premiers travaux


Inflexible jusqu'ici, comme en a encore témoigné la veille la mobilisation de quelque neuf cents militaires pour neutraliser cinq cents anti-Notre-Dame-des-Landes et « déconstruire » les maisons qu'ils ont bâties dans la campagne nantaise, le gouvernement a officialisé samedi soir via un communiqué le lancement d'une « commission de dialogue » qui s'est vue confier « le soin d'exposer ce projet et d'entendre toutes les parties prenantes ». Le but est évidemment de ménager l'alliance gouvernementale et d'apaiser les tensions avec les écologistes, aux yeux desquels ce futur aéroport, synonyme d'expropriations, ne fera qu'augmenter les rejets de gaz à effet de serre, donc la pollution atmosphérique, et attenter à la biodiversité locale.


« Malgré les concertations légales et les décisions des collectivités concernées, qui ont déjà eu lieu et qui ont conduit à l'adoption du projet, des interrogations subsistent », a constaté M. Ayrault, qui un peu plus tôt dans la semaine s'était montré autrement plus ferme dans un entretien accordé à Paris Match. Il avait en effet assuré que le projet serait de toute façon mené à bien et minimisé l'opposition. Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, qui a qualifié de « kyste » les actions des adversaires de Notre-Dame-des-Landes, a quant à lui été implicitement désavoué.


Surtout, les premiers travaux de défrichement, qui devaient originellement débuter en janvier prochain, ont été différés d'environ six mois, le ministres de l'Agriculture Stéphane Le Foll et de l'Écologie Delphine Batho ainsi que le ministre délégué aux Transports Frédéric Cuvillier « ayant décidé de renforcer les procédures en faveur de l'environnement », indique Le Monde. « Un comité scientifique [...] composé avec toutes les garanties d'indépendance et de transparence, et présidé par un expert scientifique » assurera la préservation de la biodiversité et des zones humides, a précisé le trio dans un communiqué commun relayé par le quotidien.


De même, aucune opération de « défrichement » ne sera entreprise sans l'approbation dudit comité et une mission sera créée afin d'« identifier localement les moyens de minimiser l'impact du projet sur les surfaces agricoles ». Constituée en coordination avec les acteurs locaux concernés, celle-ci « tiendra compte de l'opération d'aménagement foncier déjà engagée pour permettre la reconstitution des exploitations impactées par le projet ».


C'est « un premier signe d'ouverture », a commenté le Secrétaire national d'EELV Pascal Durand, également cité par Le Monde. À moins qu'il ne s'agisse d'un début de renoncement déguisé. Une chose est sûre : l'image des socialistes est ici en jeu. Sans doute commencent-ils à en prendre conscience.


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