Nos données de paiement, un vrai trésor pour les banques

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Et si votre banquier vous envoyait avec votre relevé de compte des offres commerciales ciblées. De la science-fiction en France? Pas si sûr! Dans d'autres pays les banques monétisent déjà les données de leurs clients.

Les établissements financiers savent très bien comment leurs clients dépensent leur argent, quels magasins ils fréquentent, pour quels achats, avec quel budget... puisqu'ils disposent de toutes leurs transactions par carte bancaire. Jusqu'à présent, en France, ils n'ont rien fait de ces précieuses données, si ce n'est proposer des applis qui permettent par exemple de classer ses propres dépenses par catégories, pour savoir où passent ses revenus.

Mais cela devrait bientôt ­changer. Les grandes banques ­françaises réfléchissent à la manière de rentabiliser ces ­informations. Depuis que les autorités sont parties en guerre contre les commissions d'interchange (payées par les ­commerçants), elles gagnent en ­effet moins d'argent sur leurs activités de paiement et cherchent des sources de revenus supplémentaires. Or, elles voient leurs cons½urs américaines ou anglaise explorer avec succès cette nouvelle voie.

Aux États-Unis, avec leur relevé de compte bancaire, certains clients reçoivent désormais des offres commerciales les incitant à venir dans tel ou tel magasin, à découvrir tel ou tel produit. «Des sociétés spécialisées, comme Cardlytics, proposent de véhiculer des avantages ou des réductions proposés par des marchands en partenariat avec les banques à travers les applications bancaires de ces dernières», explique Angelo Caci, directeur associé d'ADN'co, une société de conseil. Aux Pays-Bas, la banque ING s'apprête, elle, à tester l'envoi de publicités pour d'autres entreprises à quelques milliers de ses clients.

Bientôt en France?

Tous les professionnels s'emploient à rassurer les Français qui, déjà espionnés sur leur ordinateur ou via leurs cartes de fidélité, pourraient s'inquiéter de cette éventuelle intrusion dans leur vie privée, qu'ils n'attendaient pas a priori de leur banquier. D'abord, rien ne se fera sans leur accord, la loi française l'exige. Les banques leur proposeront par exemple de s'inscrire à des programmes de fidélité ou d'avantages - probablement liés à leur carte bancaire - pour recevoir des offres promotionnelles dans les domaines qui les intéressent. Surtout, «les données ne quitteront pas les banques. Personne d'autre n'y aura accès», assure Angelo Caci. Les banques pourront soit assumer elles-mêmes les opérations de marketing pour leurs clients, soit confier à des intermédiaires des listings de clients, établis en fonction de leurs affinités et des offres qu'on peut leur adresser. Mais bien sûr sans aucune donnée bancaire. Des start-up se lancent en France pour jouer ce rôle d'intermédiaire, comme les prestataires de services de paiements. Les grands opérateurs de cartes bancaires se penchent aussi sur ce marché. «Aux États-Unis, MasterCard a acquis une société spécialisée dans cette activité et Visa collabore avec JPMorgan Chase», ajoute l'expert. Selon les professionnels, une banque peut ainsi espérer gagner 4 euros par porteur de carte bancaire.

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