Nokia mise sur la révolution du logiciel pour réussir la fusion

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par Leila Abboud et Jussi Rosendahl et Sven Nordenstam PARIS/HELSINKI/STOCKHOLM, 21 avril (Reuters) - Le rachat d'Alcatel-Lucent ALUA.PA par son concurrent Nokia NOK1V.HE pourrait éviter les écueils rencontrés par de précédentes fusions dans les équipements télécoms grâce à la profonde transformation intervenue ces dix dernières années dans la façon dont ces matériels sont développés et lancés. La tête et les jambes des réseaux télécoms résident aujourd'hui dans les logiciels qui sont programmables et flexibles et non plus dans des infrastructures dédiées. Les produits sont davantage modulables avec des interfaces ouvertes permettant aux équipements de différents fabricants d'interagir entre eux. Cette évolution devrait permettre une intégration plus rapide et moins coûteuse des gammes de produits du finlandais et du franco-américain, estiment analystes et dirigeants du secteur, et pourrait contribuer à ce que Nokia réussisse là où de précédentes opérations ont échoué. Le groupe s'est engagé à dégager 900 millions d'euros de synergies d'ici 2019 grâce au rachat d'Alcatel-Lucent qu'il compte boucler au premier semestre 2016. Les analystes estiment que l'essentiel des réductions de coûts viendra du mobile, où les produits de Nokia dans la 4G remplaceront à terme ceux d'Alcatel, permettant de réduire les budgets élevés de R&D et de redéployer les équipes d'ingénieurs. Mais l'histoire des fusions dans le secteur est peu glorieuse à l'image des rapprochements entre Alcatel et Lucent et Nokia et Siemens en 2006. Les réductions de coûts promises lors de ces transactions ont fini par être redonnées aux consommateurs à travers des baisses de prix car les concurrents Ericsson ERICb.ST et Huawei HWT.UL sont passés à l'offensive pendant que ces groupes étaient accaparés par la mise en oeuvre de leur fusion. PRÉSERVER D'IMPORTANTS CLIENTS L'intégration des portefeuilles de produits s'est également révélée longue et coûteuse en raison de la nécessité de continuer à offrir un support pour les matériels installés chez les grands opérateurs télécoms. Un site mobile installé chez Verizon VZ.N reste par exemple en service pendant une dizaine d'années et l'équipementier s'engage à mobiliser une équipe d'ingénieurs sur ce qui est appelé une feuille de route produit afin de continuer à l'améliorer avec le temps. Cette fois-ci, une partie plus importante de ces améliorations pourra être mise en oeuvre via des mises à jour de logiciels, ce qui devrait faciliter la mise en commun des gammes de produits, a promis aux investisseurs le numéro un de Nokia Rajeev Suri après l'annonce de l'opération. "Les interfaces ouvertes, le très haut débit et le cloud permettent aujourd'hui des intégrations plus rapides et plus efficaces", a-t-il expliqué. Réussir cette mise en commun est importante non seulement pour réduire les coûts mais aussi pour ne pas se mettre à dos d'importants clients comme Verizon et AT&T T.N , les deux principaux opérateurs télécoms américains qui utilisent la technologie d'Alcatel dans la 4G. Certains analystes et investisseurs estiment que le pari a cette fois des chances de réussir tandis que d'autres restent sceptiques. "Ce qui a nécessité entre quatre ou cinq ans pour Alcatel-Lucent et Nokia Siemens sur les feuilles de route produit ne devrait cette fois prendre que deux ou trois ans", estime Pierre Ferragu, analyste à Bernstein Research. Alexandre Peterc, analyste à Exane BNP Paribas, se montre moins confiant, jugeant que la moitié seulement des 900 millions d'euros de synergies devraient se concrétiser. LES CONCURRENTS EN EMBUSCADE Risto Lehtilahti, représentant syndical de la division R&D de Nokia à Oulu, en Finlande, s'inquiète pour sa part du risque de pertes de contrats comme cela s'était produit pendant la fusion avec Siemens et l'acquisition d'actifs mobiles de l'américain Motorola. "Les parts de marché ne résistent pas après ces fusions. Lorsque nous serons dans la période de transition et avant que les choses se précisent, une partie des contrats ira aux concurrents Ericsson et Huawei", explique-t-il. "Les clients savent ce que ces fabricants proposent alors que cela pourrait nous prendre entre un ou deux ans avant d'arriver avec une gamme de produits et des systèmes clients." Les analystes sont divisés sur l'importance que pourraient prendre ces "dis-synergies", Deutsche Bank évaluant à 1,5 milliard d'euros le montant des contrats potentiellement à risque tandis que Bernstein les estime à moins du tiers de ce montant. Les deux groupes devront également se positionner sur les technologies du futur. Combiner la puissance de Nokia dans le mobile avec celle d'Alcatel dans les routeurs internet devrait placer le futur ensemble en bonne position pour la "5G", la prochaine technologie mobile qui devrait effacer les frontières entre le fixe et le mobile. Même si la 5G ne devrait pas être lancée avant 2020, les analystes estiment que les opérateurs décideront de leurs fournisseurs en fonction de leur capacité à fournir une feuille de route produit unique d'ici fin 2017. (Gwénaëlle Barzic pour le service français, édité par Dominique Rodriguez)


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