Nigeria-Le dépouillement reprend, Buhari en tête pour l'instant

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par Ed Cropley et Tim Cocks ABUJA, 31 mars (Reuters) - Le candidat d'opposition à la présidence du Nigeria, Muhammadu Buhari, chef de file du parti All Progressive Congress (APC), disposait mardi matin d'une nette avance avant la reprise des opérations de dépouillement, et le scrutin pourrait donc porter au pouvoir un homme qui y a déjà accédé il y a plus de trente ans après un coup d'Etat militaire. Selon un décompte provisoire de Reuters portant sur 31 des 36 Etats du pays, Muhammadu Buhari a réuni plus de 13 millions de voix contre 10,5 millions pour le sortant, Goodluck Jonathan, dont les cinq ans de présidence ont été marqués par divers scandales de corruption et surtout par l'incapacité de l'armée à endiguer la rébellion islamiste de Boko Haram. Muhammadu Buhari, un général musulman de 72 ans originaire du nord du pays, a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption dans le pays le plus peuplé d'Afrique (170 millions d'habitants), qui est aussi le plus gros producteur de pétrole du continent et sa première puissance économique. Les résultats du delta du Niger, l'une des principales zones de production pétrolière du pays, n'étaient pas encore disponibles, or il s'agit d'un bastion de Goodluck Jonathan et son vote pourrait faire basculer l'issue du scrutin. Mais alors que l'annonce en direct des résultats du dépouillement reprenait à 09h00 GMT, certains analystes commençaient déjà à commenter la victoire de Muhammadu Buhari sur Goodluck Jonathan et son mouvement, le Parti démocratique populaire (PDP). MANIFESTATIONS ET SOUPÇONS DE FRAUDE "Il y a sans doute de nombreuses raisons pour lesquelles le PDP peut avoir perdu mais je crois que la principale, c'est tout simplement le fait que les élections n'ont pas été truquées", a ainsi déclaré Antony Goldman, un consultant d'entreprise qui dispose de contacts haut placés au Nigeria. Dans l'Etat de Rivers, haut lieu de l'industrie pétrolière nationale dans le sud du pays, Goodluck Jonathan est crédité de 95% des suffrages, un résultat mis en doute par diplomates, observateurs et partisans de l'APC, dont certains sont descendus dans la rue. A Port Harcourt, la police a tiré des gaz lacrymogènes sur un rassemblement de 100 femmes qui manifestaient devant les bureaux locaux de la commission électorale, l'INEC. "Leur intention était de détruire le matériel de l'INEC",a dit un policier à Reuters sur place. Entamées samedi, les opérations de vote ont été prolongées dimanche en raison de problèmes techniques liés à lecture des cartes d'électeurs biométriques introduites pour limiter les fraudes. Au moins 15 personnes ont été tuées pendant le scrutin, la majeure partie dans le nord-est du pays, la zone d'influence de Boko Haram. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont évoqué lundi des soupçons de manipulation dans les opérations de dépouillement. "Jusqu'ici, nous n'avons vu aucune preuve d'une manipulation systématique du processus. Mais il y a des signes troublants selon lesquels le dépouillement, le décompte final des voix, pourrait faire l'objet d'ingérences politiques délibérées", ont dit le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, dans un communiqué commun. Pour l'emporter, un candidat doit obtenir la majorité simple des suffrages ainsi qu'au moins 25% des voix dans les deux tiers des 36 Etats du pays et la capitale fédérale. Si au moins une de ces conditions n'est pas remplie, un second tour est organisé dans les sept jours suivant la proclamation officielle des résultats. (avec Julia Payne, Estelle Shirbon et Alexis Akwagyiram; Jean-Stéphane Brosse et Marc Angrand pour le service français)

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