Nicolas Sarkozy reste l'arbitre muet de la refondation de l'UMP

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LES SARKOZYSTES DONNENT DE LA VOIX AVANT LA REFONDATION DE L'UMP
LES SARKOZYSTES DONNENT DE LA VOIX AVANT LA REFONDATION DE L'UMP

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Moins d'une semaine après la démission forcée de Jean-François Copé, la tension est loin d'être retombée à l'UMP où, de récriminations en mises au point, le casse-tête de la gouvernance du parti offre une arme tactique aux "sarkozystes".

Des partisans de l'ancien président, dont l'éventuelle candidature en 2017 parasite depuis deux ans la pénible convalescence du mouvement, ont intenté un procès en illégitimité à la "troïka" des anciens Premiers ministres Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon censée assumer l'intérim jusqu'au congrès extraordinaire d'octobre.

Avec dans ses rangs les deux plus sérieux rivaux de Nicolas Sarkozy (Alain Juppé et François Fillon), ce trio est perçu comme le cheval de Troie des ennemis de l'homme providentiel, qui n'a jamais goûté la perspective de primaires.

"Avec une rapidité spectaculaire, on assiste à une bipolarisation de l'UMP entre les partisans et les adversaires du retour de Nicolas Sarkozy. C'est probablement le dernier acte de la fable du retour d'un chef qui n'était jamais parti, et qui est déjà en pré-campagne présidentielle", relève Thomas Guénolé, auteur de "Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible?"

Les "sarkozystes" arguent que cette direction intérimaire, décidée dans la fébrilité du bureau politique statutaire du 27 mai, contrevient aux statuts de l'UMP. Non sans fondement.

Ils prévoient que toute décision du bureau politique soit prise à la majorité des suffrages exprimés et stipulent qu'"en cas d'empêchement le président de l'Union est remplacé par le vice-président délégué", en l'occurrence Luc Chatel.

La direction du parti ayant choisi de démissionner dans son ensemble à l'échéance du 15 juin, les prémisses d'un blocage sont en place.

JUPPÉ POSE SES CONDITIONS

Conscients de l'écueil, le triumvirat a prévenu samedi dernier dans un communiqué commun que cet intérim devrait être validé par un nouveau bureau politique statutaire d'ici au 15 juin. Une réunion et un vote sont évoqués pour le 10 juin.

La charge de l'ancienne ministre Nadine Morano, dans Le Parisien Dimanche, contre l'"illégitime" trio, les critiques de Claude Guéant, sur Europe 1 et i>TELE, envers une gouvernance "irrégulière", ont contraint lundi les "casques bleus" présumés à de nouvelles explications.

Alain Juppé en vient sur son blog à poser deux conditions à sa participation : que la décision d'une présidence collégiale "ne soit pas source de division mais soit prise de manière consensuelle", et que "ce groupe ait les moyens d'organiser le fonctionnement de l'UMP sur des bases administratives et financières totalement clarifiées".

Jean-Pierre Raffarin, lui aussi sur son blog, répond aux "interrogations" en soulignant notamment que la démission de la direction "rendait les statuts inapplicables" et que les "Trois" ont consenti à une simple "mission de transition".

Il appartient à la Haute autorité de statuer sur "la compatibilité de la solution politique" avec les statuts de l'UMP, ajoute le sénateur de la Vienne.

François Fillon n'avait pas réagi à ce stade. Luc Chatel entretient pour sa part l'ambiguïté en écrivant sur Twitter que seule la Haute autorité est habilitée à trancher.

"LES TROIS ROIS MAGES"

Une adhérente de l'UMP, Nathalie Bordeau, qui travailla à Matignon de 2005 à 2012, a décidé d'un recours devant le tribunal de grande instance de Paris pour non respect du règlement de l'UMP.

Le "copéiste" David-Xavier Weiss, violemment anti-Fillon lors de la bataille pour la présidence du parti en 2012, soutient cette démarche au nom de "l'impartialité".

"Je n'ai rien contre les trois rois mages autoproclamés. Mais pourquoi ces trois-là? Pourquoi ne pas intégrer Dominique de Villepin et Edouard Balladur?", s'est interrogé le secrétaire national de l'UMP sur Sud Radio.

Le politologue Thomas Guénolé s'étonne d'"une indignation sélective".

"L'argument du caractère non statutaire du triumvirat est facile à contrer : ni l'élection de Jean-François Copé avec triche, ni le vote des adhérents après coup pour le confirmer président, n'étaient statutaires", affirme-t-il.

A charge pour Nicolas Sarkozy, juge-t-il, de préempter le terrain en briguant à l'automne la présidence du parti, que François Fillon et Alain Juppé ont d'ores et déjà écartée.

"Dans une élection par les adhérents, il est imbattable. S'il estime être au-dessus de ça, il aura commis une faute tactique par péché d'orgueil".

(Avec Claude Canellas, édité par Yves Clarisse)

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