Nicolas Sarkozy ou la statue du Commandeur

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NICOLAS SARKOZY, ARBITRE OFFICIEUX DU DUEL FILLON/COPÉ
NICOLAS SARKOZY, ARBITRE OFFICIEUX DU DUEL FILLON/COPÉ

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Le scénario d'un retour de Nicolas Sarkozy à l'avant-scène politique continue de peser sur la primaire pour la présidence de l'UMP dont l'ancien président devient l'arbitre officieux.

Depuis que le prédécesseur de François Hollande est sorti de son silence en août, à propos de la Syrie, l'antienne du retour résonne obstinément aux oreilles de François Fillon et Jean-François Copé, adversaires pour la direction du parti néo-gaulliste.

L'ancien Premier ministre, qui fait mine de l'ignorer, a d'ores et déjà annoncé qu'il serait candidat à la primaire présidentielle de 2016 à droite, quel que soit le choix de Nicolas Sarkozy.

Le secrétaire général de l'UMP, qui tresse des lauriers à l'ancien président dans son "Manifeste pour une droite décomplexée", paru mercredi, a assuré pour sa part qu'il s'effacerait si Nicolas Sarkozy revenait en première ligne.

Au point que certains comparent déjà l'élection des 18 et 25 novembre à une "primaire Fillon-Sarkozy" avant l'heure - avant le choc théorique de 2016.

Se posant en héritier putatif, Jean-François Copé, "outsider" du scrutin interne, s'inspire pour sa campagne de la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy en "droitisant" son discours et en multipliant les références à sa présidence.

Un mimétisme qui laisse accroire, pour certains, l'existence d'un pacte de non-agression entre l'ancien président et le député-maire de Meaux. Pacte tout relatif tant l'ambition élyséenne de Jean-François Copé est notoire.

LE MAIRE AVERTIT LES PRÉTENDANTS

"J'ai une idée extrêmement précise de la feuille de température, je peux vous dire que Nicolas Sarkozy ne fillonise pas", confie l'un de ses "visiteurs".

L'ancien ministre Bruno Le Maire, qui n'a pu recueillir les quelque 8.000 parrainages nécessaires à la candidature à la direction de l'UMP, s'est quasiment mué en porte-parole mardi pour rappeler Nicolas Sarkozy au bon souvenir des duellistes.

"Ce qui l'inquiète, c'est plus la situation de la France que ce qui se passe à l'UMP", a dit le député de l'Eure dans le cadre de l'émission "Preuves par 3" sur Public Sénat.

Selon Le Canard Enchaîné, Nicolas Sarkozy aurait expliqué n'avoir d'autre choix "moral" que de revenir face à un François Hollande qui "abaisse le rôle de la France".

"Je pense que si Nicolas Sarkozy revient, eh bien les autres, quels qu'ils soient, quels que soient leur talent et leur capacité, laisseront la place à Nicolas Sarkozy", a estimé Bruno Le Maire.

L'avertissement vaut pour tous les prétendants à la primaire de 2016 - outre François Fillon, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire lui-même...- mais vise avant tout l'ancien Premier ministre.

Car François Fillon, tout en y mettant les formes, s'est clairement mis en travers de la route de l'ancien président, considéré par les sympathisants de droite comme le meilleur présidentiable pour 2017.

"Il aura toujours sa place à l'UMP dans notre coeur", a-t-il lâché dans Le Figaro du 6 septembre, phrase interprétée comme "un enterrement de première classe" par un proche de Jean-François Copé. "J'aurai besoin de lui pour rassembler", a corrigé le député de Paris dans Le Parisien du 18 septembre.

"ROCKY II"

Mais de là à s'incliner devant la statue du Commandeur, il y a un pas que François Fillon refuse de franchir pour l'heure.

Son camp guette le moindre signal de Brice Hortefeux, "l'ombre" de Nicolas Sarkozy, de crainte qu'il ne fasse pencher la balance des soutiens en faveur de Jean-François Copé et ne lui accorde un adoubement en bonne et due forme.

"La branche sarkozyste a de bonnes raisons d'aller avec moi", assure ce dernier.

Le président de l'association des "Amis de Nicolas Sarkozy" a affiché une sobre neutralité mercredi sur RTL.

"Il y a une compétition, et c'est très bien, entre Copé, qui est un ami, et Fillon, avec qui j'ai travaillé avec beaucoup de plaisir", a dit Brice Hortefeux. Prié de dire s'il trancherait entre les deux adversaires, il a répondu, sybillin : "'Au bout de la patience, il y a le ciel'. Eh bien, un peu de patience".

Pour le politologue Thomas Guénolé, "l'idée que la revanche ne tenaille pas Nicolas Sarkozy est difficile à croire".

Les militants UMP, selon lui, croiraient toujours à ce scénario.

"C'est un peu comme les fans de Rocky qui, à la sortie du premier Rocky, réclament un Rocky II où il gagne".

Edité par Yves Clarisse

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