Nicolas Sarkozy évite l'affrontement avec les syndicats

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NICOLAS SARKOZY ÉVITE L'AFFRONTEMENT AVEC LES SYNDICATS AU SOMMET SOCIAL
NICOLAS SARKOZY ÉVITE L'AFFRONTEMENT AVEC LES SYNDICATS AU SOMMET SOCIAL

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi des mesures d'urgence consensuelles contre la montée du chômage et évité un affrontement avec les syndicats en reportant à fin janvier des décisions sur des sujets controversés comme la "TVA sociale".

A la traîne dans les sondages et fragilisé par la décision de l'agence Standard & Poor's de retirer à la France sa note souveraine "triple A", le chef de l'Etat paraît jouer son va-tout à trois mois de l'élection présidentielle, où la crédibilité des candidats face à la crise sera déterminante.

Après quatre heures de débats avec les dirigeants de huit organisations syndicales et patronales (CGT, FO, CFDT, CFTC et CFE-CGC, Medef, CGPME et UPA), il a annoncé 430 millions d'euros de mesures d'urgence, financées par redéploiements de crédits.

Cent millions d'euros iront ainsi au développement de l'activité partielle pour éviter les licenciements, alors que le taux de chômage approche les 10%, 100 autres à l'exonération de charges pour l'embauche de jeunes dans les très petites entreprises, et 150 à la formation des chômeurs.

La situation "extrêmement préoccupante" sur le front de l'emploi "impose la prise de décisions fortes et rapides", a souligné Nicolas Sarkozy, qui a également annoncé l'embauche d'un millier de salariés avec des contrats à durée déterminée dans le service public de l'emploi.

Autant de mesures qui ne pouvaient guère recueillir que l'assentiment des participants, même si elles ont été jugées trop tardives par le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, ou insuffisantes par celui de la CGT.

Ces mesures, "de notre point de vue, n'auront pas d'impact véritable sur la situation de l'emploi aujourd'hui", a déclaré Bernard Thibault à son départ de l'Elysée.

"FLOU TOTAL"

Le chef de l'Etat avait lancé, en ouvrant la réunion, une mise en garde contre la tentation de "l'attentisme" à l'approche de l'élection présidentielle - une façon de répondre à ceux qui lui reprochent d'avoir voulu faire un "coup" politique.

Il n'en a pas moins pris garde de ne pas dévoiler ses intentions sur les chantiers les plus sujets à controverse.

"Nous avons un flou total sur les futures décisions du gouvernement sur le financement de la protection sociale et les accords compétitivité-emploi", a déploré François Chérèque.

Les grands syndicats ont redit leur opposition au transfert d'une partie des cotisations patronales sur une fiscalité "anti-délocalisation" qui prendrait la forme d'une hausse de TVA. Selon les Echos, cette hausse serait limitée à 2 points.

Nicolas Sarkozy a confirmé sa volonté d'alléger le coût du travail en faisant contribuer les importations au financement de la protection sociale mais renvoyé ses décisions à fin janvier.

"Nous avons (...) entendu les remarques de l'ensemble des organisations", a dit le chef de l'Etat, selon qui le Premier ministre, François Fillon, et le gouvernement poursuivront leurs contacts dans les dix prochains jours.

Il a aussi renvoyé à la fin du mois ses arbitrages sur des accords permettant aux entreprises en difficulté de négocier la durée du travail, une baisse de salaire ou un mélange des deux.

"Il va falloir rester mobilisé dans cette séquence", a averti Bernard Thibault, alors que plusieurs milliers de personnes - 1.700 selon la police - défilaient à Paris à l'appel de la CGT "contre la politique d'austérité du gouvernement".

"J'en appelle à la poursuite d'une mobilisation pour faire en sorte que des éléments importants du droit social français ne soit pas mis au pilori", a-t-il ajouté.

DOPER L'OFFRE DE LOGEMENTS

Nicolas Sarkozy a également annoncé une décision prochaine sur la création d'un établissement bancaire dédié au financement de l'industrie et sur "des mesures extrêmement puissantes pour doper l'offre de logements", dont l'insuffisance est un frein à la mobilité du travail.

"Nous réfléchissons aussi à l'amélioration du fonctionnement des mécanismes de caution et de garanties pour les locataires", précise-t-on dans son entourage.

C'est également fin janvier qu'il entend préciser les "contours" du projet de taxe sur les transactions financières qu'il souhaite voir repris dans l'ensemble de la zone euro mais se dit prêt à mettre en oeuvre seul dans un premier temps.

Enfin, il a dit avoir chargé l'ancien président du Sénat Gérard Larcher de proposer dans les deux mois une "réforme radicale" de la formation professionnelle.

"L'objectif est simple : que chaque chômeur ait une formation et qu'au bout de la formation chacun soit conduit à accepter l'offre d'emploi qui lui sera proposée", a-t-il dit.

Selon des sources gouvernementales, les mesures arrêtées seront inscrites dans un projet de loi de finances rectificative soumis au Parlement fin février-début mars, avant la suspension de la session pour cause de campagne présidentielle.

Edité par Yves Clarisse

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