Nicolas Sarkozy en appelle aux abstentionnistes

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Nicolas Sarkozy en appelle aux abstentionnistes
Nicolas Sarkozy en appelle aux abstentionnistes

par Emmanuel Jarry

DIJON, Côte d'Or (Reuters) - A neuf jours du second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy en a appelé vendredi aux abstentionnistes pour conjurer une défaite annoncée par les sondages face à son adversaire socialiste François Hollande.

Le président candidat s'adressait notamment aux 6,5 millions d'électeurs qui ont voté dimanche dernier au premier tour pour la candidate du Front national Marine Le Pen et qui constituent sa principale réserve de voix.

Devant plusieurs milliers de personnes rassemblées dans la salle Zénith de Dijon, ville où il a recueilli au premier tour 27,87% des suffrages contre 32,47% pour François Hollande, il a réaffirmé qu'il avait "écouté" et qu'il "entendait" ces électeurs mais les a exhortés à prendre leurs responsabilités.

"Réfléchissez bien, vous aussi, n'écoutez pas ceux qui, par calcul politicien, y compris dans ce parti politique extrême, vous demandent de rester à la maison", a-t-il dit, en faisant allusion au FN, qui menace d'appeler à l'abstention.

"Je veux dire à ces Français que si vous restez à la maison au deuxième tour, si vous ne votez pas le 6 mai, alors il ne faudra pas se plaindre si M. Hollande met en oeuvre sa politique de droit de vote des étrangers et de régularisation de tous les clandestins dans notre pays", a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy s'est encore posé en victime de la "pensée unique" d'un "système médiatique" et de commentateurs qu'il accuse de partialité et de "procès stalinien" à son encontre.

"Tout ce qui pourrait nous compliquer la tâche (...) est mis en oeuvre scientifiquement", a-t-il dit. "M. Hollande a le droit de faire campagne devant 40 millions d'électeurs (...) Moi je dois retirer les 6,5 millions qui ont voté pour Marine Le Pen."

"Depuis lundi (...) c'est un déchaînement, depuis lundi, j'aurais durci mon propos, depuis lundi j'aurais 'extrémisé' mes propositions", a-t-il ajouté. "Je n'ai pas fait une seule proposition nouvelle depuis lundi. C'est un procès d'intention, c'est un procès stalinien comme à la belle époque !"

Nicolas Sarkozy a cependant proposé jeudi l'instauration d'une "présomption de légitime défense" pour les policiers - une mesure promise par Marine Le Pen dans son programme.

DRAPEAUX ROUGES

Il ne s'agit pas du seul fait avec lequel il a pris quelques libertés. Il a ainsi accusé François Hollande de vouloir défiler le 1er mai derrière la CGT, qui a appelé à voter contre lui.

"Le 1er mai je serai sur l'esplanade des droits de l'Homme devant l'esplanade du Trocadéro, je l'espère bondée, devant des centaines et des milliers de drapeaux français, pendant que M. Hollande défilera derrière des drapeaux rouges et des drapeaux de la CGT", a-t-il lancé.

Le candidat socialiste a en fait annoncé qu'il célébrerait ce jour-là l'anniversaire de la mort de l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy qui s'est suicidé le 1er mai 1993 à Nevers (Nièvre).

Nicolas Sarkozy a multiplié les piques contre François Hollande, dont il a dénoncé les changements de pied ou accusé de faiblesse, de manque de courage et de franchise, en assurant a contrario qu'il n'avait pas, pour sa part, "deux discours".

"C'est bien mal me connaître celui qui pense que j'ai peur, celui qui pense que quelque chose peut me décourager, ou celui qui me ferait défendre une idée qui ne serait pas la mienne", a-t-il dit. "C'est mal me connaître parce que mes convictions je les ai longuement mûries et longuement réfléchies."

"J'ai tout dans ma tête et tout dans mon cour, je sais très exactement où je veux aller, je n'ai pas besoin d'un tuteur, je n'ai pas besoin d'un prompteur, je n'ai pas besoin de lire et d'ânonner", a-t-il ajouté. "Je n'ai pas besoin de réfléchir à ce que diront mes alliés et mes amis. Je sais ce que j'ai à dire je sais ce que je veux pour la France."

Une brochette d'élus centristes, dont le ministre Nouveau centre de la Fonction publique François Sauvadet, l'ont écouté sans broncher au premier rang revenir longuement sur les thèmes de l'immigration et de la sécurité.

Des responsables de la majorité, de sensibilité centriste mais pas seulement, se sont émus ces jours-ci des multiples signaux adressés par Nicolas Sarkozy aux électeurs du FN.

Avec Yann Le Guernigou, édité par Matthias Blamont

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