Nicolas Sarkozy, candidat de la cohabitation à droite

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NICOLAS SARKOZY, CANDIDAT DE LA COHABITATION À DROITE
NICOLAS SARKOZY, CANDIDAT DE LA COHABITATION À DROITE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Le verdict qui s'est imposé à Nicolas Sarkozy pour désamorcer, sans la clore, la polémique Morano souligne crûment les contradictions de sa stratégie pour 2017, un mariage forcé et incertain entre centristes et "droitistes" des Républicains.

"Mieux vaut une crise passagère et investir à long terme. On a la responsabilité de porter l'alternance", a résumé mercredi l'ancien chef de l'Etat pour justifier la destitution de Nadine Morano après ses propos sur la France, pays "de race blanche".

L'UDI et le MoDem ayant menacé de faire défection dans la région Grand Est (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine), le président des Républicains n'avait d'autre choix que de retirer la tête de liste en Meurthe-et-Moselle à l'égérie de la frange la plus radicale des militants.

L'ex-ministre de Nicolas Sarkozy est allée jusqu'à dénoncer "une cabale centriste", une opinion que partagent des administrés de plusieurs députés LR, à en croire ces derniers.

Nicolas Sarkozy s'est engagé mercredi à se rendre prochainement dans le Grand Est pour "expliquer" sa décision.

"La sanction envers Nadine Morano est un jugement de Salomon: d'un côté elle n'a plus d'investiture aux régionales, mais de l'autre elle n'est pas exclue du parti. Cela traduit la fracture profonde entre ceux qui adhèrent au 'lepénisme light', et ceux qui le rejettent au nom des valeurs de la droite républicaine", estime le politologue Thomas Guénolé.

UN CALCUL POUR L'AVENIR

Pour le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, invité jeudi matin d'Europe 1, Nadine Morano est "le symbole d’une partie de la droite, une petite partie, qui perd la tête et ses valeurs sous la pression du populisme et de l’extrémisme". Sauf que Nicolas Sarkozy n'a pas exclu du parti la frondeuse.

Face aux divisions de la gauche, l'alliance avec l'UDI et le MoDem portée par un Nicolas Sarkozy autrefois clivant et désormais garant du "rassemblement" a démontré son efficacité lors des élections départementales de mars dernier.

L'ancien président a consenti pour les régionales à accorder à l'UDI la conduite des listes en Normandie, dans le Centre et la Bourgogne-Franche-Comté, trois régions gagnables.

L'accord scellé en juin prévoit un ratio de répartition sur les listes de 25% à 33% pour l'UDI et de 67% à 75% pour Les Républicains. "Il a fallu lâcher, c'est un calcul pour l'avenir", concède un cadre du parti en évoquant la primaire.

Nicolas Sarkozy, qui a obtenu des trois têtes de liste (Hervé Morin, Philippe Vigier, François Sauvadet) leur soutien à la primaire de la droite et du centre de 2016, mise sur le réservoir des voix centristes pour faire pièce à son principal rival, Alain Juppé, plébiscité dans les sondages par les sympathisants de l'UDI et du MoDem.

Mais Jean-Christophe Lagarde résiste et s'en remet à l'arbitrage des militants UDI qui trancheront, lors d'un congrès au printemps 2016, entre la participation à la primaire de novembre 2016 ou une candidature autonome en 2017.

SCHIZOPHRÉNIE

Nicolas Sarkozy doit "marcher sur ses deux jambes", comme a coutume de dire l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, la modérée et la "droitière", pour espérer prendre sa revanche en 2017, même s'il n'est pas encore officiellement candidat.

Mais face à l'hypothèque centriste, il sait ne pas devoir négliger la seconde, qui lui permit de glaner les voix du FN en 2007 puis fut son unique béquille en 2012.

"Si l'on veut attaquer frontalement le Front national, il faut reprendre la main sur les sujets régaliens", explique le bras droit de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, en citant prioritairement l'immigration.

Un parlementaire "filloniste" relève que Nadine Morano "a sans doute voulu pousser à l'excès ce précepte". "Il faut une bonne fois pour toutes clarifier la ligne des Républicains sinon les dérapages vont prospérer sur cette dichotomie" juge-t-il.

Le député Eric Woerth, chargé du projet aux Républicains, considère que Nicolas Sarkozy, par un acte d'autorité, a levé toute ambiguïté.

"Il faut être clair avec ce qu'on pense, ce qu'on dit, la France ce n'est pas une race. (...) Il y a des mots qui dépassent le socle de nos convictions et qui ne peuvent pas être acceptés", a-t-il plaidé sur RTL.

"Chacun a voté, il n'y a eu aucune voix pour s'opposer à cette décision" de destitution, a-t-il ajouté. Trois membres de la Commission nationale d'investiture, dont Jean-François Copé et Michèle Alliot-Marie, se sont abstenus lors du vote.

L'explication ne convainc pas un élu local LR, inquiet de la "schizophrénie" actuelle.

"Faire ami-ami avec l'UDI et le MoDem tout en tapant sur François Bayrou, attaquer le Front national tout en tenant des propos 'borderline' en meeting: il y a un moment, il faut être cohérent, sinon nos électeurs vont s'y perdre et on finira par les perdre".

(Edité par Yves Clarisse)

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  • dbrus le jeudi 8 oct 2015 à 18:48

    Pourquoi toujours vouloir mettre les gens qui s'expriment dans des catégories ? Il y a des gens pour les 35 h à droite, il y en a contre le foulard islamique à gauche, pourquoi serait-on raciste ou d’extrême droite parce qu'on dit qu'il y a des pays où la population d'origine est blanche et d'autres où elle est noire ? Ces procès d'intention servent en réalité à museler quiconque n'est pas dans la ligne "bien pensante".

  • M5054720 le jeudi 8 oct 2015 à 17:31

    Et oui les perdre .