Nicolas Lunven et l'évolution de la voile

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Nicolas Lunven et l'évolution de la voile
Nicolas Lunven et l'évolution de la voile

Nicolas Lunven, vous avez participé à la Figaro Arrimer et à la Figaro Concarneau il y a quelques semaines. Ces régates sont une bonne préparation pour un grand rendez-vous comme la Solitaire du Figaro ?On fait tous ces courses d'entrainement, bien qu'il y ait peu d'enjeu médiatique, car l'enjeu sportif est très fort. Elles nous permettent de tester le matériel et de jauger la concurrence. Par exemple, sur la Concarneau, les 30 bateaux présents le seront aussi dimanche à Bordeaux (point de départ de la 1ère étape de l'épreuve). C'est donc le meilleur entraînement qui soit. En plus, le circuit Figaro est en monotypie. On a tous le même bateau, donc c'est vraiment le meilleur qui gagne à la fin et c'est en passant le maximum de temps sur l'eau qu'on peut faire une différence à la fin.Vous faites partie de cette nouvelle génération de skippers à qui tout réussi?On est une génération de trentenaires, c'est vrai, mais ce sont surtout ceux qui sont un peu plus âgés que moi, comme Armel Le Cléac'h, Jérémie Beyou, Franck Cammas qui ont été à la charnière de deux approches complètement différentes de la voile. Il n'y a encore pas si longtemps que ça, il y a quelques dizaines d'année, on avait cette image caricaturée - qu'on a toujours - du marin bourru, mal rasé, qui aime le vin et faire la fête. Aujourd'hui, ça a beaucoup changé car ce sport se professionnalise énormément. On s'aperçoit de plus en plus que les skippers ont fait des études, d'ingénieur ou autres. Et ce ne sont pas toujours des gens intéressés par la conception des bateaux car pour avoir navigué avec Jean Le Cam en Transat AG2R, je me suis rendu compte qu'on a deux profils complètement différents. Voire opposés. Jean a commencé à naviguer sur les bateaux qu'il construisait. Moi, je n'ai jamais fabriqué de bateau et n'en serais pas capable. Jean, qui a 55 ans, sait en concevoir, les mettre au point et gagner des régates avec. Nous, on est plus focalisés sur la performance sportive, on se concentre à 100% dessus et quand on a les moyens d'avoir une équipe, on délègue complètement toutes les parties techniques pour se focaliser sur notre préparation.La façon de naviguer est-elle très différente entre ces deux générations de marins ? Autant on peut avoir des profils très différents, autant je pense que la manière de naviguer reste assez proche. Quand on regarde Loïc Peyron, Jean Le Cam, etc, quand ils avaient 25 ou 30 ans et qu'ils faisaient de la course au large, le milieu était complètement différent d'aujourd'hui : il n'y avait pas toutes les nouvelles technologies, les moyens d'information? Notamment les données météo car il y en avait très, très peu. Aujourd'hui il y en a plus, il y a des routeurs, des météorologues... Et justement, ces navigateurs d'il y a 25 ans ont réussi à s'adapter à tous ces nouveaux moyens, à évoluer et sont encore capables d'être sur le devant de la scène. S'ils ne s'étaient pas adaptés, ils seraient à la retraite ! Et pourtant ils sont toujours là, à la page. Donc nos méthodes de navigations sont relativement les mêmes.

« Pas de stratégie pré-établie »

L'apparition de formations professionnelles a tout de même modifié la façon d'aborder la compétition, notamment en termes de prise de risque?C'est vrai que les coureurs s'entraînent de plus en plus en centre d'entraînement, comme moi à Port la Forêt, et qu'on est de plus en plus « formatés », on entre tous dans un moule. Donc effectivement, petit à petit l'erreur est éliminée. Je pense qu'on est bien meilleurs aujourd'hui en termes de prise de risque grâce à toutes les infos qu'on reçoit et ces technologies qui nous permettent de les recueillir sur notre bateau. Mais pour être devant, il faut quand même être le meilleur et quand même faire la différence, sur des points plus fins. On a beau avoir beaucoup d'infos, au final on a tous les mêmes. Des gens les exploitent pour nous, mais la décision finale revient toujours au skipper, tout seul sur son bateau, qui en bave pour changer ses voiles. Donc ce n'est pas si simple que ça. Le curseur de la prise de risque, c'est le navigateur qui le place où il le souhaite et chacun est différent. Par exemple, Le Cam a plus d'expérience et va peut être prendre moins de risques que moi et, à l'inverse, ira à fond quand il sera sûr de lui. Tandis que moi, un peu plus jeune, un peu moins expérimenté, je serai plus sur la retenue, sans aller à fond dans mon option.Cette année vous serez opposé à Jérémie Beyou, Michel Desjoyeaux, Yann Eliès, Armel Le Cléac'h? Qui viennent tous du Vendée Globe.On dit que cette édition 2013 est particulière et ressemble à celle de 2009 car elle rassemble de grands noms du Vendée Globe. Mais il n'y a pas une édition de la Solitaire qui ressemble à une autre, il se passe toujours des imprévus. Et même quand ces grands noms ne sont pas là, cette course n'est pas une mince affaire ! Donc j'essaye de prendre un peu de recul par rapport à tout ça. Je pense faire partie des favoris, mais effectivement, médiatiquement, ces marins sont plus exposés que moi. Ça ne m'enlève pas de pression pour autant ! Je pense et j'espère avoir tout fait pour être le mieux armé. On verra bien sur l'eau car ça on ne peut pas le savoir à l'avance.Comment peut-on faire la différence en seulement quatre jours ?Si je le savais je serais beaucoup plus serein ! (Rires) Je n'ai pas de stratégie pré établie, je pense avoir un profil un peu caméléon capable de s'adapter à la situation présente. Même sur une première étape, si je sens un coup à tenter, je serais capable de me lancer. Même si je suis le seul à le faire et que je prends le risque de prendre beaucoup de retard. Car si c'est la bonne option, je peux aussi prendre beaucoup d'avance. Dans les moments de doutes en revanche, on a plutôt tendance à suivre le reste de la flotte, pour ne pas foncer tout seul dans le mur. En attendant d'avoir un schéma plus clair, pour repasser en phase d'attaque et de nouveau être leader dans les décisions stratégiques.Parlez-nous des quatre étapes de l'édition de cette année.Le tracé de la première étape (Bordeaux-Porto) n'est pas facile à décrire car ça dépend toujours de la météo, c'est elle qui va dicter les options. Je la regarde déjà, j'ai une petite idée du schéma général, mais dans la précision je pense que personne ne le sait. Je pense que les conditions devraient se faire avec du beau temps et des conditions plutôt clémentes, ce qui ne veut pas dire faciles pour autant. Car les conditions sont les mêmes pour tous les concurrents, il faut donc trouver d'autres leviers pour faire la différence. Dans le mauvais temps, les gros bras bien préparés avec du matériel solide ont plus de chances que les autres, mais dans des conditions clémentes il faut miser sur d'autres performances, d'autres stratégies. La deuxième étape, de Porto à Gijón, peut ne pas être facile car on passe par la côte espagnole où les vents sont compliqués, un peu erratiques, un peu faibles. Ça peut être dangereux. La troisième, de Gijón à Roscoff est un peu ma préférée car elle passe devant la maison. Toute l'année on s'entraîne en Bretagne Sud donc c'est un peu mon étape coup de c?ur. Et l'arrivée à Dieppe, ça me rappelle de bons souvenirs ! On y arrivait aussi lors de ma victoire en 2009. J'aimerais bien arriver dans la même position!Propos recueillis par Romain Schindler

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