Nicolas Hulot réclame « au minimum » une suspension des forages offshore en Guyane

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Nicolas Hulot réclame « au minimum » une suspension des forages offshore en Guyane
Nicolas Hulot réclame « au minimum » une suspension des forages offshore en Guyane
Jusqu'ici muet sur le sujet, le père du Pacte écologique est allé à l'encontre des propos de la ministre de l'Égalité des Territoires et du Logement, Cécile Duflot.



L'ex-Secrétaire nationale d'EELV (Europe Écologie-Les Verts) ? Pascal Durand lui a officiellement succédé ce week-end ? a en effet affirmé qu'il est tout simplement impossible d'arrêter le processus. Fatalisme ? Manifestation publique de solidarité gouvernementale, même si celle-ci paraît déjà, sinon ébranlée, en tout cas mise à mal ? « Juridiquement et dans l'état actuel du Code minier », qui sera réformé en profondeur aux dires de la nouvelle ministre de l'Écologie Delphine Batho, « il n'y a pas de possibilité de déroger à cette décision qui a été prise il y a plus de dix ans », a sommairement déclaré Mme Duflot dans le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

Des allégations pour le moins déroutantes quand on sait l'opposition résolue des écologistes dans leur ensemble aux forages pétroliers offshore. Alors que la majorité de la population guyanaise leur est favorable pour des raisons économiques (NDLR : Rappelons que, selon Shell, à la tête du consortium d'exploration, l'exploitation du bassin pétrolier, à six mille mètres de profondeur, pourrait produire quelque trois cents millions de barils), l'ex-ministre de l'Écologie Nicole Bricq, qui n'aura occupé ce poste qu'un mois, souscrivait quant à elle aux vues d'EELV. Elle aurait surtout pris ses désirs pour des réalités ou péché par précipitation en annonçant une remise à plat dans les jours qui ont précédé son éviction. Ce faisant, Mme Bricq s'est selon nos confrères du Monde attirée les foudres de son collègue du Redressement productif Arnaud Montebourg, lequel ? au même titre que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ce qui évidemment change tout ? considère a contrario que l'industrie française ne peut décemment se passer d'une manne aussi importante dans pareil contexte. Le lobbying appuyé du secteur pétrolier, qui se doit d'« assurer ses arrières », a semble-t-il fait le reste.

Le sénateur EELV Jean-Vincent Placé ou encore la présidente de Cap21 Corinne Lepage n'ont pas caché leur étonnement voire leur désappointement devant le limogeage de Mme Bricq, réputée pour sa connaissance des dossiers environnementaux, et ont estimé de concert que celui-ci était un mauvais signal. Sans doute parce qu'elle appartient au gouvernement ? certains diront aussi que ses assertions sur la dépénalisation du cannabis ont passablement entamé son crédit auprès des socialistes -, Mme Duflot a été plus modérée et s'est refusée à tout commentaire sur le manque d'expérience de sa nouvelle condisciple à l'Hôtel de Roquelaure. Tout juste a-t-elle indiqué que cette dernière aurait des « entretiens » avec Shell pour s'assurer que les forages se dérouleront dans des conditions optimales de sécurité.

La présidence de la Commission du Développement durable à l'Assemblée Nationale, première (grosse) pomme de discorde entre le PS et EELV



Très insuffisant aux yeux de Nicolas Hulot, qui a une nouvelle fois montré qu'il n'appartient à aucun camp en prenant position pour, « au minimum », un moratoire sur les forages au large de la Guyane. « Il y a un moment où il faut être cohérent. Ou alors, que le gouvernement nous dise : on laisse tomber les changements climatiques, il y a plus urgent, et ça n'est pas une menace si grave que ça... », a précisé l'ex-candidat aux élections primaires d'EELV au micro d'Europe 1 hier. Et de justifier son absence au sommet Rio+20 (Brésil), lui qui avait pris part à ceux de Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002 et de Copenhague (Danemark) sept ans plus tard, par un constat lapidaire : « Quatre-vingt-dix objectifs actés à Rio de Janeiro il y a vingt ans, quatre vaguement tenus. Il ne faut plus participer à la mystification (sic) ».

Pas un mot en revanche sur les tensions entre élus écologistes et socialistes à l'Assemblée nationale. Le PS et EELV ont beau avoir conclu un accord (certes après d'âpres négociations) en fin d'année dernière, le quinquennat n'en promet pas moins d'être riche en guéguerres politiciennes. En témoigne le refus du premier d'« offrir » à un écologiste ? le député de Paris Denis Baupin, qui a évoqué un « accord non-respecté », était pressenti ? la présidence de la Commission du Développement durable, l'une des huit commissions permanentes, finalement attribuée au socialiste Jean-Paul Chanteguet (Indre).

La concorde scellée entre Martine Aubry et Cécile Duflot, à l'époque respectivement Première secrétaire du PS et Secrétaire nationale d'EELV, prévoyait pourtant l'octroi au parti écologiste d'une vice-présidence de l'Assemblée et d'une présidence de commission, rappellent nos confrères de l'AFP. Ne s'étant vus proposer « que » la présidence de la Commission aux Affaires européennes, qui ne figure pas parmi les huit commissions permanentes, les dix-sept députés EELV ont riposté en votant blanc pour l'élection du président de l'Assemblée nationale. Une mesure de rétorsion essentiellement symbolique dans la mesure où le PS peut se prévaloir de la majorité absolue, mais qui prouve que les écologistes n'ont pas l'intention de se poser en victimes expiatoires en cas de mauvais coup de leurs partenaires.

« Nous ne sommes pas là pour exécuter les ordres du PS toujours tenté par l'hégémonie », a confirmé le député-maire de Bègles (Gironde) Noël Mamère, cité par 20 Minutes. « Le PS aurait tort de penser qu'il peut gérer pendant tout un mandat une majorité à l'Assemblée nationale tout seul. S'il veut la jouer tout seul, la majorité ne tient qu'à un fil », a pour sa part asséné le député de Loire-Atlantique et co-président du groupe EELV au Palais Bourbon François de Rugy, pour qui « Il y a un «enchaînement de signaux, de la part du PS, de fermeture à l'écologie et donc aux écologistes ». Ambiance...

Ayant admis après coup avoir été maladroit, le ministre chargé des Relations avec le Parlement Alain Vidalies avait annoncé la couleur la semaine dernière en affirmant que les députés écologistes auraient « la liberté d'expression, mais pas la liberté de vote ». Les choses peuvent-elles rentrer dans l'ordre d'ici demain, jour du vote des présidences ? Et si oui, pour combien de temps ? Dans une situation financière difficile, EELV a-t-il vraiment les moyens financiers, mais aussi politiques de tenir tête à un PS qui semble plus déterminé que jamais à imposer sa ligne de conduite ? C'est un fait : quoique très récent, le changement de majorité soulève déjà bien des interrogations.
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