Nexans change sa gouvernance, fin du pacte d'actionnaires

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LA DIRECTION DE NEXANS CÈDE FACE À UN FONDS ACTIVISTE
LA DIRECTION DE NEXANS CÈDE FACE À UN FONDS ACTIVISTE

par Gilles Guillaume et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Nexans a annoncé jeudi qu'il dissociait les fonctions de président et de directeur général, comme le réclamait le fonds Amber Capital, et qu'il se prononcerait bientôt sur la demande de son principal actionnaire, Invexans, de résilier l'accord qui le lie à la société.

Le spécialiste français du câble, qui a tenu son assemblée générale annuelle au palais des congrès de Paris, a précisé que l'actuel PDG Frédéric Vincent deviendrait président de la société, et que le directeur général délégué Arnaud Poupart-Lafarge serait directeur général à compter de septembre prochain.

"Cette décision a été prise à la demande de Frédéric Vincent et après recommandation du comité des nominations, des rémunérations et du gouvernement d'entreprise", a précisé Nexans dans un communiqué.

Amber Capital, qui détient 3,70% du capital du groupe selon les données Thomson Reuters, essaie depuis l'an dernier d'obtenir l'éviction de Frédéric Vincent, dont il critique la stratégie, et réclamait pour y parvenir que Nexans modifie sa gouvernance en scindant les fonctions de PDG.

"Nous nous félicitons de ce changement de pied tout à fait inattendu du conseil. Aux actionnaires maintenant de décider", a réagi un porte-parole d'Amber Capital.

Lors de l'assemblée générale, qui s'est finalement déroulée dans le calme, le fonds activiste britannique n'est toutefois pas parvenu à obtenir la tête du PDG de Nexans. Selon un porte-parole de Nexans, une résolution portant sur l'éviction de Frédéric Vincent, ajoutée à la dernière minute à l'ordre du jour à la demande d'Amber Capital, a été rejetée par 65% des votes. Les autres résolutions soumises à l'AG ont toutes été approuvées.

PAS DE PRISE DE CONTRÔLE

En Bourse, après avoir été suspendue entre 11h30 et 13h15 dans l'attente d'un communiqué, l'action Nexans a clôturé la séance sur un recul de 3,07% à 41,68 euros.

La banque publique d'investissement bpifrance, troisième plus gros actionnaire de Nexans avec 7,83% du capital selon les données Thomson Reuters, n'a pas souhaité faire de commentaire sur les annonces de Nexans.

Le spécialiste du câble a également annoncé avoir reçu de la part d'Invexans, filiale du chilien Quiñenco, une demande de résiliation de l'accord du 27 mars 2011 qui le lie au groupe français.

En vertu de cet accord, modifié par avenant en novembre 2012, Invexans avait renforcé sa participation au capital du groupe et porté à trois le nombre des administrateurs le représentant au conseil.

Cet accord d'une durée de dix ans plafonnait aussi à 28% la participation d'Invexans au capital de Nexans.

Face aux interrogations sur sa présence au capital du groupe après avoir dénoncé le pacte d'actionnaires, Invexans a fait une mise au point dans l'après-midi, disant n'avoir ni l'intention de prendre le contrôle de Nexans ni le souhait de vendre ou réduire sa participation.

L'entreprise chilienne a ajouté qu'elle ne prévoyait pas non plus de porter sa participation au-delà de 30% du capital.

"Avec la fin de cet accord, Invexans exercera ses droits comme actionnaire de Nexans, soumis aux mêmes règles que tous les actionnaires du groupe", explique Invexans dans un communiqué.

Nexans a fait savoir que son conseil d'administration donnerait sous huitaine sa décision sur la fin du pacte d'actionnaires.

POUPART-LAFARGE APPLAUDI

Le groupe français a accusé une perte de plus de 300 millions d'euros l'an dernier à cause, notamment, du ralentissement de la demande des secteurs de la construction et des opérateurs d'électricité. Frédéric Vincent a renoncé à la part variable de son salaire au titre de 2013.

Après le vote des actionnaires en faveur de cette résolution, il lui restera un fixe de 800.000 euros ainsi que des actions de performance.

Nexans compte rebondir grâce à son augmentation de capital, lancée à l'automne dernier, et aux ajustements de coûts qu'il entend poursuivre au-delà des programmes de restructuration engagés actuellement en Europe et en Australie.

"Je ne parlerai pas de crise, mais la société a éprouvé quelques difficultés et il faut qu'elle redresse la barre pour refaire son retard sur des concurrents comme le leader Prysmian", a déclaré à l'AG un petit actionnaire de longue date puisqu'il possédait déjà des titres quand la société s'appelait encore Alcatel Câbles.

Les actionnaires individuels et salariés détiennent environ 10% du capital.

Lors de l'AG, Arnaud Poupart-Lafarge, nommé directeur général délégué l'an dernier, a eu droit à quelques applaudissements d'actionnaires et d'administrateurs présents dans la salle après sa présentation sur la stratégie du groupe.

(Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Dominique Rodriguez)

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