Neuf morts dans les violences au Caire, deux tués au Sinaï

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NEUF MORTS DANS DES AFFRONTEMENTS AU CAIRE
NEUF MORTS DANS DES AFFRONTEMENTS AU CAIRE

par Tom Perry et Asma Alsharif

LE CAIRE (Reuters) - Neuf personnes ont été tuées tôt au Caire mardi lors d'affrontements entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi, non loin d'un lieu où les Frères musulmans maintiennent une veille depuis la destitution du président le 3 juillet, rapportent des médias gouvernementaux égyptiens.

Les partisans de Morsi, proches pour bon nombre des Frères musulmans, le mouvement du président déchu, campent à l'université de la capitale pour appuyer leur demande de rétablissement du chef de l'Etat dans ses fonctions.

Les Frères musulmans ont parlé d'une attaque qui visait des manifestants pacifiques.

De source policière, on affirme en revanche que des heurts ont opposé plusieurs centaines de partisans de Mohamed Morsi à des habitants du quartier, des petits vendeurs et autres personnes non loin des lieux du sit-in. Des coups de feu ont été tirés et des pierres lancées, ajoute-t-on de même source.

Neuf personnes ont péri et 33 autres ont été blessées, ce qui porte à 14 le nombre de tués dans les violences politiques des dernières 48 heures, rapporte le journal Al Ahram, qui cite un fonctionnaire du ministère de la Santé. Deux personnes blessées lundi dans des échauffourées sont décédées mardi.

Les épaves d'une quinzaine de véhicules incendiés gisent dans le quartier universitaire où ont eu lieu les affrontements. Des taches de sang maculent le sol, que jonchent des bris de verre, près de la zone commerçante où un poste de police a été incendié.

Des membres des Frères musulmans, armés de gourdins, gardaient l'entrée de la zone où les pro-Morsi observent un sit-in, après les affrontements du petit matin. Des habitants arrêtaient et fouillaient les voitures se rendant vers l'université, en quête d'armes.

SEPT "MARTYRS"

Une centaine de personnes ont péri dans les violences depuis que l'armée a déposé Mohamed Morsi et l'a remplacé par une administration dirigée par un chef de l'Etat par intérim, Adli Mansour, président de la Cour constitutionnelle. Les Frères musulmans accusent l'armée d'avoir mené un coup d'Etat le 3 juillet, ce que démentent les militaires.

Sur le site internet des Frères musulmans, on peut lire que sept "martyrs" ont péri dans la nuit lors de deux attaques menées contre les partisans de Mohamed Morsi -l'une à l'université du Caire et une autre au cours d'une marche près d'un autre lieu de sit-in, dans le nord de la capitale.

Les Frères musulmans assurent qu'ils maintiendront leurs sit-in jusqu'à ce que Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu de l'Egypte, qui est détenu dans un lieu secret par l'armée, soit rétabli dans ses fonctions.

"Les responsables du coup d'Etat militaire continuent de terroriser les manifestants pacifiques d'Egypte", déclare le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), la formation politique des Frères musulmans.

ACTION EN JUSTICE

La famille du président déchu a annoncé lundi qu'elle comptait engager une action en justice contre l'armée pour enlèvement et détention sans inculpation. Les Etats-Unis, qui accordent une aide militaire annuelle de 1,3 milliard de dollars à l'Egypte, ont réclamé la libération de Mohamed Morsi et la fin de "toutes les arrestations et détentions politiques".

Certains habitants, près du principal point de manifestation des Frères, dans le quartier de Nasr City, ont déposé plainte auprès du parquet de la république en demandant le départ des protestataires. La justice devrait se prononcer prochainement sur l'affaire, "afin de donner à l'armée un mandat pour en finir avec les protestations", a-t-on déclaré mardi de source proche des services de sécurité.

Le Front de salut national, alliance de partis libéraux et de gauche qui ont soutenu l'éviction de Mohamed Morsi, ont condamné ce qu'ils considèrent comme les attaques dont sont victimes depuis trois semaines certains manifestants de la part de partisans des Frères musulmans.

Un civil et un policier ont par ailleurs été tués dans la région du nord du Sinaï, près des frontières avec Israël et la bande de Gaza, où des intégristes ont intensifié leurs attaques contre les forces de sécurité égyptiennes.

Le vide en matière de sécurité consécutif à la chute de Hosni Moubarak au début 2011 a eu pour conséquence une flambée de violences dans le Nord-Sinaï. Au moins 20 personnes ont été tuées dans cette région depuis la destitution de Mohamed Morsi.

Les autorités israéliennes ont annoncé avoir renforcé les défenses anti-roquettes le long de la frontière avec le Sinaï, de crainte que des islamistes ne pointent leurs armes vers l'Etat hébreu.

Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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