Netanyahu rapproche Israël de la Russie avec l'effacement des USA

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    par Dan Williams et Denis Dyomkin 
    JERUSALEM/MOSCOU, 10 juin (Reuters) - Moscou est devenue 
depuis un an une destination bien plus fréquente et plus 
accueillante que Washington pour Benjamin Netanyahu, attentif à 
l'évolution des jeux d'influence entre la Russie et les 
Etats-Unis au Proche-Orient. 
    Personne ne s'attend à ce que le Premier ministre israélien, 
reçu mardi pour la troisième fois en un an par le président 
russe Vladimir Poutine, rompe l'alliance avec les Etats-Unis, 
fondamentale pour l'Etat hébreu depuis sa création. 
    Benjamin Netanyahu ne peut néanmoins que constater 
l'implication de la Russie dans la guerre en Syrie et dans les 
différentes crises qui agitent la région, parallèlement à ce qui 
est perçu comme un effacement des Etats-Unis sous la présidence 
de Barack Obama, lequel n'a plus que quelques mois à passer à la 
Maison blanche. 
    "Netanyahu n'est pas en train de changer de camp, mais ce à 
quoi nous assistons, c'est à une tentative de manoeuvrer de 
manière indépendante pour défendre les intérêts d'Israël", dit 
Zvi Magen, ancien ambassadeur israélien en Russie et désormais 
membre de l'Institut pour les études sur la sécurité nationale 
au sein de l'Université de Tel Aviv. 
    Alors que les forces russes combattent comme l'Iran et le 
Hezbollah libanais pour maintenir Bachar al Assad au pouvoir en 
Syrie, Vladimir Poutine apparaît comme le meilleur garant que 
ces trois ennemis d'Israël n'attaqueront pas l'Etat hébreu à 
partir du nord. 
    Le président russe peut aussi être un relais privilégié pour 
défendre l'argument de Benjamin Netanyahu selon lequel la perte 
de contrôle de Bachar al Assad sur son pays justifie l'annexion 
par Israël du plateau du Golan en 1981, une initiative jamais 
reconnue par la communauté internationale après la prise de ce 
territoire par l'Etat hébreu en 1967. 
     
    RELATIONS PERSONNELLES 
    En échange, le Premier ministre israélien peut promettre au 
président russe une forme de retenue de la part d'Israël à 
l'égard des événements en Syrie, où la Russie dispose 
d'importantes installations militaires, dont une base navale sur 
la Méditerranée. Il peut aussi lui offrir l'occasion de peser 
davantage sur la recherche d'une solution au conflit 
israélo-palestinien, un processus dominé de longue date par les 
Etats-Unis. 
    Alors que l'administration Obama et la France laissent 
entendre qu'elles pourraient appuyer une éventuelle résolution 
du Conseil de sécurité des Nations unies contre les colonies 
juives dans les territoires palestiniens occupés, Benjamin 
Netanyahu a tout intérêt à courtiser la Russie, titulaire d'un 
droit de veto. 
    La liste des personnalités qui se succèdent à Moscou 
pourrait indiquer une volonté russe de peser davantage sur les 
événements au Proche-Orient. 
    Lors de sa précédente visite dans la capitale russe en 
avril, Benjamin Netanyahu avait été précédé de trois jours par 
le président palestinien Mahmoud Abbas. Mercredi, après son 
départ, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï 
Lavrov, a reçu son homologue palestinien Riyad al Maliki. 
    Ancien conseiller à la sécurité nationale auprès de Benjamin 
Netanyahu, Yaakov Amidror relativise l'hypothèse d'un 
rapprochement israélo-russe au détriment des Etats-Unis. Selon 
lui, l'objectif des deux pays est avant tout d'éviter une 
confrontation accidentelle en Syrie et l'entente actuelle est 
aussi le fait des bonnes relations personnelles de Benjamin 
Netanyahu avec Vladimir Poutine, qui contrastent avec 
l'antipathie manifeste que lui inspire Barack Obama. 
     
    MOSCOU DÉMENT TOUTE CONCURRENCE AVEC LES USA 
    Le Premier ministre israélien et le président américain ont 
exposé au grand jour leurs différends sur le programme nucléaire 
de l'Iran et sur l'attitude à adopter à l'égard des 
Palestiniens. Ils se querellent aussi sur les modalités d'un 
nouveau protocole (MOU) d'assistance militaire des Etats-Unis à 
Israël. 
    Benjamin Netanyahu n'a plus été reçu par Barack Obama depuis 
novembre et un déplacement prévu en mars a été annulé en raison 
des désaccords sur le futur programme d'aide militaire. 
    Malgré cela, le partenariat entre Israël et les Etats-Unis 
peut toujours s'appuyer sur un réseau dense de connexions 
militaires, diplomatiques et parlementaires, souligne Yaakov 
Amidror, désormais membre du centre Begin-Sadate d'études 
stratégiques à l'université israélienne Bar-Ilan et du centre 
américain de réflexion JINSA. 
    "En Syrie, il est susceptible d'y avoir demain matin un 
affrontement que ni nous ni les Russes ne voulons", dit-il, en 
allusion au risque d'incident militaire. 
    "Ce n'est pas comme avec le MOU, sur lequel nous pouvons 
passer des mois à discuter avec les Américains avec la garantie 
qu'une solution sera trouvée." 
    A Moscou, on se garde de se présenter en concurrent des 
Américains vis-à-vis d'Israël. "On ne peut en aucun cas dire que 
l'intensité de ces contacts reflète la moindre rivalité avec 
quiconque", assure le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. 
    La Russie multiplie tout de même les gestes susceptibles de 
plaire à l'opinion publique israélienne. A l'occasion de la 
visite de Benjamin Netanyahu cette semaine, elle a rendu un char 
israélien dont s'étaient emparées les forces syriennes en 1982 
durant la guerre au Liban et elle a donné son accord pour payer 
les retraites de dizaines de milliers d'immigrés russes en 
Israël. 
 
 (Avec Dmitry Solovyov à Moscou; Bertrand Boucey pour le service 
français) 
 
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