Négociations sur l'évacuation des blessés de Homs

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par Erika Solomon

BEYROUTH (Reuters) - Les négociations ont repris entre les autorités syriennes et les opposants pour parvenir à l'évacuation des blessés dans le quartier de Bab Amro à Homs, où les bombardements de l'armée sont entrés samedi dans leur quatrième semaine.

Au moins 45 personnes ont été tuées dans les violences samedi à travers la Syrie, dont 19 à Homs, la troisième plus grande ville du pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

L'agence officielle syrienne Sana a fait état samedi des obsèques de 21 membres des forces de sécurité tués par des "groupes terroristes armés" à Homs, Deraa et Idlib, ainsi que dans les environs de Damas.

Déplorant l'issue de la réunion internationale des "Amis de la Syrie", tenue vendredi à Tunis, des militants de l'opposition ont estimé que le monde les abandonnait et n'empêcherait pas que les forces du président Bachar al Assad continue de les massacrer.

"Ils (les dirigeants de la communauté internationale) donnent encore à cet homme l'occasion de nous tuer, tout comme il a déjà tué des milliers de personnes", a déclaré Nadir Husseini, un insurgé de Bab Amro, quartier qui en était samedi à son 22e jour de pilonnage.

Husseini a ajouté que les habitants de Bab Amro se méfiaient du partenaire syrien du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) -le Croissant-Rouge arabe syrien- et ne voulaient pas coopérer avec une organisation placée "sous le contrôle du régime".

Le CICR, au contraire, a tenu à déclarer que le Croissant-Rouge syrien était une organisation indépendante. "Ses bénévoles risquent leur vie jour après jour pour aider les uns comme les autres, sans exception", a déclaré Hicham Hassan, porte-parole du CICR à Genève.

L'OPPOSITION INSATISFAITE PAR TUNIS

Le Croissant-Rouge syrien a évacué vendredi 27 blessés de Bab Amro, a indiqué par ailleurs le CICR.

Selon l'opposition, la journaliste française Edith Bouvier et le photographe britannique Paul Conroy, blessés cette semaine lors du bombardement d'un centre de presse improvisée à Bab Amro, se trouvent toujours à Homs. Les deux journalistes n'auraient pas voulu être évacués sans être accompagnés par des membres du CICR et des diplomates étrangers.

Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a déclaré vendredi à Tunis que le gouverneur de Homs travaillait avec la Croix-Rouge pour faire en sorte que l'évacuation soit possible "dans les meilleurs délais".

Les civils pris au piège des bombardements dans Bab Amro sont soumis à des conditions terribles.

"Nous avons des centaines de blessés entassés dans des habitations", dit Husseini. "Les gens meurent parce que l'on manque de sang et que nous n'avons pas les moyens de les soigner tous", explique-t-il.

Un médecin présent dans une autre ville en proie à l'insurrection, Zabadani, a dit "craindre qu'après tout ce qui s'est passé, nous ne finissions comme Hama en 1982, tués pendant que le monde reste les bras croisés à attendre".

Le père de Bachar al Assad, Hafez el Assad, avait écrasé dans le sang une révolte islamiste armée à Hama en 1982, massacrant plusieurs dizaines de milliers d'habitants en trois semaines de bombardements de cette ville voisine de Homs.

"Les habitants de Zabadani sont furieux de ce qui s'est passé à Tunis", a déclaré le médecin, qui a gardé l'anonymat. "Nous avons besoin eux (les pays étrangers) pour armer la révolution. Je ne comprends pas ce qu'ils attendent. Ont-ils besoin que la moitié des Syriens soient d'abord massacrés?"

RÉFÉRENDUM

La réunion de Tunis n'a pas répondu aux attentes du peuple syrien, a résumé le chef du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, principal représentant de l'opposition au régime.

Les autorités syriennes ont pour leur part condamné l'ensemble des communiqués émis par les participants à la réunion de Tunis, qualifiée de rencontre des "ennemis de la Syrie", rapporte samedi la télévision d'Etat syrienne.

"La Syrie rejette tout ce qui a été dit et publié à la réunion des ennemis de la Syrie à Tunis. La Syrie déplore tous les appels lancés au financement des groupes armés, qui pourrait revenir à soutenir le terrorisme et nuire aux intérêts du peuple syrien", a rapporté la chaîne.

La diplomatie est dans l'impasse au Conseil de sécurité des Nations unies, où Russie et Chine opposent leurs vetos aux projets de résolution condamnant la répression en Syrie.

L'Iran, plus proche allié de la Syrie, a démenti les accusations de responsables occidentaux d'après lesquels il a livré des armes au régime syrien pour l'aider à mater le soulèvement.

"La position de l'Iran sur la Syrie consiste à soutenir les réformes qui profiteraient au peuple syrien et à s'opposer à une ingérence étrangère dans les affaires intérieures de ce pays", a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Malgré la poursuite du bain de sang, un référendum se tiendra dimanche sur une nouvelle Constitution qui, selon Bachar al Assad, ouvrira la voie à des élections législatives pluralistes dans les trois mois. L'opposition appelle au boycottage et continue d'exiger la démission d'Assad.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, s'est demandé samedi comment le référendum pourrait se tenir étant donné l'ampleur des violences.

Eric Faye et Gregory Schwartz pour le service français

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