Négociations ardues en vue sur la Commission européenne

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NÉGOCIATIONS À BRUXELLES SUR LE NOM DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE
NÉGOCIATIONS À BRUXELLES SUR LE NOM DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE

par Gregory Blachier

BRUXELLES (Reuters) - Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont entrepris mardi à Bruxelles de tirer les leçons des élections européennes et poser les bases de négociations qui s'annoncent ardues pour désigner le prochain président de la Commission.

La discussion portera, lors de ce dîner informel à 28, à la fois sur l'orientation de la politique européenne pour les cinq prochaines années et sur la personnalité qui sera chargée de la mettre en oeuvre à la tête de l'exécutif européen.

L'ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker est le mieux placé après la victoire du centre-droit, malgré un recul du PPE par rapport à 2009 et l'hostilité du chef de gouvernement britannique David Cameron, qui le juge trop fédéraliste.

Il a été adoubé officiellement mardi par les présidents des groupes politiques du Parlement européen, qui lui ont confié un mandat afin de négocier pour former une majorité.

Si la France veut mettre en avant la question du programme plutôt que celle de la personne, le débat tournera d'abord autour du nom du successeur de José Manuel Barroso parce qu'il sera aussi un symbole d'une Europe plus ou moins intégrée.

Peu aujourd'hui s'attachent à défendre une UE qui aurait davantage de pouvoirs, et la mode est plutôt, à Paris notamment, à la concentration des moyens sur la croissance, l'emploi ou l'énergie après la défaite historique subie par le Parti socialiste au scrutin européen de dimanche dernier.

"Plus de croissance, plus d'emploi, une réorientation de l'Europe, c'est ça le message", a dit François Hollande à son arrivée au Conseil européen, où il devait s'entretenir avec la chancelière allemande Angela Merkel avant le dîner.

"Ce n'est pas simplement savoir qui est président de la Commission", a-t-il ajouté. "Quand la France vote comme elle a voté dimanche (...), oui c'est un problème mais pas seulement pour la France. C'est un problème pour l'Europe et l'Europe doit l'entendre."

"TROP GROS, TROP AUTORITAIRE" POUR CAMERON

Le choix du futur président de l'exécutif européen devrait toutefois occuper l'avant-scène au Conseil européen.

Si la campagne a pour la première fois fait émerger des chefs de file pour chaque grand groupe politique, l'absence de majorité claire au Parlement et les divisions au sein même du Conseil européen augurent de discussions longues et complexes.

Jean-Claude Juncker, candidat du Parti populaire européen (PPE) arrivé en tête avec 213 sièges contre 191 aux sociaux-démocrates (PSE), a revendiqué le poste et les chefs de groupes parlementaires ont entériné ce résultat.

Reste David Cameron qui n'en veut donc pas, pas plus qu'il ne voudrait des autres postulants possibles, le social-démocrate allemand Martin Schulz ou l'ancien Premier ministre belge, le libéral Guy Verhofstadt. Il affirme avoir convaincu d'autres pays et la Suède paraît aussi opposée à Jean-Claude Juncker.

Si lui aussi a évoqué une UE "concentrée sur la croissance et l'emploi", David Cameron, défait dans son pays avec la victoire des europhobes de l'Ukip, juge qu'elle pèse beaucoup trop lourd.

"Nous devons reconnaître que Bruxelles est devenu trop gros, trop autoritaire, interfère trop. Il nous faut plus de marge pour les Etats nations quand c'est possible, l'Europe seulement quand c'est nécessaire", a-t-il dit. "Et bien sûr, il nous faut des gens qui le comprennent à la tête de ces organisations."

LA FRANCE ÉCARTE LAGARDE

L'idée d'une candidature externe pourrait émerger en cas de blocage - la décision est prise à la majorité qualifiée - et le dirigeant britannique semble de cet avis.

Selon Le Monde, la directrice général du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, aurait été sondée par la chancelière Angela Merkel et elle hésiterait.

François Hollande, en difficulté sur le plan intérieur après avoir vu son PS laminé et le Front national triompher, n'a pas l'intention de pousser cette éventuelle candidature française.

Il assure s'en tenir aux textes et, à l'Elysée, on rappelle que l'Europe devrait dans ce cas céder la direction du FMI pour rapatrier l'ex-ministre des Finances de Nicolas Sarkozy.

La voix de la France ayant perdu du poids avec la victoire du FN et une économie toujours atone, même si l'Elysée s'en défend, beaucoup dépendra d'Angela Merkel, qui a rappelé mardi que Jean-Claude Juncker était le candidat de la droite.

"Nous savons qu'aucun groupe n'a la majorité seul donc il s'agira de trouver de larges majorités et nous allons maintenant établir les paramètres de ce processus", a-t-elle dit.

Mais la chancelière veut aussi ménager David Cameron, pressé de toutes parts pour anticiper son référendum de maintien ou de sortie de l'UE, prévu en 2017.

Les négociations pourraient durer, alors qu'elles doivent aboutir idéalement d'ici le Conseil européen de fin juin, afin que le président de la Commission puisse former son équipe pour la rentrée, en vue des auditions et du vote du Parlement.

La Commission devra être opérationnelle au 1er novembre, quand celle de José Manuel Barroso laissera la place.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • godardja le mardi 27 mai 2014 à 18:52

    Revoilà l'Europe prête a faire cuire sa petite soupe politique, cela même qu'on lui reproche. Les peuples européens souverains ont placé le PPE en tête des partis donc c'est à J-C Junker qu'il revient de droit de trouver une coalition pour être élu à la tête de la Commission, sans interférence des chefs d'états.

  • JERIKAE2 le mardi 27 mai 2014 à 18:47

    engraisser des fonctionnaires n est pas rejouissant

  • jbellet le mardi 27 mai 2014 à 18:39

    un président de gauche serait tout simplement scandaleux au vue de la composition du conseil ou la gauche est tres largement minoiritaire