« Ne soyons pas naïfs M. Draghi » par Véronique Riches-Flores (Riches Flores Research)

le
28

L'économiste Véronique Riches-Flores (Riches-Flores Research) redoute une déflation à la japonaise pour la zone euro.
L'économiste Véronique Riches-Flores (Riches-Flores Research) redoute une déflation à la japonaise pour la zone euro.

Les symptômes déflationnistes en zone euro doivent être pris au sérieux estime l'économiste Véronique Riches-Flores (Riches-Flores Research) et membre du Cercle des analystes indépendants. Un mal qui devrait obliger la BCE à dépasser ses statuts.

La zone euro va mieux, c'est un fait. Elle est même ces derniers temps la région d'où proviennent les indicateurs, à certains égards, les plus réconfortants : enquêtes du climat des affaires, production industrielle, perspectives à l'exportation... La croissance sera au rendez-vous dans tous les pays au premier trimestre et sans doute dans des proportions inespérées, bien que somme toute toujours très modestes. Nous serions pourtant bien naïfs de considérer que les pays de l'union monétaire puissent de facto se passer d'un soutien monétaire supplémentaire.

En premier lieu, en effet, parce que le degré de visibilité sur l'avenir conjoncturel est à ce point réduit que rien ne permet de garantir que cette embellie perdure au-delà des premiers mois de l'année. La croissance mondiale manque cruellement de ressorts.

L'économie américaine, en témoignent les indicateurs les plus récents, est loin d'être hors de danger et, quand bien même elle parviendrait à passer outre un franc ralentissement, sa capacité à tirer le reste du monde est considérablement amoindrie, réduction du déficit courant oblige.

Le monde émergent est, quant à lui, confronté à une crise profonde, trouvant en grande partie ses origines dans la confiscation de ses débouchés à l'exportation, chinois en particulier, depuis deux ans. Avec 35 % de ses exportations à destination des pays émergents, la Chine ne sortira pas indemne de ce qui se déroule dans chez ses partenaires en développement... La balle reviendra donc inévitablement frapper les pays européens d'ici peu, avec en ligne de mire les exportateurs allemands, les plus exposés à ces marchés.

Difficile dans de telles conditions d'imaginer que la respiration conjoncturelle que nous constatons aujourd'hui en zone euro débouche sur une embellie durable.

Or, la déflation n'est pas un mal susceptible d'être balayé par quelques mois de reprise, en témoigne l'histoire japonaise de ces quinze dernières années. Avec 19 millions de chômeurs, des baisses des prix immobiliers, une contraction persistante du crédit au secteur privé, des pertes de produit intérieur brut de 5 % pour la zone euro hors Allemagne depuis cinq ans (20 % en Grèce, 10 % en Italie, 8 % en Espagne et au Portugal), une hausse moyenne des coûts salariaux de moins de 1 % l'an et un taux de change de l'euro là où il se trouve aujourd'hui, la déflation dispose de tous les ingrédients nécessaires à sa propagation.

Attendre davantage pour prendre les dispositions d'envergure nécessaires pour tenter de la contrer serait alors une grave erreur. Dès lors que faire ?

- Mettre fin à la politique de stérilisation dont le but est d'éviter que les achats d'obligations réalisés par la BCE ne se transforment en monnaie circulante est bien le minimum que l'on puisse attendre d'une politique de lutte contre la déflation dont le premier objectif devrait être de rétablir une croissance ascendante de la masse monétaire. Nous savons tous néanmoins que cette décision est très loin d'être suffisante, pour ne pas dire insignifiante dans la situation présente.

- Baisser le niveau des taux directeurs de 0,25 % à 0,1 % est une autre piste envisageable mais pourrait-on décemment attendre d'une telle décision autre chose qu'un effet d'annonce d'une durée de vie éphémère et sans réelles conséquences économiques ?

C'est donc ailleurs qu'il faudra chercher les réponses d'envergure, c'est-à-dire très certainement au-delà des limites statutaires de la BCE. L'exercice, dans le meilleur des cas, prendra du temps. Sans doute un temps beaucoup trop long au regard de la progression tentaculaire des symptômes déflationnistes.

« Ne soyons pas naïfs M. Draghi » par Véronique Riches-Flores
« Ne soyons pas naïfs M. Draghi » par Véronique Riches-Flores (Riches Flores Research)

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • launor le vendredi 7 fév 2014 à 15:38

    importer moins revient à renforcer notre monnaie , ce qui favorise les importations (lol) .mais les gouvernements n'en sont pas à une contradiction près pour mettre la pression sur les gouvernés.

  • mickae82 le vendredi 7 fév 2014 à 07:35

    la vraie solution c rétablir l équilibre de la palance des paiements.c est à dire produire plutot qu importer.

  • launor le jeudi 6 fév 2014 à 20:05

    A l'heure ou on nous parle de baisser encore les taux d'intérêt déjà ridicules, je rappelle que la déflation ferait suite à l'excès d'endettement favorisé par les manipulations de taux d'intérêt par les BCE,FED,BOJ, elle est donc inévitable puisque conséquence d'erreurs passées ou en cours.Pour ceux qui lisent l'américain :http://www.pbs.org/newshour/making-sense/is-your-money-safe-at-the-bank-an-economist-says-no-and-withdraws-his/

  • Dinero75 le jeudi 6 fév 2014 à 19:10

    La correction des prix de certains actifs immobiliers en particulier n'est pas de la deflation, mais la continuation d'une correction necessaire apres la folie des prix lors de la decennie precedente! Il y a simplement un comportement psychologique rationel (imho) des acheteurs ayant du cash, qui savent que les prix vont encore baisser..donc on attend tranquilo.

  • d.e.s.t. le jeudi 6 fév 2014 à 16:46

    Et le délire des écologistes français et allemands sur la transition énergétique va encore affaiblir notre compétivité par rapport aux USA, surtout sur les produits industriels forts consommateurs d'énergie!Et ce ne sont pas quelques miliers d'éoliennes qui vont changer la donne, surtout en France!

  • j.neugeb le jeudi 6 fév 2014 à 16:09

    le problème n'est pas la déflation , mais des pseudo-économistes comme "Madame"!Lorsqu'on veut maitriser les dettes (colossales), une peu de désinflation voir de déflation est inévitable.

  • marcodan le jeudi 6 fév 2014 à 15:59

    DEXIA n'a pas remboursé, la banque de PSA bénéficie de 7 milliards d'euros de garantie et dans le cadre du plan européen de sauvetage de la Grèce nous sommes engagés pour des montants considérables....le tout pour que les banques, les compagnies d'assurances et les titulaires d'assurance vie ne perdent rien!

  • Castro31 le jeudi 6 fév 2014 à 15:08

    Celà dit, je suis très favorable à la déflation, car, étant un farouche adversaire du système libéral qui se développe depuis des décennies, je sais que la déflation conduira inévitablement ce système à sa perte !

  • Castro31 le jeudi 6 fév 2014 à 15:05

    Il n'y a qu'une solution pour relancer un peu d'inflation, mais nos politiques en France, en Europe et même ailleurs font exactement le contraire de ce qu'il faudrait faire: il faudrait une politique de la demande plutôt qu'une politique de l'offre, car la politique de l'offre conduit très logiquement à la déflation

  • Castro31 le jeudi 6 fév 2014 à 14:57

    Lerins, tu ne serais pas magicien ? comment fais tu pour rembourser la dette publique en exonérant d'impôt la production quand on sait que la consommation est de plus en plus défaillante et que 90% de la population s'appauvrit ?