Nawaz Sharif en passe de réussir son retour au Pakistan

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NAWAZ SHARIF REVENDIQUE LA VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES PAKISTANAISES
NAWAZ SHARIF REVENDIQUE LA VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES PAKISTANAISES

par Mehreen Zahra-Malik et Katharine Houreld

ISLAMABAD (Reuters) - Renversé par les militaires en 1999, emprisonné puis contraint à l'exil, Nawaz Sharif est en passe d'accomplir un retour électoral triomphal au Pakistan lors de législatives qui devraient voir la victoire de son parti la Ligue musulmane (PML-N, opposition).

L'ancien Premier ministre, qui pourrait récupérer pour la troisième fois les rênes du gouvernement, a revendiqué samedi la victoire de sa formation, quelques heures après la fermeture des bureaux de vote et alors que seuls des résultats partiels étaient disponibles.

A la mi-journée, dimanche, les chaînes de télévision locales indiquaient que la PML-N était assurée de 94 des 272 sièges en jeu à l'Assemblée nationale.

Suivant cette tendance, le parti de Sharif pourrait compter 130 élus et peut-être même atteindre la majorité absolue de 137 députés avec l'appoint d'indépendants et de petits partis.

Le Parti du peuple pakistanais (PPP) du président Asif Ali Zardari, veuf de l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, est le grand perdant de ce scrutin après avoir exercé le pouvoir pendant cinq années.

Le PPP, crédité pour l'instant de 19 sièges, est devancé par le Tehrik-i-Insaf (PTI) de l'ancien joueur de cricket Imran Khan qui compte déjà 21 élus.

Nouveau venu, le PTI a redistribué les cartes dans le jeu politique pakistanais traditionnellement dominé par le PPP et le PML-N qui ont assumé le pouvoir quand celui-ci n'était pas aux mains des militaires depuis l'indépendance.

Khan n'a pas ménagé ses efforts pour lancer sa formation et il pourrait s'imposer, à l'avenir, comme la principale figure de l'opposition.

"Nous progressons sur le chemin de la démocratie", a-t-il commenté. "Je félicite le pays pour le taux de participation. Les jeunes sont avec moi. C'est ma victoire", a-t-il poursuivi.

LA PATIENCE RÉCOMPENSÉE

Les violences qui ont précédé le scrutin n'ont pas dissuadé les 86 millions d'électeurs de se rendre aux urnes puisque la participation s'élève à 60%.

Au moins 140 personnes ont été tuées au cours de la campagne. Onze ont encore trouvé la mort dimanche dans l'explosion d'un bus au Nord-Waziristan, zone tribale du Nord-Ouest.

Une fois la majorité acquise, le parti de Nawaz Sharif se verra accorder une bonne part des 70 sièges réservés aux femmes et aux représentants des minorités non musulmanes.

La victoire annoncée de Sharif récompense la patience dont l'ex-chef du gouvernement a su faire preuve quand il était dans l'opposition.

Il n'a jamais cherché à tirer profit des déboires du PPP et les observateurs le décrivent aujourd'hui comme beaucoup plus prudent qu'il ne l'était dans les années 90, à l'époque où il dirigeait le pays.

"C'est un homme qui a véritablement changé par rapport à ses deux passages chaotiques au poste de Premier ministre", a commenté l'analyste politique Cyril Almeida. "Sharif apparaît désormais à la fois comme un véritable mandataire et comme celui qui peut conduire le Pakistan dans la bonne direction", a-t-il ajouté.

Malgré les violences, le scrutin de samedi constitue un progrès démocratique au Pakistan puisque, pour la première fois, l'alternance a lieu entre civils dans un pays où les militaires continuent à peser sur les affaires publiques.

Toutefois, ces législatives n'ont pas changé les habitudes et n'ont pas remis en cause la domination des partis traditionnels après des années de gouvernement anarchique et malgré une persistance de la corruption.

LE POIDS DES MILITAIRES

Des conservateurs religieux ont exprimé leur souhait de voir les militaires se tenir à l'écart des affaires gouvernementales mais l'armée, qui a dirigé le pays pendant la moitié de son histoire depuis l'indépendance en 1947, n'a pas l'intention de demeurer spectatrice.

Il ne fait aucun doute que Sharif devra composer avec les généraux qui conservent un droit de regard dans les affaires étrangères et les questions de sécurité à un moment où les relations avec les Etats-Unis sont épineuses et où l'Otan doit avoir achever son retrait d'Afghanistan fin 2014.

Sur le plan économique, Sharif qui est un défenseur du libéralisme va probablement poursuivre la politique de privatisation et de dérégulation afin de relancer une croissance vacillante.

Il a promis d'aider le Pakistan à améliorer son indépendance économique, mais il devrait être contraint de négocier une nouvelle aide financière avec le Fonds monétaire international (FMI).

Sharif s'est dit prêt à tenir compte des demandes du FMI, autrement dit à limiter les subventions publiques et à élargir l'assiette de l'impôt afin de bénéficier d'un prêt de plusieurs milliards de dollars.

Le principal chantier qui l'attend est celui de la lutte contre la corruption endémique alors que les infrastructures sont de plus en plus vieillissantes et que les coupures d'électricité demeurent un problème récurrent.

Si Sharif "dispose d'une nette majorité et qu'il n'a pas besoin de l'appoint de partenaires de coalition, il aura moins d'excuses en cas d'échec sur les problèmes politiques essentiels que sont l'économie et le terrorisme", a estimé Muhammad Malick, un célèbre chroniqueur local.

Pierre Sérisier pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief

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