Navettes du Mont Saint-Michel: le maire condamné pour prise illégale d'intérêt

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La justice a condamné mercredi le maire du Mont-Saint-Michel, Eric Vannier, également patron des établissements Mère Poulard, pour prise illégale d'intérêt dans le cadre de la mise en place controversée de navettes pour acheminer les touristes sur le célèbre site.

M. Vannier (DVD), propriétaire d'une trentaine de commerces dans la micro-commune dont il a été élu maire à quatre reprises depuis 1983, a été condamné par le tribunal correctionnel de Coutances (Manche) à 30.000 euros d'amende dont 20.000 avec sursis, pour avoir via son statut d'élu favorisé ses intérêts commerciaux.

Il lui est reproché d'avoir participé le 6 octobre 2009 à une décision d'élus qui a fixé, près de commerces lui appartenant, le point de départ des navettes, qui depuis avril 2012 acheminent les touristes de la côte au Mont.

"Les éléments du dossiers démontrent sans ambiguïté qu'Eric Vannier avait un intérêt dans cette opération", a relevé le tribunal.

Lors de l'audience le 30 janvier (BIEN janvier), le procureur de la République Renaud Gaudeul avait souligné que le point de départ des navettes "est exactement au milieu de deux établissements gérés par M. Vannier" et que "l'intégralité des flux de touristes passe devant".

Les juges ont notamment cité un rapport du Conseil général de l'environnement, rattaché au ministère de l'Ecologie, relevant que "le schéma de circulation des navettes (...) est le fruit d'une négociation avec les acteurs commerciaux du site dont les intérêts (...) ne coïncident pas exactement avec les besoins réels en terme de transport".

Intérêt personnel

Le tribunal reconnaît toutefois qu'"il est difficile, voire impossible à un maire du Mont-Saint-Michel", 44 habitants dont 12 moines, "de ne pas avoir d'intérêt personnel dans l'administration de sa commune".

Présent à l'annonce de la décision, M. Vannier a estimé que celle-ci était "grave pour la démocratie locale". "Plus aucun Montois devenu maire ne pourra plus intervenir dans le projet" de rétablissement du caractère maritime du rocher, à l'origine de la mise en place des navettes, a-t-il dit tout en précisant ne pas avoir décidé s'il ferait appel.

"J'ai fait mon devoir d'élu dans l'intérêt général du Mont", a-t-il martelé tout en qualifiant la peine de "modérée".

Le tribunal a toutefois rejeté la constitution de partie civile de son rival politique et commercial Patrick Gaulois, maire UMP de la localité de 2001 à 2008 et dont la plainte contre M. Vannier était à l'origine du procès.

Par ailleurs, les magistrats ont noté que M. Gaulois, tout en étant plaignant, avait participé par le passé à une décision similaire.

Interrogé par téléphone par l'AFP, M. Gaulois a estimé que "la culpabilité est avérée". "Il est démontré que au Mont, malgré l'omerta qui existe, il faut oser dénoncer", a-t-il ajouté.

"Le tribunal a voulu rappeler peut-être que dans cette cité de l'archange du Mont-Saint-Michel on ne devait pas tout mélanger", a ajouté un de ses avocats, Me Jean-Pierre Gouedard.

En janvier, le parquet avait requis six mois de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende. L'élu encourait une peine maximale de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Le syndicat mixte qui gère le projet de retour à l'insularité du Mont, présidé par le président PS de la région Basse-Normandie, Laurent Beauvais, a annoncé fin octobre négocier avec Veolia, en charge des navettes, une modification d'ici juin du fameux point de départ, jugé trop éloigné du parking où doivent se garer les touristes sur la côte.

Classé au patrimoine mondial de l'Unesco, le Mont-Saint-Michel attire entre 2,5 et 3,5 millions de touristes chaque année mais a vu sa fréquentation baisser depuis la mise en place des navettes.

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