Natixis AM maintient sa sous-pondération des actions, les limites des banques centrales apparaissent

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(AOF) - Prenant acte des limites inhérentes à l'activisme monétaire dont font preuve les banques centrales du monde entier ces dernières années, Natixis AM a maintenu sa sous-pondération globale des actions par rapport aux obligations. "Nous conservons en outre une surpondération en métaux précieux. L’or devrait continuer de briller dans un monde où les gardiens de la monnaie jouent les apprentis-sorciers", complète Raphaël Gallardo, stratégiste Investissement et solutions clients chez le gestionnaire d'actifs.

Dans une note récente intitulée "Banques centrales : le zéro et l'infini", le gérant s'interroge sur les moyens dont disposent encore les banques centrales pour continuer à soutenir les marchés et relancer l'inflation.

Evoquant la possibilité d'une "cartouche" non encore employée par la BCE, à savoir le relèvement de sa cible d'inflation aujourd'hui de 2%, Raphaël Gallardo note qu'une telle mesure aurait besoin d'être "crédibilisée" par des mesures tangibles. "Dans la situation actuelle, les banques centrales luttent déjà pour sauvegarder la crédibilité de leur cible de 2% à moyen terme, vu que l'inflation réalisée y est inférieure depuis de nombreuses années. Rehausser la cible d'inflation sans mesures concrètes pour crédibiliser cet objectif aboutit donc à une impasse", observe-t-il.

Mais, et c'est là que la situation pourrait devenir compliquée, les opérations de rachat d'actifs menées depuis la mise en place des procédures d'assouplissement quantitatif risquent de se heurter à "un problème de disponibilité du sous-jacent." Pour le contourner, la BCE pourrait suivre l'exemple de la banque du Japon qui a élargi son programme de rachat d'actifs aux actions.

Mais, "transformer la banque centrale en actionnaire du secteur privé pose des questions politiques que les banquiers centraux eux-mêmes ne souhaitent pas soulever, de peur d'ouvrir des débats plus généraux sur leur propre rôle et leur légitimité. En effet, la monétisation par la banque centrale du stock de capital privé de la nation équivaut à une nationalisation rampante de l'économie, dont la gestion serait confiée à des fonctionnaires non-élus dont la légitimité se cantonne à une expertise en politique monétaire, non au vote dans les assemblées d'actionnaires, et encore moins à l'allocation du capital au sein de l'économie", prévient Raphaël Gallardo, stratégiste Investissement et solutions clients chez Natixis AM.

L'autre piste suivie par les banques centrales, à savoir les taux négatifs, a aussi ses limites. "Le but recherché est ici de tirer vers le bas les taux réels pour toutes maturités en ancrant la courbe nominale en territoire négatif grâce à un taux de rémunération négatif appliqué aux réserves bancaires déposées à la banque centrale. Ici, la confusion des genres entre politique monétaire et politique budgétaire est totale. La banque centrale contrôle en effet le volume total de réserves bancaires dans le système, donc, collectivement, les banques commerciales ne peuvent pas échapper à ce coût des dépôts, qui, par son caractère inévitable, devient l'équivalent d'un prélèvement obligatoire (levé non pas par un État selon la volonté de son parlement, mais par une banque centrale)", explique l'expert de NAM.

"En outre, la généralisation de taux négatifs sur des segments de plus en plus longs de la courbe de taux rendrait évident les transferts de richesse qu'entraînent ces politiques. Toute politique monétaire accommodante opère des transferts de richesse plus ou moins visibles entre prêteurs et emprunteurs", ajoute Raphaël Gallardo. Ce dernier note aussi que l'écrasement de la courbe des taux oblige les opérateurs financiers à enregistrer des pertes ou à modifier leurs systèmes comptables et fait évoluer les réglementations.

"De tels bouleversements financiers ne manqueront pas de révéler les vastes transferts de richesse opérés par la politique monétaire en dehors de tout contrôle démocratique, transferts de richesse entre générations (retraités payant pour soutenir l'endettement des jeunes) et, dans la zone euro, transferts entre pays. Là encore, on voit bien que s'aventurer trop loin en territoire de taux négatifs ouvrirait des débats politiques complexes que les banquiers centraux ne souhaitent surtout pas voir surgir", conclut le stratégiste de Natixis Asset Management.

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