Natacha Valla (Goldman Sachs) : « Appliquer des programmes d'austérité dans un contexte récessif est une erreur »

Boursorama le 05/10/2012 à 10:00
39
Les programmes de rigueur budgétaire se justifient pour pérenniser l’euro à long terme mais coûtent actuellement 1,5 point de croissance annuelle à l’Espagne et l’Italie déplore Natacha Valla, chef économiste chez Goldman Sachs.

Alors que l’Espagne devrait prochainement demander de l’aide, quel est votre sentiment concernant l’avenir de la zone euro ?

Natacha Valla : Je reste très prudente pour les prochains trimestres. Les dirigeants européens ont gagné beaucoup de temps mais sans résoudre les problèmes de fond. L’intervention de la BCE a été saluée par les marchés alors que rien n’a encore été testé à l’épreuve des faits. Un scénario, qui n’est pas le moins probable, m’interpelle particulièrement : supposons que l’Espagne demande de l’aide dans les prochains jours, la BCE pourra alors lancer son programme de rachat de dette souveraine. Si au bout d’un certain temps, sous le poids des difficultés économiques et de l’ampleur des programmes d’austérité, le pays ne remplit plus les critères de conditionnalité imposés, alors ce programme devra être normalement suspendu. C’est en tout cas la menace brandie par la BCE. Je doute toutefois de la crédibilité d’une telle menace. La BCE ne pourra pas se permettre de laisser la zone euro retomber dans une dynamique d’instabilité. Elle doit en revanche poursuivre sa transformation pour devenir une véritable institution quantitative, à l’instar de la Reserve Federal aux Etats-Unis.

La BCE a déjà instauré de nombreuses mesures « non conventionnelles » (LTRO, SMP, OMT etc.). Insuffisant ?

N.V : Reconnaissons que beaucoup a déjà été fait. La philosophie d’intervention de la BCE a considérablement évolué depuis le début de la crise des dettes souveraines. De même, en l’absence de structure fédérale, la BCE ne peut apporter que des solutions transitoires et non pérennes. En revanche, la zone euro n’est toujours pas dotée de mécanismes efficaces de transfert financier entre pays excédentaires et déficitaires. Les dirigeants européens doivent progresser en matière d’harmonisation budgétaire et fiscale.

Les politiques de rigueur budgétaire demandées aux Etats européens ne sont-elles pas contre-productives en période de récession ?

N.V : Nous sommes en présence d’un vrai paradoxe entre une logique institutionnelle de long terme parfaitement justifiée et une dynamique qui s’avère néfaste à court terme. A long terme, il faut instituer des garde-fous pour éviter des dérapages dans la gestion des finances publiques qui peuvent provoquer des situations intenables. A ce titre, la position de l’Allemagne me semble très salutaire pour la pérennité de l’euro. En revanche, la mise en oeuvre de ces règles à court terme ne fait qu’accentuer la récession. Les programmes d’austérité réalisés en 2012 et planifiés pour 2013 devraient entraîner une baisse annuelle de l'ordre de 1,5 point de PIB en Espagne et en Italie ! Les appliquer dans un tel contexte récessif me paraît donc une erreur...

Et la France justement ? Alors que le Parlement s’apprête à ratifier le Traité de stabilité budgétaire (TSCG), l’objectif de maîtriser le déficit sous la barre des 3% l’an prochain vous paraît-il réaliste ?

N.V : Le budget présenté est ambitieux et vise d’abord pour la France à envoyer un message de crédibilité à ses partenaires européens, et à l’Allemagne en particulier. Il faut toutefois relativiser l’ajustement prévu. A titre de comparaison avec l’Espagne et l’Italie, l’effort demandé aux Français ne devrait coûter que 0,6-0,7 point de PIB en rythme annuel. En revanche, mes inquiétudes pour la France concernent la dynamique de la demande intérieure. La hausse de la pression fiscale finira par peser sur l’activité économique. On suivra avec attention le comportement des ménages. Or, l'augmentation du chômage n’est pas propice pour soutenir la consommation.

Doit-on redouter le « fiscal cliff » (falaise fiscale) aux Etats-Unis ?

N.V : Oui, c’est une vraie menace qui pèse sur la conjoncture américaine. Nous pensons que ce « fiscal cliff » va être géré de façon pragmatique quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle début novembre. La FED s’est d’ailleurs positionnée pour soutenir l’économie dans ce contexte difficile avec l’instauration d’un nouveau programme d’assouplissement quantitatif (QE3).

Les prévisions de la recherche de Goldman & Sachs pour 2013 ?

N.V : Pour la France : +0,6% de croissance du PIB, mais cette estimation est sans doute devenue trop optimiste. Pour la zone euro : +0,2%. Pour les Etats-Unis : +2,1% dans l’hypothèse où 50% des mesures concernées par le « fiscal cliff » seraient reconduites...

Et les marchés ? Que peut-on attendre de la Bourse dans les prochains mois ?

N.V : Nous sommes passés en quelques mois d’une situation où les investisseurs étaient complètement absorbés par la crise de la zone euro à un nouveau contexte plus équilibré prenant mieux en compte la conjoncture de chaque zone géographique. A ce titre, les actions américaines pourraient profiter d’une reconduction des mesures fiscales de soutien à la consommation, mais ce scénario est soumis à beaucoup d'aléas, et les cours sont déjà redressés. Nos objectifs à 12 mois pour le S&P 500 sont à 1350. En Europe, les marchés actions offrent des opportunités à plus long terme mais les investisseurs pourraient encore supporter une forte volatilité à très court terme en fonction de la gestion de la crise souveraine. Au-delà, nous voyons le STOXX Europe en progression graduelle sur 12 mois à 310. L'Asie pourrait fournir des perspectives intéressantes, avec un MSCI Asie-Pacifique hors-Japon en hausse de 438 à 500, et un Topix (Japon) de 746 à 930 dans 12 mois.

Propos recueillis par Julien Gautier

Réagir 39
A lire aussi

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • jepe48 le lundi 8 oct 2012 à 07:25

    LA conclusion de tous ces conseils/avis de la finance mondiale est que c'est bien à la BCE et/ou aux banques nationales (Banque de France et autres) de prêter de l'argent aux états. Le monde de la finance finira par regarder passer l'argent (ben oui ils vous conseillent d'emprunter, de les renflouer, suremprunter et ensuite ils vous disent "danger", et après attention récession bla bla)

  • zunski le samedi 6 oct 2012 à 10:33

    Bon , faut bien l'admettre , "elle" cause bien..et assez juste.;quoique l'on pense du monde à la godmam sac..pour une fois , cela tranche avec les intervenants bien formatés habituels. Elle a du mérite la "petite" et bonne continuation. Ah , si elle pouvait laisser tomber GS...

  • hgourg le vendredi 5 oct 2012 à 18:03

    Trop flattés que la plèble que nous sommes ait le droit d'un "conseil" Goldman Sachs.

  • M3962878 le vendredi 5 oct 2012 à 17:45

    Vous avez la chance d'avoir un site qui se donne du mal pour apporter des expertises extérieures professionnelles de qualité et je vois beaucoup de commentaires irrespectueux. On est d'accord ou pas d'accord avec Natacha Valla ou les agissements de Goldman Sachs, cela peut se comprendre, mais il ne faut pas tout mélanger et surtout faire des commentaires respectueux.

  • oisif le vendredi 5 oct 2012 à 15:53

    Et truquer les comptes d'un Etat pour lui permettre d'intégrer l'UE c'est quoi ? Un gag ?

  • gabby17 le vendredi 5 oct 2012 à 15:46

    Cher M9943828,L'age n'a aucune importance mais l'analyse faite par cette jeune femme ne donne rien.. n'apprend rien... Ah si on devine qu'elle essaye de nous expliquer que l'on devrait penser à l'avenir et au bussiness des banques d'affaires ;))) Elles ont ruiné l'economie, ont parié sur des crédit-poubelles... ont ete renfloués par nos portefeuilles...Ses propos sont sans valeur, sans saveur.... alors attention "le soleil chauffe et la pluie mouille "....

  • M9943828 le vendredi 5 oct 2012 à 15:41

    @ motzl'expérience ne se mesure pas en année. Cette jeune a probablement plus de capacité à prendre de recul pour une analyse macroéconomique que vous avec vos propos d'un autre age.Prenez conscience qu'à l'heure actuelle ce sont justement ces jeunes qui doivent gérer l'ingérence des générations passées. Gardez votre aigreur au placard et soyez un plus constructif.

  • gabby17 le vendredi 5 oct 2012 à 15:40

    "Je reste très prudente pour les prochains trimestres...La hausse du chômage n’est pas propice pour soutenir la consommation... Il faut instituer des garde-fous pour éviter des dérapages dans la gestion des finances publique qui peuvent provoquer des situations intenables..."ET bien dites moi... CA c'est de l'analyse ;))))

  • xavib le vendredi 5 oct 2012 à 15:39

    Qui écoute encore Goldman Sachs ? Ils ont beau mettre une nana au look d'hôtesse d'accueil à la tête de leur direction des études économiques... ces gens là ne sont plus crédibles.

  • motz le vendredi 5 oct 2012 à 15:03

    Quel toupet de s'afficher comme ça ! Une môme qui n'a aucune expérience historique en plus. Ah ils ne savent plus qui envoyer ces bobos banquiers. Les économistes mieux vaut encore allez voir un sorcier dans la brousse...son avis est plus sûr que celui de tous ces economistes foireux !